costume de bourgeois

La bourgeoisie, dans ses diverses variantes, représentait 6% de la population active du district. La bourgeoisie proprement dite était composée des personnes que « le recenseur », lui – même, qualifiait de « bourgeois », « rentiers », « propriétaire » ou « négociant ». Cette couche sociale ne représentait qu’une très faible proportion de la population active : 1,56%. Son importance numérique était encore plus faible encore que la noblesse, elle ne représentait qu’un peu plus de deux cents personnes ( 214 très exactement ). La plus grande partie de cette bourgeoisie était rentière, vivant de la rente foncière, elle était économiquement inactive. Seule une infime minorité jouait un rôle économique dynamique, les négociants, ils n’étaient plus que quatre sur l’ensemble du district en 1795, vivant tous à Nogent là où était concentré le gros des activités étaminières. Le poids économique de cette bourgeoisie négociante dépassait de loin son poids numérique. De ces quatre personnes dépendait la vie de milliers d’individus employés au travail des étamines à Nogent mais aussi à Authon – du – Perche et dans les campagnes environnantes. Ils dirigeaient la « manufacture d’étamines » de Nogent. Ils étaient à la tête de fortunes considérables. Mais les 210 autres « bourgeois » étaient tous des rentiers.

La petite bourgeoisie était nettement plus nombreuse, elle regroupait 607 personnes, presque trois fois le nombre des « bourgeois ». Elle était constituée d’une part des « professions libérales » ( notaires, avocats, médecins…) et d’autre part des commerçants. Ces derniers étaient de loin les plus nombreux ( 537 personnes ), les « professions libérales » ne comptant que 70 personnes[1].

Une bourgeoisie essentiellement urbaine.

Cela peut paraître une Lapalissade mais la bourgeoisie du district se concentrai essentiellement dans la ville de Nogent. La bourgeoisie négociante résidait à Nogent, son activité professionnelle l’exigeait. Mais Nogent attirait également la bourgeoisie rentière, celle – ci y était proportionnellement deux fois plus nombreuse que dans le reste du district : 2,69% de la population à Nogent, avec 61 individus, et 1,30% dans le reste du district. Si la terre attirait les placements de la bourgeoisie, elle préférait restée en ville et vivre du revenu de la rente foncière.

Même constatation en ce qui concerne la petite bourgeoisie, elle était proportionnellement deux fois plus nombreuse à Nogent que dans le reste du district : 7,84% de la population active de Nogent contre 3,78% dans le reste du district. Cette situation semble tout à fait logique pour les « professions libérales » : Nogent comptait 17 de ces notaires, avocats… sur un total de 70, les 53 autres étaient presque tous habitants des chefs – lieux de cantons : 14 à La Bazoche, 9 à Frazé, 6 à Authon, 5 à Champrond – en – gâtine et seulement 2 à Thiron. 7 de ces « bourgeois de robe » étaient strictement ruraux, ne vivant ni à Nogent ni dans des chefs – lieux de cantons.

Nogent regroupait presque le tiers de l’ensemble des commerçants : 29, 05%, soit 156 commerçants sur un total de 537. Ils ne représentaient que 3,34% de la population active dans les campagnes contre 6,89% à Nogent – le – Rotrou ( 3,94% sur l’ensemble du district ). Les chefs – lieux de cantons attiraient également la plupart des commerçants ruraux : 52 à Champrond – en – gâtine, 59 à Authon. Ceci confirme bien la constatation faites par P. Desseix sur la rareté des commerçants dans les campagnes nogentaises : « […] ils se fixent à Nogent, quelques-uns à Souencé […] » En 1681, ils ne représentaient que 1,6% des taillables, 2% en 1706 et seulement 0,5% en 1759[2]. En l’an IV, ils représentaient 1,03% de la population active des paroisses étudiées par P. Desseix ( moins celle de Souancé manquante au recensement ).

 La bourgeoisie était donc citadine de préférence dans le district. Rien de surprenant à cela, c’était la ville qui avait fait « naître » la bourgeoisie et  c’était de cette de la ville qu’elle vécut principalement, même si elle ne dédaignait pas les possessions foncières. 

La propriété bourgeoise

La part du sol que possédait la bourgeoisie s’élevait, en 1759, à 26,21% de l’ensemble du terroir des paroisses proches de Nogent étudiées par P. Desseix[3]. Cette proportion s’inscrit dans la fourchette, assez large il est vrai, proposée par G. Lefebvre[4] établissant la propriété bourgeoise entre 12 et 45% du terroir pour l’ensemble de la France.

La propriété bourgeoise était essentiellement « endogène », on ne relevait pas ou peu de bourgeois habitant hors de la région qui fussent propriétaires dans les campagnes nogentaises. Le cas devait certes exister mais cela ne constituait pas un phénomène notable. Les campagnes percheronnes ne constituaient pas un placement de choix, ses voisines de la Beauce étaient beaucoup plus attractives. Le plateau beauceron était déjà un lieu d’élection pour le capital bourgeois, la Beauce drainait l’or bourgeois jusqu’ à Orléans et Paris. Négociants, « bourgeois », hommes de loi y possédaient des fermes d’étendue assez vaste[5]. En tête des propriétaires bourgeois apparaissait la catégorie la plus riche de la bourgeoisie : les négociants en étamines. Antoine Pinceloup négociant en étamines à Nogent, lorsqu’il mourut le 7 août 1756, laissa  en héritage à ses  sept enfants plusieurs maisons à Nogent, 2 moulins, 8 « lieux », 9 bordages et 4 métairies, le tout réparti sur 18 paroisses ( dont 8 feront partie du district de Nogent – le – Rotrou ), au total il y avait 49 baux de terres et maisons et 29 fermiers étaient concernés[6]. Les négociants n’étaient pas les seuls bourgeois propriétaires, tous les avocats, greffiers et petits marchands avaient quelques terres dans les paroisses rurales : une métairie, un bordage ou quelques parcelles, voire un moulin. Julien Germond, marchand à Souancé, possédait un arpent de terre que faisait valoir un « manouvrier ». Julien Jamet, également marchand à Souancé, possédait plusieurs parcelles[7].

La propriété bourgeoise n’était jamais d’un seul bloc, même les grosses propriétés, comme celle d’Antoine Pinceloup, étaient morcelées sur un grand nombre de paroisses. Cet éparpillement ajoutait à la relative faiblesse de la propriété bourgeoise.

Les bourgeois locaux aspiraient à la noblesse, ils rêvaient de devenir nobles par achat de charges anoblissantes. Ils se contentaient souvent de vivre noblement en achetant une seigneurie : Jacques Pinceloup de la Morestière ( ou Morissure ) était seigneur du Theil et de Courgain[8].

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Couple de bourgeois manufacturiers

Si la grande majorité de la bourgeoisie était somme toute de condition modeste, une petite minorité de négociants se trouvaient à la tête d’immenses fortunes. Ces derniers jouaient un rôle économique primordial, ils animaient l’industrie étaminière, sans aucun doute la principale activité économique de la région.

 

Pour être essentiellement citadine, cette bourgeoisie n’en dédaignait pas pour autant la propriété foncière. Elle possédait un peu plus du quart des terres. Ces possessions étaient modeste s dans la plupart des cas, et toujours dispersées. Les bourgeois ne pouvaient apparaître comme des accapareurs de terres.

 


[1] AD 28, ancienne côte : L. 402 à 404, nouvelle cote : L 326 et 327, recensement de la population âgée de plus de 12 ans en vendémiaire an IV.

[2] P. DESSEIX. Les campagnes nogentaises à l’époque moderne. Le Mans, 1975, Mémoire de maîtrise dactylographié. Page 27.

[3] P. DESSEIX. Op. cit.

L’auteur fait porter son étude sur les 11 paroisses suivantes : Souancé, Coudreceau, Margon, Champrond – en – Perchet, Trizai, St Jean – Pierre – fixte, Les Etilleux, Le Coudray, St Serge, Vichères.

[4] G. LEFEBVRE. « Répartition de la propriété et de l’exploitation foncière à la fin de l’Ancien Régime ». In Etudes sur la Révolution française. Paris, 1953. P. 302 – 303.

[5] Michel VOVELLE. « La propriété bourgeoise au village : mesures et limites ». In Ville et campagnes au 18eme siècle ( Chartres et la Beauce ). Paris, 1980. P. 218.

[6] F. DORNIC. L’industrie textile dans le Maine et ses débouchés internationaux (1650-1815 ). Le Mans, 1955. P. 186.

[7] P. DESSEIX. Op. cit. P. 27 – 28.

[8] F. DORNIC. Op. cit. P.193. Le Theil, dans l’Orne, se situant près de Nogent alors que Courgains, dans la Sarthe, en était nettement plus éloigné  mais les négociants nogentais étaient en relation étroite, voire matrimoniale, avec des familles mancelles elles aussi impliquées dans le commerce des étamines.