patrouille révolutionnaire 2Ce mouvement n’eut pas loin de là l’ampleur de la grande peur de l’été 1789, ni des mouvements taxateurs des printemps et automne 1792. Sur un fond de vieille lutte antiseigneuriale, la réactions immédiate des habitants des campagnes fut de réquisitionner les dépôts d’armes, et notamment ceux des maisons nobles, au nom de la Patrie en danger comme il en fut dans les campagnes du district de Nogent-le-Rotrou au cours du mois de fin juin au mois de  juillet 1791 ( voir l’article de ce blog ici :voir l'article sur ce blog ).

La peur de l'invasion étrangère fit procéder à l'application d'un des premiers décrets de l’Assemblée constituante et exécutive, depuis le 21 juin, concernant la mise en activité de la garde nationale et la levée des volontaires.

C'est « au nom de la Patrie » que la municipalité de La Ferté-Bernard appelle le 22 juin les citoyens à s'unir et se tenir prêts pour repousser l'ennemi. :

 «  Aujourd’hui 22 juin  1791 sur les deux heures après midi […]

Sur l’invitation de Mr le Maire,de l’assemblée extraordinairement pour donner connaissance de la nouvelle facheuse qu’il venait d’apprendre par son courrier dépéché esprès aux départements de la Sarthe, Maine et Loire, et Loire inférieure que le Roi et sa maison étaient partis de Paris dans la nuit de 20 au 21  de ce mois que ce courrier était porteur de paquets à l’adresse des dusdits départements […]

Le corps municipal prenant en grande considération les nouvelle susdite […], tous et chacun ayant dit leur avis sur la nécessité de prendre des mesures promptes et sures pour prévenir les malheurs ou les accidents qui pourraient résulter des mauvaises intentions des ennemis de la Patrie.

Il a été arrêté :

1 ) que par le commandant de la Garde Nationale est requis d’établir sur le champ un piquet de 12 fusiliers avec les officiers nécessaires.

2 ) qu’il y aura convocation d’assemblée générale des citoyens actifs et leurs enfants âgés de 18 ans au terme du décret du 12 Juin 1790, accepté par le Roi […]

3 ) il sera fait un recensement général chez tous les marchands  de poudre à canon de cette ville pour s’assurer de la quantité qu’il y en a […]

4 ) il sera donné avis à toutes les municipalités des chefs lieux de canton de ce district et à celles de ce canton de la nouvelle de ce jour par exprêts […] »[1]

La peur pouvait aussi se porter contre le voyageurs. La municipalité du Mans invitait les hôtes d’étrangers à la ville à déclarer leur identité. «  Ainsi l’accusateur public Juteau-Duhou signale la présence chez lui du ci-devant marquis de Dreux-Brézé dont il a été chargé d’affaires. Entré dans l’Histoire par l’apostrophe de Mirabeau en juin 1789, , le ci-devant maître de cérémonies de la Cour, fuyant la capitale en même temps que son roi, est un suspect de choix pour la municipalité qui, en attendant l’ordre de l’Assemblée , appose les scellés sur ses papiers et l’assigne à résidence chez ce fonctionnaire, clubiste et lieutenant de la garde nationale, après s’être fait confirmer que son intention n’était pas de rejoindre son régiment en Alsace mais ses terres du Maine[2]. »[3]

Dans le même temps plusieurs clubs sont créés dont celui de Mortagne. Dans ce chef-lieu de district du département de l’Orne de près de 6 000 habitants où les ex-nobles sont à la tête des autorités constituées, une douzaines de personnes fondèrent un club en juin 1791 dont l’influence grandit assez vite. Les clubistes auraient déclarés que « […] les nobles et les prêtres avaient fourni de l’argent pour le départ du roi et opérer la contre-révolution »[4]

Dans la Sarthe un correspondant signalait  au rédacteur du Journal Général de la Sarthe  que tous les châteaux des environs de Mamers avaient été fouillés et leurs occupant placés sous surveillance dans la ville. A Ballon, dans le district du Mans, la garde nationale avait procédé à la visite des château des environs en bon ordre. Le châtelain de Saint Cosmes en Vairais fut arrêté par la garde nationale de Rémalard bien que munit d’un passeport. Il fut relâché sur intervention du département de l’Orne. Dans l’ouest de la Sarthe, les habitants de plusieurs communes se réunissaient le 3 juillet pour chercher des armes : 400 hommes armés obligèrent un notaire à marcher à leur tête vers le château de Chemiré-le-Gaudin puis celui de Louplande. Le même, à l’extrémité opposée du département, les municipalités de Montfort le Rotrou, Lombron et La Chapelle-Saint-Rémy perquisitionnaient le château du colonel de la garde nationale de Connerré[5].

BouloireA Bouloire, toujours dans l’est de la Sarthe, ce fut le 15 juillet 1791 que la foule encadrée par la garde nationale, se dirigea vers le château dont le régisseur était le procureur de la commune en conflit avec la garde nationale qui bénéficiait du soutien de la peuple. La foule déménagea ses meubles et sa famille vers Le Mans. Le procureur de la commune porta l’affaire en justice, malgré une sentence lui étant favorable, l’huissier de justice chargé de la faire appliquer, bien qu’accompagné de gendarmes et de gardes nationaux de Saint-Calais, dut y renoncé face à la mobilisation de la population de Bouloire. Enfin, au moment de l’annonce de l’acceptation de la constitution par le roi en septembre 1791, que des troubles éclatèrent de nouveau dans le district de Mamers[6], le châtelain de La Perrière dut se réfugier dans la ville[7].

Dans le vide constitutionnel provoqué par la fuite du roi, la nation désignait ainsi comme boucs-émissaires de la crise les anciens privilégiés cherchant à les désarmer.

 


[1] Rémi MALLET, Raymond CADIOU, Denis BEALET. La Ferté-Bernard pendant la Révolution. Aspects politiques et religieux. La Ferté-Bernard, 1989. Pages 20-21.

[2] A. D. 72 L 270, délibérations des 23 et 24 juin. Les terres du citoyen Dreux étaient situées dans les districts d’Evron et de Sillé.

[3] Cité dans Christine PEYRARD. Les jacobins de l'ouest. Paris : publications de la Sorbonne, 1996. Page 72.

[4] A . N. F7 3684/3. «  Mémoire relatif à l’état de Mortagne, aux causes de l’anarchie effrayante sous laquelle gémissent les bons citoyens et aux moyens que le pouvoir exécutif pourrait utiliser ». Cité dans Christine PEYRARD. Les jacobins de l'ouest. Paris : publications de la Sorbonne, 1996. Page 73.

[5] Journal du département de la Sarthe, 17 juillet 1791. Il s’agissait de Georges – Joseph – Augustin Menjot, chevalier d’Elbenne, seigneur de Couléon à Beillé près de connnerré, Sarcé, et autres lieux dans le Maine.

[6] Journal de la Sarthe, 4 et 25 septembre 1791.

[7] Pour la Sarthe, les faits sont cités dans Christine PEYRARD. Les jacobins de l'ouest. Paris : publications de la Sorbonne, 1996. Pages 75 et 76.