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Dans le département, les réfractaires furent peu nombreux et ne représentaient que 17, 4 % de l’ensemble du clergé tenu à la prestation du serment[1], ce qui ne représentait que 125 personnes sur un total de 718.

Tableau n° 1: Proportion du clergé constitutionnel

et réfractaire dans le département d’Eure – et – Loir ( 31 mai 1791 )[2].

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Dans le district de Chartres ils regroupaient, tout de même, près du quart de l’ensemble du clergé : 48 sur 199. Ce phénomène s’expliquait par une forte concentration à Chartres même de professeurs, aumôniers, grands pénitenciers,… ; ainsi que par la présence d’un évêque qui s’était déclaré réfractaire à la constitution civile du clergé : Jean – Baptiste – Joseph Lubersac[3].

Ils étaient également relativement plus nombreux que la moyenne départementale dans les deux districts de Nogent – le – Rotrou et Janville. Mais le district qui faisait vraiment exception était celui de Dreux où les ecclésiastiques prêtèrent tous le serment, à l’exception de trois d’entre eux.

Le plus grand nombre était de simple curés : 78 sur un total de 125 réfractaires sur l’ensemble du département, soit 62, 4 % des réfractaires. Ensuite venaient les « professeurs, chapelains, aumôniers, évêque, … », avec un total de 24 sur 125. Les vicaires étaient les moins nombreux, seulement 23 vicaires réfractaires sur l’ensemble du département.

Ces chiffres bruts ne peuvent que donner une idée vague, voire déformante,  des milieux ecclésiastiques parmi lesquels se recrutaient les réfractaires. Si les curés constituaient le plus gros contingent de réfractaires, c’était parce qu’ils représentaient la majorité du clergé et non parce qu’ils se montraient particulièrement opposés à la constitution civile du clergé. En fait, les « aumôniers, chapelains,… » étaient sur – représentés parmi les réfractaires : 19, 2 % des réfractaires alors qu’ils ne représentaient que 6, 54 % de l’ensemble des ecclésiastiques. Les curés constituaient 67, 27 % des ecclésiastiques et seulement 62, 4 % des réfractaires. Quant aux vicaires, si ils ne représentaient que 26, 19 % du nombre total d’ecclésiastiques, cette proportion tombait à 18, 4 % en ce qui concernait les réfractaires. Les milieux ecclésiastiques les plus réfractaires étaient ceux du clergé non – paroissial, le haut clergé constitué de professeurs, de chanoines, de chapelains, d’aumôniers,… Ce milieu faisait de Chartres le district le plus réfractaire d’Eure – et – Loir.

Au contraire, les milieux ecclésiastiques les moins favorisés se montaient plus favorables à la constitution civile du clergé. Les professeurs étaient réfractaires à 51, 10 %, les curés à 16, 15 % et les vicaires à 12, 23 %[4].

Tableau n° 2 : % de réfractaires par catégorie et par district

( 31 mai 1791 ).

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Les vicaires avaient tout à gagner dans la réforme du clergé. Ils étaient déjà entrés en lutte contre leurs conditions. Nous avons retrouvé, dans les papiers du comité ecclésiastique de l’Assemblée, un document significatif de l’attitude des vicaires du département d’Eure – et – Loir vis – à – vis de la hiérarchie ecclésiastique. Cette pétition est intitulée : «  Plaintes et doléances que les vicaires du diocèse de Chartres prennent la liberté d’adresser à l’Assemblée Nationale, par l’organe de Monseigneur de Mirabeau »[5]. Les vicaires s’y plaignaient de ne gagner que 350 # par an quand les officiers des évêques en gagnaient 5 à 600. Ils ne pouvaient pas choisir l’endroit où ils devaient desservir et ils pouvaient « … être déplacé par Mr les Curés comme de vils domestiques, sans pouvoir exiger les raisons de ce congé […] »[6]. Ils demandaient à être autorisés à quitter une paroisse qui ne leur convenait pas et que les curés ne pussent les renvoyer sans raison. Ils concluaient : « […] et que l’on ne nous parle plus des trois mois d’obeïssance serville que les prélats exigent de nous […] »[7].

Partout, sauf dans le district de Chartres, ils furent les moins nombreux, proportionnellement, à refuser le serment.

Tous les réfractaires nogentais étaient concentrés dans les trois cantons de Nogent, Thiron – Gardais et Champrond – en – Gâtine ; les trois autres cantons ne comptaient aucun prêtre réfractaire[8]. Dans ces trois cantons, ils étaient répartis de façon relativement homogène : 6 curés et 2 vicaires dans le canton de Nogent, 5 curés et 2 vicaires dans celui Champrond – en – Gâtine, 5 curés dans le canton de Thiron – Gardais.

Communes dans lesquelles le curé fut réfractaire en 1791.

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Tableau n° 3 : % des communes par canton dans lesquelles

il y avait des prêtres réfractaires ( 31 mai 1791 ).

Image5 tableau 3

Les 4 vicaires qui refusèrent de prêter serment à la constitution le firent en même temps que leurs curés, faisant ainsi preuve d’une totale soumission à leurs supérieurs hiérarchiques[9]. Alors que quatre autres vicaires prêtaient serment pendant que leurs curés s’y opposaient[10].

Les trois curés de Nogent étaient tous réfractaires, ce qui limitait le nombre de communes réfractaires du canton à 4 sur 10. Les prêtres réfractaires purent bénéficier du soutien actif de nombreuses maisons religieuses, tant à Nogent même que dans les campagnes. La répartition géographique des prêtres réfractaires[11] correspondait, sans doute, à un réseau de relations personnelles. A quelques exceptions près ( Villebon notamment ) tous les prêtres réfractaires exerçaient leur ministère dans des paroisses voisines les unes des autres ; le canton de Thiron – Gardais ne fut touché que dans sa partie la plus occidentale, dans ses paroisses les plus proches du canton de Nogent.



[1] Voir tableau n° 1.

[2] A. N. D XIX, 21, 31 mai 1791.

[3] A. D. d’Eure – et – Loir, L. 149 ancienne côte, L 1173 novelle côte. Ce dossier contient une biographie succincte de cet évêque. Il fut nommé évêque de Chartres en 1780, puis député du clergé du baillage de Chartres pour les états – généraux de 1789. Il fut l’un des premiers à rejoindre le tiers – état lorsque celui – ci se constitua en Assemblée nationale. Le 4 août, il proposa l’abolition du droit de chasse. Il refusa de prêter le serment exigé par la constitution civile du clergé et ensuite émigra en Allemagne avant de rejoindre l’Angleterre où il resta jusqu’à l’époque du concordat ( avril 1802 ). En 1802, il publiait à Londres deux ouvrages :

·         Journal historique et religieux de l’émigration du clergé français.

·         Apologie de la religion et de la monarchie réunies, grandeur, force et majesté des deux puissances spirituelles et temporelles.

Cette même année 1802, il démissionnait officiellement de son poste d’évêque de Chartres, regagnait la France où il fut nommé chanoine de St Denis. Il mourut en 1822.

[4] Voir tableau n° 2. Les données sont tirées de : A. N. D XIX, 21, 31 mai 1791.

[5] A. N. D XIX, 55, 165. Ce document n’est pas daté. Il est antérieur à la constitution civile du clergé, les vicaires s’y plaignent de ne gagner que 350 # par an, la constitution civile du clergé portera leurs gages à 700 #. Il remonte certainement à la fin de l’année 1789, Mirabeau était alors à son « zénith ». En s’adressant à l’Assemblée par sa voix, les vicaires pensaient mettre tous les atouts de leur côté. Mirabeau était qualifié de « […] bouche d’or qui jusqu’à ce jour à fait l’admiration de l’Auguste Sénat […] ».

[6] A. N. D XIX, 55, 165.

[7] Idem.

[8] Voir carte et tableau n°3.

[9] Ces 4 vicaires étaient : Tableune, vicaire de Champrond – en – Gâtine ; Gondi, vicaire de St Victor – de – Buthon ; Jousse, vicaire de Brunelles ; Raymond, vicaire de la paroisse St Hilaire de Nogent.

[10] Il s’agissait de trois vicaires de Nogent : Forestier, Chartrain et Morin ; et du vicaire de Frétigny : Pottier.

[11] Voir carte ci-dessus.