patrouille révolutionnaire 2

Les intérêts du mouvement taxateur de l’automne 1792 étaient multiples. A travers la revendication de la taxe semblaient revivre en partie certaines attitudes traditionnelles. La taxation de 1792 se rattachait à bien des égards à la guerre des farines de 1775. Mais par son ampleur, son organisation et ses objectifs mêmes, ce mouvement débordait largement du cadre des mouvements frumentaires traditionnels. Les revendications avancées étaient porteuses de tout le programme économique dirigiste de l’an II. C’était ce programme qui était revendiqué et appliqué en 1792, bien que d’une façon tout à fait empirique. Il constituait l’aboutissement d’une lente évolution du mouvement populaire dans le district de Nogent – le – Rotrou.

Parti d’une lutte contre l’accaparement, ce mouvement connut une phase de radicalisation politique durant l’année 1791 ; il précisa ses objectifs démocratiques, en s’opposant radicalement à l’aristocratie et à ses amis, les prêtres réfractaires. Les conditions de vie populaires furent de plus en plus menacées en 1792, le mouvement populaire s’attaqua alors à une nouvelle aristocratie : celle de l’argent, des spéculateurs qui vidaient les marchés. Il en vint naturellement à remettre en cause l’économie libérale de marché. Il proposa la taxe, non plus d’une manière épisodique, mais comme programme économique permanent ou tout au moins destiné à durer. Si la taxation, comme revendication, était déjà présente en 1789 et 1790, en 1792 elle prit la valeur de programme global. Le pain n’était plus taxé pour fournir de la nourriture au « peuple » dans un contexte de crise frumentaire, la taxe prenait valeur de « norme », de modèle économique.

Pour autant ce programme n’était pas tourné vers le passé. Les masses populaires ne proposaient pas un retour à l’ancien système. Il proposait une alternative originale, celle d’une société de petits producteurs indépendants. Alternative qui n’était pas plus « irréaliste » que celle du libéralisme. Les masses populaires étaient profondément opposées aux lois économiques libérales, tout au moins en matière de subsistances, et ce dès 1789. Elles voyaient bien que la « liberté économique » entraînait une détérioration de leurs conditions de vie.

L’automne 1792 cristallisa un moment privilégié dans la vie politico - sociale du département. C’était celui d’une convergence entre un mouvement populaire à son apogée, disposant d’un programme assez clair, et des patriotes révolutionnaires qui conquéraient les pouvoirs locaux. Cette convergence, cette « alliance de classe », n’était pas nouvelle, elle s’était déjà manifestée en 1791, notamment à Nogent sur les problèmes religieux et à travers la personnalité de Chasles, mais également en d’autres points du district dans la lutte contre l’aristocratie : dans les cantons d’Authon – du – Perche et de La Bazoche – Gouët.

Cette convergence déboucha sur l’émergence, en 1793, d’un mouvement Sans – Culottes assez puissant. Le programme économique, le patriotisme, des taxateurs de 1792 les désignaient comme ces futurs Sans – Culottes. Seuls les cantons touchés par le mouvement taxateur de 1792 connurent un mouvement Sans – Culottes à travers la mise en place de sociétés populaires. Il y avait une filiation certaine.

Mais le mouvement populaire ne connut pas le même développement ici ou là dans le district. Fortement présent dans les trois cantons du sud, sud – ouest, il le fut moins dans celui de Thiron – Gardais et de Champrond – en – Gâtine, et encore moins dans ceux de Frazé .