Giroust signatureIl naquit à Nogent – le –Rotrou le 14 mai 1749 d’une famille « peu aisée ». Son père, Jacques Giroust ( né en 1717 ), était maître serrurier à Nogent ; il fut élu député en 1766 pour représenter le corps des maîtres selliers, bourreliers, serruriers, arquebusiers, taillandiers et voituriers pour l’élection de maires et échevins de la ville. Sa mère, Louise Ségouin, était originaire de La Bazoche – Gouët. La famille était peu nombreuse, puisque à part Jacques-Charles, l’aîné, il n’y eut qu’un cadet, Louis (né en 1751 ), qui fut négociant à Reims et administrateur du district de cette ville sous la Révolution.

En 1756, il commençait modestement ses études à l’école des frères de la doctrine chrétienne sans doute à Nogent, en 1759, il fréquentait le collège de la même ville. Il semble avoir été reçu  au séminaire de Chartres à une date inconnue, mais le quitta au bout d’une seule année. Il entra alors comme clerc chez maître Pichot, notaire du baillage de Chartres. Le12 décembre 1767, il fut reçu à la basoche des clercs de la ville, faubourg et banlieue de Chartres.

Giroust VoréIl revint à Nogent, en 1768, et travailla alors chez différents notaires. A ce moment, il était en contact avec Helvétius retiré alors au château de Voré à Rémalard près de Nogent, plus tard il fréquenta sa veuve en son salon d’Auteuil.

En 1772 , il quittait à nouveau Nogent pour faire son droit à Paris, études qu’il acheva à Reims faute de moyens financiers et peut-être parce qu’il y avait un point de chute chez son cadet Louis. D’ailleurs ce fut toujours à Reims que son épouse se réfugia lorsqu’il disparaîtra au printemps 1793 ( voir plus loin ).

 

Mais une autre raison tenait sans doute à la faculté de Droit de Reims qui ne passait pas pour un modèle de rigueur, les cours y étaient très irréguliers et l’absentéisme étudiant très fort. A tel point que déjà en 1761, face au nombreuses plaintes, le chancelier Lamoignon avait provoqué une enquête. Quelques temps après, Brissot ( de 5 ans le cadet de Giroust, tous deux fréquentèrent le milieu de la « chicane » de Chartres. S’y sont-ils croisés ainsi que dans les années 1770 à Reims ? ) devant prendre des degrés pour être reçu avocat les « acheta à Reims ». Dans ses Mémoires il écrivait : « Le voyage que je fis dans cette ville me convainquit de l’avilissement de son université […] On y vendait tout, et les degrés, et les thèses, et les arguments ». Et de fait, si l’on en croit les historiens, les étudiants y devenaient bacheliers et licenciés en quelques mois. La faculté recevait des étudiants venant de toutes les villes de France, ce qui peut laisser à penser que les études y étaient…couronnées de succès rapidement.

 

Mais notre futur conventionnel ne sembla pas bénéficier de ce « système » puisqu’il ne devint bachelier en droit qu’au bout de quatre ans. Il fut reçu bachelier en droit, le 15 avril 1776 et licencié in utroque jure ( en droit canon et en droit civil ) le 17 juillet de la même année, il prêta serment d’avocat au parlement de Paris dès le 26 juillet.

Puis il retourna à Nogent – le – Rotrou où il se fixait comme avocat le 5 octobre 1776 : avocat près des justices seigneuriales de Nogent ( 5 octobre 1776 ). A l'âge de 36 ans il y épousa, le 28 juin 1785, Alexandrine Victoire Vasseur ( morte en 1795 ), fille mineure de feu Hilaire Vasseur ( diocèse du Mans ), son beau-frère, maître des postes de la ville, fut maire en remplacement de Chasles en novembre 1792.

En 1789, il fut nommé électeur pour le tiers – état de Nogent – le –Rotrou à l’assemblée du baillage du Perche. Il fut élu juge du tribunal du district où sa présence nous est attestée en février 1791. Entre temps, naquit son seul enfant : Charles Alexandre en 1790,  qui fut déclaré présumé mort aux armées lors de la campagne de Moscou.

Il fit partie du club des Amis de la Constitution ( Jacobins ) qui fut fondé à Nogent au printemps 1791 et qui tenait ses réunion dans l'ancienne collègiale Saint Jean de la ville. A ce titre, il apparaît plusieurs fois comme commissaire des Jacobins nogentais auprès de la municipalité : le 17 juin 1791, il se présentait avec une délégation de six membres de  la société ( parmi  lesquels Chasles ) pour demander que tous le citoyens de la ville fussent soumis au service de la garde nationale y compris les "fonctionnaires publics" ( il s'agissait de s'opposer à des demandes de dérogation de service réclamées par quelques écclésiastiques qui étaient considérés, à l'époque, comme des fonctionnaires publics puisque payés par la nation ). Le 5 septembre de la même année, il faisait partie d'une autre délégation réclamant l'autorisation à la municipalité d'ouvrir une caisse patriotique pour l'échange des assignats, ce qui fut accordé. Le 7  du même mois, il se présentait seul devant le conseil municipal pour l'avertir que la Société venait de recevoir l'autorisation du district de tenir ses réunions en l'ancienne collégiale Saint Jean.

Le 28 août 1791, il fut élu député d’Eure – et – Loir à l’Assemblée législative par l’assemblée primaire qui se réunit dans la salle du palais de justice de Chartres ( élu 5ème sur 9 députés, au 1er tour par 208 voix sur 247, le 28 août 1791). Il y eut une « carrière » plus qu’effacée, puisqu’il ne prit jamais la parole[1].

Il n’en fut pas moins réélu député d’Eure – et – Loir à la Convention, lors de l’assemblée électorale qui se tint à Dreux au cours de la première semaine de septembre 1792. Arrivé à Paris, il se fit recevoir à la Société des Jacobins dès le 28 septembre avec son collègue Pierre-Jacques-Michel Chasles, ancien maire de Nogent-le-Rotrou. Il ne semble pas avoir fréquenté assidûment ce club contrairement à Chasles.

A la Convention, tout comme à la Législative, il fut très discret, n’intervenant jamais. Il ne fit partie d’aucun groupe mais ses sympathies allaient aux Girondins, dont deux des principaux chefs – de file étaient ses collègues élus d’Eure – et – Loir : Brissot et Pétion.

Lors du procès du roi en janvier 1793, à la question : « Louis Capet est – il coupable ? » Il répondait : «  Je ne me crois pas autorisé à prononcer, ni comme juré, ni comme juge, je n’en ai pas reçu le pouvoir. Je me réserve de prononcer la sûreté générale. » Il se prononçait également pour l’appel au peuple et la réclusion de Louis XVI tant que la guerre durerait et son bannissement en temps de paix. Enfin, il s’opposa à l’exécution du « dernier des tyrans »[2].

Au printemps, il vota pour l’accusation contre Marat et pour le rétablissement de la Commission des douze.

Après les journées de juin 1793 qui renversèrent les Girondins, il ne figurait sur aucune liste de députés proscrits, condamnés ou accusés. Il s’enfuit tout de même ; abandonnant son poste de député, sans avoir été  inquiété. Les Sans – Culottes de Nogent – le –Rotrou l’amalgamèrent aux députés proscrits. Il fut bientôt considéré comme émigré et son mobilier fut vendu aux enchères. Sa femme, qu’il avait abandonnée, effrayée, se réfugia à Reims avec son fils où elle mourut peu de temps après.

Le 22 pluviôse an II ( 10 février 1794 ), il était arrêté à Brest et accusé d’avoir tenté de soulever des ouvriers. Il ne fut libéré que le 18 frimaire an III ( 8 novembre 1794 ). La Convention le rappela en son sein ainsi que 73 députés qui, tel Giroust, avaient cru prudent de s’éloigner.

Dans la Convention thermidorienne il se rangea dans le sein de la nouvelle majorité. Deux missions aux armées lui furent confiées, la première en germinal an III( mars-avril 1795 ) dans les pays conquis au – delà de la Meuse, la seconde en messidor en III ( juin-juillet 1795 ) dans les pays conquis entre la Meuse et le Rhin.

 Il fut élu membre du premier Conseil des 500 par l’assemblée électorale qui se réunit à Châteaudun le 26 vendémiaire an IV ( 18 octobre 1795 ). Il y siégea du 28 octobre 1795 au 19 mai 1798, date à laquelle il se retira définitivement de la vie politique.

Lors de la réorganisation de la magistrature en l’an VIII (septembre 1799 – septembre 1800 ), il sollicita auprès de Lanjuinais[3] une place à la cours de cassation à la cours d’appel de Paris, démarches effectuées en pure perte.

Il commença alors une carrière judiciaire :

- 1800 : Président du tribunal civil de 1ère instance de Nogent. Il redevient simple juge lors de la réorganisation des tribunaux, selon la loi du 18 mars 1800 ( 27 ventôse an VIII )

- En 1807 : des renseignements confidentiels sur les fonctionnaires de l’ordre judiciaire en Eure – et – Loir le décrivaient comme suit : « ne manque pas de moyens, ni d’instruction ; mais il n’a pas de constance dans le caractère ;  il se laisse dominer par sa cabale, et l’esprit de parti ; il est notoirement connu comme un mécontent, et un frondeur ».

- Il fut  destitué en 1810.

- Le 1er janvier 1816 , il retrouvait son poste de Président à Nogent. Dans le même temps, il publiait plusieurs ouvrages de droits[4]

Peu de temps avant sa mort, en 1835, il fut décoré Chevalier de la Légion d’honneur. Il décéda dans sa ville natale le 29 avril 1836, il possédait alors la ferme des Maisons à Margon.

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De nos jours une rue du centre-ville porte son nom en hommage : il s'agit de la rue prolongeant la rue Vilette-Gaté, en direction de Margon, à hauteur du carrefour avec la rue Saint hilaire ; elle est prolongée par la rue Saint Martin.

 

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Tombe de Giroust dans le cimetière de Nogent-le-Rotrou.

 


 


Sources :

Edna Hindie LEMAY. Dictionnaire des Législateurs ( 1791 – 1792 ). Ferney – Voltaire, Centre international d’étude du XVIIIème siècle : 2007.  Vol.

Gerard Guyau. 1789  début 1793 : le mouvement populaire dans le district de Nogent-le-Rotrou ( Eute - et - Loir ). Mémoire de maîtrise dactylographié sous la direction de M. J. Nicolas, soutenu à Paris, en 1984.



[1]Votes aux appels nominaux :

1er appel nominal,  le 1/2/1792 : mise en accusation de Bertrand de Molleville, ministre de la Marine ( non majoritaire ).

2ème appel, le 23/2/1792 : motion pour avoir des séances soir et matin jusqu’à épuisement de tous les rapports envoyés  aux comités ( oui majoritaire ).

3ème appel, le 9/4/1792 : sur l’admission dans la salle des soldats mutins de Châteauvieux aux honneurs de la séance ( oui majoritaire ).

4ème appel, le 13/4/1792 : sur la question de poursuites judiciaires contre les « embaucheurs » devant les cours inférieures ( oui majoritaire ).

5ème appel, le 14/6/1792 : sur la motion de compensation pour l’abolition des droits féodaux ( non majoritaire ).

6ème appel, le 28/6/1792 : question posée par Guadet : «  Le ministre est-il tenu de déclarer si M. La Fayette a reçu un congé pour s’absenter de son armée ou s’il n’en a pas reçu ? » ( non majoritaire ).

7ème appel, le 8/8/1792 : sur la question : «  a-t-on lieu a accusation contre M. La Fayette ? «  (non majoritaire).

[2] Voir A. – S. MORIN. Etude sur Giroust. Chartres, 1861, pp. 6 – 7.

Cette brochure a un ton très polémique. L’auteur s’attache à démythifier Giroust qui après la révolution jouait volontier au « patriote persécuté par les terroristes » ce qui ne correspondait pas vraiment à la réalité.

[3] Ancien conventionnel Girondin assez proche du centre ( la plaine ). En 1800, il siégeait au sénat .

[4] 1806 : De l’ordre judiciaire ; De la procédure simplifiée. Nogent – le – Rotrou.

  1807 : Les frais de justice modérée, Suite aux observations de Giroust ( E&L ) sur la procédure simplifiée. Nogent – le – Rotrou : imprimerie André. 96 p.

1816: Une erreur ou mille et mille erreurs évitables ou inévitables de mille et mille historiens.

  1824 : Note sur l’impossibilité de maintenir la circonscription du département de l’Orne et du département d’Eure – et – Loir.

  1825 : Reprise de la réclamation adressée au gouvernement français […] au déclin du dernier siècle et de la souveraineté du peuple. Nogent – le – Rotrou.