Bataille de Hondschott

Chasles fut envoyé en mission, par la Convention,  auprès de l’armée du Nord durant l’été 1793, avec Bentabole ( du Bas-Rhin, montagnard ), Collombelle ( de la Meurthe, montagnard ) et Deville ( de la Marne, montagnard ) ce dernier refusant1. Cette mission constitua à n’en pas douter une période importante de sa vie politique et même de sa vie tout court car elle lui rapporta une blessure dont il eut à souffrir tout le restant de son existence.

Chasles et ses collègues se rendirent d’abord à Cambrai que les armées coalisées tentaient d’investir alors. Ils furent contraints de quitter précipitamment cette ville de peur d’être coupés du reste de l’armée du Nord2. Guffroy, son ancien co-représentant dans l’Eure-et-Loir et la Seine-et-Oise au printemps de la même année, originaire d’Arras et député du Pas-de-Calais, s’empressa de persifler dans son journal, Le Rouggyf, ou le Franc en vedette, du 14 septembre 1793, reprochant à Chasles et Colombel d’avoir abandonné, dans leur fuite jugée précipitée, « […] porte-manteaux et malles dans la bagarres. »

Le 11 août, Chasles et ses collègues étaient à Arras d’où ils écrivirent à la Convention : « Nous nous empressons de vous faire part que nous nous sommes rendus hier, à 6 heures du soir, à l’armée campée à 3 lieues d’ici, que nous avons trouvée rangée en bataille. Nous l’avons parcourue d’un bout à l’autre, et les cris de : Vive la République ! se sont fait entendre de toutes parts.[…] »3.

Le 13, Chasles était de retour à Cambrai, où il s’adressait aux troupes  pour les féliciter de leur bravoure4, ce qui lui valut cette remarque flatteuse de la part du général Ronsin5 : « […] Chasles nous a paru propre à ranimer le courage des soldats, à surveiller les officiers suspects et à imprimer un grand mouvement à cette armée qu’on a laissé trop longtemps dans l’inertie. »6 Le 23, avec ses collègues Delbrel7 et Letourneur, Chasles adressait une lettre ouverte au général Houchard pour que la discipline fût respectée8. Deux jours plus tard il prenait un arrêté, avec les mêmes collègues, sur l’organisation du tribunal révolutionnaire9.

Le 1er septembre 1793, Chasles se présentait à la société populaire de Lille ou il fut reçu à l’unanimité, il fit un discours que cette société qualifia ainsi : « […] un Discours le plus sensible, le plus fort, le plus pur amour de la Patrie et de la République, est prononcé par le zélé et Digne Réprésentant [sic] d’un Peuple Libre […] »10. Lui et ses collègues, Bentabole, Levasseur et Colombelle, firent preuve d’une activité débordante en ce début de mois de septembre 1793 tant en  ce qui concernait l’approvisionnement de Lille et les fournitures aux armées, mais aussi pour modérer les ardeurs du tribunal de Hazebrouck11. Ce fut Chasles qui annonça à cette même société, la victoire de Houchard à Hondschoote12.

Le 12 septembre Chasles, à la tête d’une colonne  fut blessé à la jambe gauche d’un éclat d’obus lors de l’attaque de Wiervick. Cette blessure fut annoncée à la Convention dans une lettre du général Houchard, datée du 13 septembre 1793 à Lilles, dans laquelle il annonçait la victoire de Wervick13, quelques jours plus tard, le 15, étaient lues, toujours à la Convention,  une lettre du général Béru14 et une autre  du conventionnel lui-même15. Cette lettre fut transmise au Comité de salut public, ce qui valut à Chasles une réponse flatteuse de ce dernier, il lui fut répondu que le Comité de salut public  « […] a partagé la douce émotion qu'à produite sur l'armée le spectacle d'un législateur qui affronte les plus grands dangers et qui scelle de son sang le généreux serment qu'il a fait de vivre libre ou de mourir. Le sang d'un représentant du peuple, quand il le verse au champ de gloire, est un germe heureux qui ne peut qu'enfanter des héros et accélérer l'heure du triomphe [...] »16.

Cependant sa blessure lui occasionnait de vives douleurs, à tel point qu’en octobre 1793 des médecins de Lille disaient craindre pour ses jours17. Dès le 18 octobre, Isoré18, représentant du peuple envoyé à l’armée du Nord écrivait à la convention pour signaler que Chasles était très malade :

 Lille, le 4e jour de la 3e décade du

1er mois de l’an II de la République

Française.

Depuis trois jours, citoyen président, notre collègue Châles blessé à l’affaire d’Hondschoot, est dans un état désespérant, son mal s’aggrave et le menace beaucoup. Je le vois tous les jours et je peux dire qu’il a eu la satisfaction de verser son sang pour la défense de la patrie, ses angoisses lui en donnent un souvenir bien cuisant, mais qu’y faire quand tous les représentants du peuple montagnards envient son sort.

Salut et fraternité. 

ISORE. »19

Vu ses conditions de santé, il retarda son retour  à la Convention certificats médicaux à l’appui et  continua ses activités de représentant en mission20.

Ce fut depuis son lit qu’il entreprit de « régénérer » la Société populaire de Lille. En brumaire an II ( octobre -novembre 1793  ), il décrétait, avec Isoré, de créer une armée révolutionnaire pour le département du Nord, ce en conformité avec les instructions de Bouchotte, ministre de la guerre, et se sentant légitimés par le décret de la Convention, du 5 septembre 1793,  qui créait l’armée révolutionnaire parisienne. Pour les représentants en mission, ces forces constituaient un instrument nécessaire des mesures de ravitaillement et de répression21.

Ils en confièrent le commandement à Dufresse, président de la Société populaire depuis le mois d’octobre, soit depuis sa régénération22. Selon Dautry et Pichois, ce fût Isoré qui fut à l’origine de la mise en place de cette armée révolutionnaire. Mais si l’on suit les travaux minutieux de Richard Cobb23 sur les armées révolutionnaires, le projet de mise en place de cette armée avait été ébauché dès le 2 brumaire an II ( 23 octobre 1793 ), par la société révolutionnaire, dont le bureau était dominé par un groupe de militaires parisiens, de la section du Panthéon-Français comme Dufresse, et par le comité de surveillance de la ville, présidé par un autre parisien, Decrosne, cordelier et commissaire du Pouvoir exécutif. Ce ne fut  qu’ensuite que la société révolutionnaire soumit aux représentants en mission son «  […] projet d’organiser 2.000 hommes sous la dénomination de l’Armée révolutionnaire ». Le 5 brumaire an II ( 26 octobre 1793 ), Chasles et Isoré créaient officiellement cette armée, en suivant presque mots à mots le projet de la société. Après avoir approuvé le principe de cette Armée révolutionnaire, les deux représentants du peuple en confièrent la tâche du recrutement à un conseil d’administration. Les véritables créateurs de cette armée furent Dufresse, Lavalette24 et Decrosne25. Cependant lorsque Dufresse et ses amis furent mis en accusation en brumaire an III ( octobre-novembre 1794 ) par la convention thermidorienne, Chasles déposa avec Isoré, Lesage-Sénault, Duhem et Bentabole en leur faveur26. Tous les arrêtés liés à l’activité de cette armée révolutionnaire furent signés Isoré27, il est vrai que Chasles du fait de sa blessure était contraint de rester à Lille. Ce fut sans aucun doute l’action déchristianisatrice de cette armée révolutionnaire qui créa des tensions entre Chasles et certains de ses collègues et entrainèrent une véritable cabale à son encontre. Action déchristianisatrice que R. Cobb juge peu efficace : « […] Même dans le Nord, l’armée lilloise n’a fait qu’œuvre passagère, […] »28. Mais la principale fonction de cette armée révolutionnaire fut de ravitailler les magasins militaires, rassembler les troupeaux de bétail laissés à l’abandon près de la frontière et  de faire appliquer le maximum. Dès sa création, le  journal d’Arras, La Sentinelle, jouissant de la confiance de Robespierre, mena une campagne contre l’Armée révolutionnaire du département du Nord, alors que les sociétés populaires de Douai et de Cambrai rejetèrent la création de compagnies révolutionnaires dans leurs villes.

Chasles profita de son « repos forcé » pour fonder un journal affiche29 intitulé Le Révolutionnaire portant un sous-titre explicitement terroriste : « La Terreur et la Guillotine sont à l’Ordre du jour ». Il ne semble n’y avoir eut que trois numéros de ce journal-affiche, les deux conservés aux archives historiques de la guerre, sont datés du 18 et du 26 brumaire an II (octobre-novembre 1793)30. Dans l’un de ces numéros, il exaltait le rôle économique joué par l’armée révolutionnaire menée par Dufresse : « La voyez-vous, cette Armée révolutionnaire pénétrer dans vos magasins, renverser d’un souffle ces amas sacrilèges de denrées et d’objets les plus nécessaires à la vie, ramener dans les Marchés la joie et l’abondance ?...La voyez-vous encore déterrer vos trésors, prendre sur le fait vos fabricants ou distributeurs de faux assignats … »31

Le 3 frimaire an II ( 23 novembre 1793 ), la Société des Jacobins de Paris recevait une lettre de Chasles, écrite de Lille dans laquelle il donnait des nouvelles de la situation à la frontière, « […] il ajoute que ses blessures se cicatrisent. »  La Société arrêtait que «  […] le président lui écrira au nom de la Société ; pour lui témoigner l’intérêt que les  Jacobins prennent à sa santé. […] »32.

Le 17 frimaire an II ( 7 décembre 1793 ), il envoyait une lettre à la convention dans laquelle il annonçait les dons faits à la patrie par deux négociants lillois, dans un post-scriptum il dénonçait les pratiques de l’armée autrichienne :

« Le représentant du peuple envoyé près l’armée du Nord, à la Convention nationale.

Lille, le …… 1793, l’an II de la

République française une et

indivisible.

Citoyens mes collègues,

Deux négociants de Lille, les citoyens  Derenty et Frioud, viennent d’offrir en don à la patrie 15,000 paires de souliers, qu’on évalue à plus de 40,000 francs.

Je dois observer que ces souliers étaient depuis six mois dans les magasins de la République, sous le titre de rebut, parce qu’ils se trouvaient en effet d’une qualité inférieure aux échantillons.

Mais je vous observerai aussi qu’ils n’étaient pas tellement mauvais qu’on ne pût leur donner une valeur et s’en servir.

Nous avons été trop heureux, dans la pénurie absolue de chaussures où nous sommes depuis près de deux mois, de les offrir à nos braves défenseurs qui, presque tous, faisaient le service nu-pieds.

Les citoyens qui se sont désintéressés dans cette occasion en renonçant au prix qu’ils  avaient droit d’exiger de cette pacotille de rebut, ont donc bien mérité de la patrie.

J’espère que leur générosité trouvera des imitateurs dans la ville de Lille : elle stimulera les dispositions que manifestent déjà les citoyens aisés de ne pas laisser plus longtemps exposés à la rigueur de la saison nos braves frères placés aux avant–postes, chargé de la défense de leurs personnes et de leurs propriétés. Bientôt, suivant toute apparence, l’intérêt personnel autant que le civisme, déterminera les hommes à porte-feuille à ne pas regretter, et même à offrir spontanément ce que la loi pourrait, mais n’a pas encore exigé d’eux.

Je vous demande pour les citoyens Derenty et Frioud la mention honorable.

Salut et fraternité.

CHALES.

P.-S.- Voici une nouvelle preuve de la loyauté de nos ennemis.

Dans la dernière action, un de nos cavaliers a trouvé dans la poche d’un soldat autrichien des cartouches d’un nouveau genre.

La balle sabotée est enveloppée d’un linge trempée dans une liqueur dont l’effet est tel, que le cavalier, l’ayant approchée de ses lèvres, a éprouvé à l’instant une cuisson très vive et une démangeaison insupportable. On ne doit pas être surpris,  d’après cela,  que beaucoup de nos soldats, légèrement blessés en apparence, éprouvent les accidents les plus graves.

Ces hommes qui nous combattent avec de pareilles armes, continuent à brûler, à piller nos villages environnants ; ces jours derniers ils ont égorgé de sang-froid et mis en pièces, avec une atrocité inexprimable, une malheureuse femme occupée des soins de son ménage. »

La Convention décréta mention honorable du don, insertion au « bulletin »33.

Cependant Chasles se fit des ennemis. Lorsque Lebon34 arriva en mission dans le Pas-de-Calais et le Nord à partir de novembre 1793, ces multiples dénonciations le laissèrent perplexe : « Je suis dans d’étranges perplexités. Mille dénonciations pleuvent autour de moi sur le comte [sic] d’Isoré et de châles, notamment sur ce dernier. Soustraction de muscadins à la réquisition pour en former une armée révolutionnaire, société lilloise influencée, despotisée par tous les épauletiers35 du monde. Robespierre, Guffroy, Joseph Lebon taxés par Châles de payer des gens pour tout boulverser en s’opposant aux réunions dites centrales. »36 Florent Guiot et Hentz furent envoyés dans le Nord pour surveiller Chasles et Isoré au début du mois de Frimaire an II ( dernier tiers du mois de novembre 1793 ). L’armée révolutionnaire du Nord fut dissoute le 14 frimaire an II ( 4 décembre 1793 ) . Le 21 frimaire an II ( 11 décembre 1793 ), F. Guiot, ne connaissant pas encore la teneur du décret pris le 14 du même mois qui organisait le Gouvernement révolutionnaire,  écrivait : «  Vous nous avez recommandé de surveiller les mouvements de l’armée révolutionnaire ; nous ne la perdons pas de vue, en attendant le moment favorable pour faire disparoître cette institution, qui peut faire cent fois plus de mal qu’elle n’opère de bien […] »37 Le 23 frimaire An II ( 13 décembre 1793 ), Florent Guiot et Hentz38  commençaient les opérations de licenciement de l’Armée révolutionnaire du département du Nord et faisaient arrêter Dufresse, commandant de l’armée révolutionnaire du Nord, le même jour ils prenait un arrêté conciliant vis-à-vis des prêtres réfractaires39, ils rétablissaient une majorité modérée à la tête de la Société lillois en faisant arrêtés ses anciens dirigeants. D’autre part, Denis Bourdon, frère du conventionnel Léonard Bourdon40, accusait Chasles d’avoir dégarni la frontière de dragons et de hussard en créant l’armée révolutionnaire du département du Nord en admettant en son sein des jeunes gens41 de la première réquisition : « […] Pourquoi lorque nous manquions de cavaliers aux avant-postes, les as-tu dégarni en en tirant 30 Hussards pour suivre l’Armée révolutionnaire… ? »42 Ce ne fut que de Chasles que certains de ses collègues, notamment Florent Guiot, se plaignirent auprès du Comité de salut public43, après le rappel d’Isoré à Paris, le  26 frimaire an II ( 16 décembre 1793 ) : « […] Isoré est un brave homme, et un sincère patriote, qui a été trompé par les contre-révolutionnaires masqués et surtout par Châles…Quant à Châles, nous sommes convaincus que c’est un tartufe, un homme faux, intrigant et environné d’intrigants. »44 L’attaque était sérieuse, elle entraîna une véritable campagne de diffamation ( voir ci-dessous ). A travers Chasles, on cherchait surtout à atteindre à la fois les déchristianisateurs et les hommes ayant appliqué avec vigueur le maximum. Chasles contre-attaqua, le 12 nivôse an II ( 1er janvier 1794 ) il envoyait au Comité de salut public une copie de la lettre qu’il avait adressé45 à Hentz et Guiot dans laquelle il se plaignait qu’ils le tenaient à l’écart et en profitait pour réclamer d’autres collègues. Durant ce mois de nivôse an II, l’opposition entre les représentants en mission se transforma en une lutte confuse au sein du comité de surveillance lillois et de la Société populaire46. Le 3 pluviôse an II ( 22 janvier 1794 ), les Jacobins de Paris recevaient une adresse de la Société de Lille annonçant «  […] une adresse qu’elle envoie à la Convention et une réponse à la diatribe du représentant du peuple Châles. »47 Face à cette situation, Duquesnoy48 , sollicita le rappel de Chasles  dès le 17 nivôse ( 6 janvier 1793), et Guiot en fit de même, le 1949.

Très vite, la calomnie suggéra que si Chasles avait été blessé ce ne pouvait être qu’en fuyant ou pire. Guffroy, décidément très tenace dans ses attaques50, dans son journal parla d’ « une effervescence d’humeur viciées » ou même d’une piqûre due au « malin fils de Vénus »51. En pluviôse, le 16 ( 4 février 1794 ) Chasles dit, dans une lettre à la Société populaire de Nogent-le-Rotrou : « Guffroy est mon cruel ennemi ». Nous verrons ci-dessous, que Chasles n’oublia pas les attaques perfides de Guffroy et participa activement à sa radiation de la Société des Jacobins de Paris.

Il fallut trois décrets52 successifs et une mise en garde du Comité de salut public53 pour le faire rentrer à Paris54. Le premier de ces décrets fut pris le 27 nivôse an II ( 16 janvier 1794 ) et présenté à la Convention par Couthon. Cependant un des dénonciateurs parmi les plus acharnés de Chasles, Florent Guiot fut à son tours éloigné du Nord par un décret du Comité de Salut public en date du du 30 pluviôse an II ( 18 février 1794 ) et envoyé loin dans le Finistère :

:

« COUTHON, au nom du comité de Salut public,

 Chasles, représentant à Lille, a été blessé ; comme il est obligé de donner ses ordres de sa chambre, ils n’ont pas toujours une prompte exécution : en conséquence le comité lui a ordonné de cesser ses fonctions. Chasles n’a pas jugé à propos d’obéir : le comité vous propose de révoquer les pouvoirs donnés à Chasles, et de lui ordonner de se rendre dans le sein de la Convention aussitôt que sa santé le lui permettra, et de lui accorder pour cela un congé indéfini.

DUHEM. Le représentant Chasles est nécessaire à la Convention, ne seroit-ce que pour rendre compte de ce qui s’est passé à Lille. je n’en dis pas d’avantage55.

UN MEMBRE. On dit que Chasles s’éloigne de Lille : c’est le mot.

L’assemblée adopte le projet de décret présenté par Couthon  avec l’amendement de Duhem56 […] »

Chasles envoya une lettre à la Convention, datée du 2 pluviôse an II ( 21 janvier 1794 ) à Lilles, à propos du décret lui demandant de revenir le plus tôt possible dans le sein de la convention. Dans son courrier, il sollicitait ingénument des explications sur ce que signifiait cette expression : « le plus tôt possible ». Cette lettre lue en séance le 5 pluviôse, lui valut d’être égratigné, notamment par Guffroy son ancien collègue lors de sa mission du printemps dans les départements de Seine-et-Oise et d’Eure-et-Loir, et avec lequel il connut des démêlés en l’an III :

« CHARLIER57. Je demande l’ordre du jour ; car le plus tôt possible veut dire quand il pourra.

GUFFROY. Je viens de voir des députés de la Société populaire de Lille ; ils m’ont assuré que depuis longtemps Chasles aurait pu être transporté ; c’est dire qu’il ne veut pas revenir.

L’ordre du jour proposé par Charlier et décrété. »58

Ceci lui valut sans doute des dénonciations à la tribune de la Convention. Ainsi le 12 pluviôse an II, avant même que Chasles n’eût réintégré la Convention, des membres ( Charlier et Guffroy à nouveau ) le dénonçaient assez méchamment à l’occasion de la venue des administrateurs du district de Lille venus déposer des dons et se plaindre des calomnies répandues sur leur commune et protester de leur zèle patriotique59:

«  UN MEMBRE, après avoir fait l’éloge de civisme des Lillois, se plaint de ce qu’ils sont sans cesse calomniés.

Il dénonce Chasles, représentant du peuple, à Lille, comme intrigant dont la présence est très dangereuse dans cette commune ; sa blessure dont il se sert comme d’un prétexte pour différer son retour, n’est pas celle d’Achille, dit ce membre, quoi qu’elle soit au talon ; et  certes, quand Chasles la reçue, il n’étoit ni à la tête, ni au centre de l’armée ; mais il s’étoit prudemment retiré à la butte du moulin de Wervick, en attendant l’issue des combats. Je demande qu’il soit tenu de se rendre dans le sein de la Convention sous 15 jours.

Je sais de très bonne part, dit [ GUFFROY ], que Chasles a fait faire une consultation dans laquelle les esculapes à ses gages ont assurés que sa blessure le mettoit hors d’état d’être transporté ; tandis qu’il va d’ Arras à Lille, et que deux jours avant la consultation il avoit assisté à une orgie. Je demande que notre collègue soit tenu de se rendre à Paris dans dix jours, sous peine d’être censé avoir donné sa démission.

CHARLIER. On prétend qu’il reste pour intriguer avec les partisans de Lavalette, et que les douleurs qui lui servent de prétexte pour prolonger son séjour à Lille, ne l’empêchent pas de se livrer à des orgies peu convenables au caractère dont il est revêtu. J’ignore si ces inculpations ont quelque fondemens. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en se transportant à Arras, en attendant qu’il puisse faire mieux, il se montreroit plus docile à la voix de la Convention60. » Ensuite Bréard61 demanda le  renvoi au comité de salut public sur la situation à Lille et requit que celui – ci prît les mesures nécessaire à faire contre Chasles. Renvoi décrété par la Convention. « Le président interpelle les pétitionnaires pour savoir s’il ont quelque dénonciation à faire contre Chasles. Ils répondent par la négative. »62

Les interventions sur le cas de Chasles se poursuivirent pour demander son rappel au sein de la Convention, au cours de cette séance. Certaines très « méchantes » comme celle de Raffron63: « Je demande que Chasles soit tenu de se rendre de suite dans le sein de la Convention. S’il lui arrive de mourir en chemin, eh bien ! il couvrira par – là bien des torts. Il peut se faire transporter en litière ; nos braves républicains, blessés en défendant la liberté, sont bien transportés sur des chariots ! ( On applaudit ) »64 Danton65 et Couthon intervinrent sur un ton plus mesuré et la Convention, après quelques débats, décréta que Chasles devait se rendre en son sein dans les huit jours et chargeait les comités de salut public et de sûreté générale de prendre les mesures pour l’exécution du décret, d’après l’état physique de Chasles.

Mais les adversaires de Chasles ne désarmaient pas et une nouvelle dénonciation fut présentée le 22 pluviôse an II ( Lundi 10 février 1794 ), par le dépôt à la Convention d’un mémoire présenté par le cn Callé au procureur général syndic du département du Nord, daté de  Douai le 12 brumaire an  II ( 02 novembre 1793). Mémoire dans lequel il dénonçait l’attitude de Chasles. Tous les documents cités sont en annexe de la pétition du Cn Callé, garde-magasin des fourrages à la suite de l’armée du nord, acquitté par le tribunal révolutionnaire du 14 pluviôse II ( 02 février 1794 ), pour demander qu’on lui payât ses appointements depuis sa détention.

« […] Le 8 septembre, je me transporte à Lille pour obtenir un ordre par écrit pour faire faire un versement d’environ quatre cent mille bottes tant en foin qu’en paille, pour aider à l’approvisionnement de Lille qui était faiblement pourvue ; alors ne trouvant pas mes chefs d’administration, je me suis rendu chez le citoyen Chasles, représentant du peuple, pour lui faire connaître mes intentions et obtenir des ordres par écrit pour avoir des voitures. Il m’a si faiblement accueilli, que j’ai été obligé de me retirer sans pouvoir rien obtenir ; je me suis plaint à un des amis qui était à l’auberge de la Cloche du peu de succès que j’avais obtenu de Chasles pour une mission si urgente, quelqu’un lui a rendu compte de mon mécontentement et que vu le peu de succès que j’avais eu , que je ne pouvais m’empêcher d’en rendre compte au citoyen André Dumont, représentant du peuple de la Somme, et pour le susdit propos je suis dans les fers depuis le 9 septembre dernier. Le citoyen Blondeau, officier de police et de sûreté générale, après m’avoir gardé trente un jours dans la prison dite St-Pierre, à Lille, a renvoyé ma cause par devant les administrations du département du Nord, séant à Douai, où j’ai été transféré le 8 octobre, sans encore avoir subi aucun interrogatoire. […] »66

Cette pétition était accompagnée de deux extraits d’interrogatoires de témoins. Le premier, Joseph Blanc, volontaire dans le 9e régiment de hussards affirmait que le nommé Callé avait tenu, à l’auberge de la Cloche à Lille, des propos injurieux contre le représentant du peuple envoyé près l’armée du Nord. Le second témoin, Jean Gabriel, lieutenant des canonniers du 2e bataillon des Fédérés, cantonnés à Mouvaux, déposa dans le même sens67.

Le 19 pluviôse ( 7 février 1794 ), les Jacobins de Paris recevaient une lettre de Chasles  «  […] qui prie la Société de ne rien préjuger contre lui avant qu’il ne l’ait mise à portée d’asseoir son jugement en confondant ses calomniateurs. » Momoro intervint pour préciser que Châles avait  écrit également aux Cordeliers et que « […]  dans sa lettre, il réfute victorieusement l’imposture, et appuie de preuves très concluantes tout ce qu’il dit de relatif aux faits dont il parle. » La Société arrêta qu’elle écrivit à Châles pour lui témoigner  qu’il n’avait pas cessé de mériter son estime et sa confiance. ( On applaudit. )68

Chasles, de retour au sein de la convention depuis le 26 pluviôse an II ( 14 février 1794 ),  répliqua au cours de la séance du 27 pluviôse an II ( 15 février 1794 ) dans une brève intervention dénonçant les calomnies dont il avait fait l’objet :

« On m’a calomnié pendant mon absence. Il y a dix jours que l’on me dénonça à cette tribune, au moment où le bistouri me faisoit encore éprouver des douleurs cuisantes69. C’est dans ce moment même que j’étois accusé de voltiger d’orgie en orgie. Je dois relever des faits dont vous connoîtrez bientôt la fausseté : ma blessure n’est pas à moi, elle est à la représentation nationale, et je crois que la représentation nationale seroit avilie, si je ne me justifiois pas.

Je réfuterai des erreurs, mais j’aurai  toujours la satisfaction de dire qu’elles ne déshonorent pas la Convention : car si elle peut se laisser tromper sur les individus, elle ne peut pas l’être sur le bonheur du peuple qu’elle représente. Je parlerai avec la fierté d’un militaire qui a su monter à la brèche. Je ne parlerai pas de mes détracteurs, quoiqu’ils aient voulu me ravir l’honneur et la réputation d’un patriotisme constant ; je ne citerai pas même leur nom, je les abandonnerai à eux – mêmes ; je demande que la Convention m’accorde la parole dans six jours, pour faire un rapport de ma conduite pendant ma mission. (Applaudissements. )

Cette proposition est décrétée. »70

Et le même jour, était déposé à la convention, le procès-verbal de la visite faite à Chasles par les officiers de santé suite aux opérations militaires de Wervick et Menin. Ce certificat attestait de la réalité et de la  gravité de la blessure de Chasles faite par un boulet de canon. Il était signé : Pelletan, Allan, Doublet, Bertholet fils, Bertholet père, Bodin, député d’Indre et Loire ; Lonqueue71, député d’Eure – et – Loir.

Le 28 pluviôse an II ( 16 février 1794 ) , aux Jacobins, « Châles monte à la tribune et déclare qu’il vient se justifier  des accusations lancées contre lui. Il fait l’éloge des soldats. Il déclare qu’il divise la population de Lille en deux classes, les « bombardés » ou les riches qui, pendant le siège payaient les pauvres pour qu’ils allassent éteindre le feu mis à leurs maisons par les bombes, et les « encavés » ou pauvres qui habitent dans les caves. Les « bombardés » se sont emparés des places ; ils se font les honneurs de la défense de Lille. – Un député interrompt Châles en traitant ses allégations de mensonges. Deschamp atteste que Châles dit la vérité. On applaudit.- Châles continue ; il se plaint que le président, le vice-président et plusieurs membres de la Société populaire de Lille l’aient calomnié ; ce sont, d’après lui, des amis de Custine et de La Marlière.- Levasseur déclare que les faits lui semblent être en faveur de Châles. Il rappelle que lui-même  a été envoyé à Lille avec Bentabole : il y a fait une réquisition de quinze cents jeunes et, à ce propos, il a pu constater que le patriotisme des Lillois était peu solide.- Un membre  déclare qu’il se fait à Lille un commerce continuel de numéraire, malgré la loi qui défend ce trafic.- Collot d’Herbois déclare que Châles a été calomnié. Il dit qu’il a écouté avec intérêt la défense de Châles, et qu’il l’engage à la porter devant le Comité de salut public. Il assure que le Comité de salut public, avec l’aide des représentants en mission, va mettre fin aux querelles particulières dans les départements.[…] »72 Le même soir, Chasles passa au scrutin épuratoire de la Société des Jacobins, il y fut admis73.

Fort de ce soutien réitéré du club des Jacobins, il contre-attaqua le 11 ventôse an II ( 1er mars 1794), en y dénonçant le journal de Guffroy : « Châles dénonce le journal intitulé Rougyff ou le Frank en vedette. D’après lui, « ce journal, qui circule dans l’armée du Nord, n’est bon qu’à la désorganiser, car il est infecté du venin le plus aristocratique». L’orateur y a lu plusieurs articles où l’on diffamait les généraux et les représentants du peuple. Il ajoute que cette publication lui a toujours paru le tombeau du bon sens. Il demande que Rougyff soit tenu de venir s’expliquer dans le sein de la Société.- Sijas déclare qu’on a donné des fonds au ministre de la guerre pour envoyer aux armées les journaux patriotiques, mais que depuis trois mois le ministre n’envoie plus Rougyff. –Dufourny se déclare convaincu que Rougyff est coupable et que l’opinion publique est parfaitement formée contre lui ; néanmoins, il demande que ce député soit entendu.- Léonard Bourdon remarque que l’on vient d’affirmer que le ministre de la guerre n’envoyait plus Rougyff aux armées depuis deux ou trois mois ; or jamais ce journal n’a été plus répandu parmi les soldats que pendant les deux derniers mois. En conséquence, l’orateur demande que la Société recherche quels sont ceux qui fournissent les fonds et quels moyens on emploie pour répandre Rougyff.- Quelques membres demandent que l’on raye de la Société Guffroy, rédacteur de ce journal, membre du Comité de sûreté général, membre de la Convention et défenseur de Chaudot. – La Société arrête que Guffroy sera invité à venir s’expliquer. »74 Deux jours plus tard, Guffroy fut à nouveau attaqué aux Jacobins. Sijas précisait que si le ministre de la guerre a cessé d’envoyer aux armées le journal de Guffroy c’était parce qu’il le jugeait  sans intérêt. Mais selon lui, « […] elle est contre-révolutionnaire. […]» Il demanda qu’on interpellât Duquesnoy, « [… ]afin d’apprendre s’il est vrai que ce représentant a fait réimprimer des exemplaires de Rougyff pour les distribuer aux soldats. -[…] » Duquesnoy,  plus tard dans la séance, répondit que « […] son collègue et lui s’y sont abonnés pour le nombre de six cents exemplaires ; mais qu’alors il était adopté par tous les patriote.- […] » Enfin Guffroy se présentait « […] pour répondre aux inculpations qui ont été prononcées contre lui dans la séance du 11. Il veut faire lecture d’un grand nombre de pièces qu’il tient entre ses mains ; mais la Société témoigne qu’elle désire écarter toutes les longueurs inutiles. – Châles demande la parole pour préciser les faits. Il dit que la feuille ayant pour titre Journal de Rougyff n’avait l’approbation ni d’aucun homme de goût, ni d’aucun patriote ; que ce journal est le tombeau du bon sens ; que par conséquent, ne pouvant avoir un grand nombre d’abonné,  il fallait qu’il y eut des hommes invisibles qui fournissent les fonds pour l’impression ; que ce journal contient des principes contre-révolutionnaires, et qu’il fallait nécessairement empêcher la circulation d’une feuille qui  propage le modérantisme. – Un membre dénonce Guffroy pour avoir des  liaisons intimes avec le ci-devant marquis de Travanel. Il annonce qu’il a jeté feu et flamme contre le Comité révolutionnaire de la section des Piques, pour l’obliger à élargir le nommé Dumier, serrurier de Capet. Il annonce qu’on a trouvé dans les papiers de cet individu des lettres anglaises qui ont été déposées dans un carton, et dont on n’a pas eu connaissance depuis. – Guffroy veut prendre la parole pour donner, dit-il,  les éclaircissements nécessaires sur tous ces objets, il demande à lire les pièces qu’il a en main. -Maure demande qu’on lise le dernier numéro du Journal de Rougyff, afin de convaincre Guffroy. On fait lecture de ce numéro, qui contient des principes dont l’exposition excite de violents murmures. »  Après quelques débats, la Société exclut Guffroy de son sein. La Société arrêtait en outre qu’elle dénoncerait ses feuilles à la Convention, et que le Comité de sûreté général serait invité à prendre toutes les mesures de rigueur nécessaires contre Guffroy75.

Les calomniateurs de Chasles ne désarmaient cependant pas, le 15 ventôse an II ( 05 mars1794 ), il montait encore à la tribune de la Convention, en se ménageant une entrée « théâtrale »76,  pour dénoncer un placard contre lui et demanda que la Convention l’entendît le lendemain :

« On vient d’afficher contre moi un placard infâme dans lequel on semble me dévouer aux poignards sans attendre même que ma santé soit rétablie. J’ai cru devoir me transporter à la Convention pour que la malveillance ne pût pas profiter du retard que ma blessure a apportée à un rapport que je dois faire à la Convention. Je dirai la vérité tout entière : je démasquerai les intrigants. L’attente de ce rapport effraie à un point que je ne puis exprimer ceux qui ravagent la frontière et le département du Nord.

La Convention verra jusqu’où les passions particulières ont pu emporter certains individus ; mais je la prie de ne point prononcer sur ma conduite et sur ce qui s’est passé à Lille depuis cinq ou six mois qu’elle ne m’ait entendu. Je la prie de ne point se laisser prévenir par des jongleries. Je ne parle pas d’un placard infâme qui me déchire plus cruellement que le fer des Autrichiens, et que j’ai dénoncé au comité de sûreté générale. Je demande la parole pour demain ; et quand mes collègues m’auront entendus, ils verront que je suis digne encore de quelque estime.

L’Assemblée décrète que Chasles sera entendu demain. »77

Ce qu’il fit effectivement, dans une assez longue intervention il rendait compte de sa mission à Lille :

« Il monte avec peine à la tribune ; il demande que l’assemblée lui permette de parler assis et couvert. L’assemblée le lui accorde. Chasles fait son rapport, dont voici l’extrait :

CHASLES. Je ne devais pas m’attendre que je serais forcé de parler de moi à cette tribune ; et dans quelle circonstance encore ? quand l’aspect d’une blessure dangereuse ne peut laisser aucun doute à mes ennemis eux – mêmes sur les services que j’ai rendu à la république. Je sais que des méchants se sont égayés sur la nature et les dangers de cette blessure : la vérité est que je suis estropié pour la vie, et que je souffrirai encore longtemps.

On a prétendu que j’avais des torts ; j’en ai eu, il est vrai, et je m’en honore ; mais envers qui ? envers les égoïstes, les amis de Capet, les agents de Pitt et de Cobourg, les intrigants et les fripons. On m’a calomnié à Paris quand j’étais à Lille ; depuis que je suis à Paris, mes ennemis sont passés à Lille, tout s’est évanoui à mon aspect.

Blessé à la tête des colonnes républicaines, on me transporta à Arras ; on connaissait ma surveillance active, mon énergie révolutionnaire ; l’intrigue s’effraie à mon arrivée et fait tous ses efforts pour me rappeler à Paris. Je restai, puis je me rends à Lille, théâtre vaste et alors occupé par des acteurs non moins dangereux pour la sûreté publique que Lafayette et Dumouriez. Lamorlière et ses complices y régnaient alors ; les patriotes y étaient incarcérés ; les administrations se remplissaient d’intrigants ; il s’y était fait une révolution étrange dans l’esprit public. Les principes du plus pur républicanisme, prêchés par Levasseur et Bentabole , étaient oubliés.

Revêtu de grands pouvoirs, animé du zèle le plus actif, je me préparai à une grande régénération de cette ville ; alors l’intrigue murmure ;  elle s’agite, elle soudoie des journalistes, et je suis calomnié,  abreuvé d’amertume, mais non découragé. Lamorlière est accusé, envoyé au tribunal révolutionnaire de Paris, et paie de sa tête ses menées perfides ; ses complices jurent de le venger. Tout à coup Lille se remplit d’inconnus à la mine haute, aux grandes moustaches, coiffés d’un bonnet rouge, se disant membres de la Société populaire et n’y allant jamais. Je les fixe, je les suis de l’œil pendant quelques jours, ils disparaissent.

On m’amène un d’entre eux, nommé Richard ; il avoue que, venu de Paris, il n’a recueilli sur sa route que des préventions et des faits odieux à la charge d’Isoré, mon collègue, et de moi, ainsi que de la Société populaire, que nous avions renouvelée. Je mène Richard à la Société populaire ; il est détrompé et se réunit à moi pour jurer anathème aux intrigants.

Ceux – ci changent de conduite. Il fallait paralyser mes pouvoirs pour n’avoir plus à me craindre. On me peint à la Convention comme impotent et hors d’état de vaquer aux importantes fonctions dont j’étais revêtu. On m’a appelé au sein de la Convention, je m-y suis rendu.

Telle a été ma conduite ; l’exposé que je viens de faire est exact. Je demande que l’assemblée me permette de remettre à une autre séance la lecture de l’autre partie de mon rapport, qui concerne les opérations militaires.

( Chasles a été souvent interrompu par des applaudissements ).

 Ses forces ne lui permettant pas de finir son rapport, la Convention en ordonne l’impression et la distribution»78

Enfin pour faire taire ses détracteurs, les administrateurs du district de Lille firent parvenir  à la convention, le 18 ventôse an II ( 08 mars 1793, matin ), un certains nombres de documents en défense de Chasles auxquels ils joignaient une copie de la lettre  que leur avait écrite Chasles, le 16 pluviôse an II ( 4 février 1794 ) ainsi qu’une adresse du même79:

« Extrait de la lettre : « [ Le repr. Chasles, au district de Lilli, Lille 16 pluv. An II ]

« Citoyens, vos collègues, actuellement à Paris, interpellés par le Président de la Convention s’ils avoient des griefs à articuler contre moi, ont répondu négativement.

Je vous interpelle, sur les lieux de déclarer à la face de vos concitoyens, si dans l’imprimé ci-joint, il y a des faits susceptibles de dénégation ou de modification.

S. et F.

Signé : Châles.

[ Adresse du repr. Châles « indignement calomnié «  à la tribune de la Convention nationale dans la séance du 12 pluv. II. Lille , 16 pluv. II ]80

« Frères et Amis,

Vous avez dû frémir d’indignation, en lisant, dans les journaux d’hier, les atroces et absurdes calomnies qu’on s’est permis de vomir contre moi,  à la Convention nationale. J’ai dû m’empresser de donner à mes calomniateurs un démenti solemnel. Je l’ai fait par le Courrier d’hier. Mais c’est à vous, braves Lillois, qu’il appartient de me démentir, si je trahis la vérité, et de m’accuser, si j’ai commis des crimes. Je vous interpelle donc, au nom du salut public,  et pour l’honneur de la représentation nationale, de déclarer hautement tout ce que vous savez sur mon compte. Ce ne sont point des éloges que je mendie : c’est le témoignage de la vérité, que tout homme d’honneur ne peut refuser à l’Accusé qui l’invoque.

Moulin à Wervick1° Est – il vrai qu’à la journée de Wervick, où j’ai eu la jambe gauche fracturée par un boulet de 7, je me sois lâchement retiré sous un moulin ? Parlez, braves défenseurs de la Patrie, qui formiez la colonne  commandée par Dumesnil : dites si je ne marchois pas à votre tête, décoré du panache et de l’écharpes tricolore. Dites si je n’ai pas comme vous, bravé pendant plus d’un quart d’heure le feu le plus terrible… Renversé de cheval, et couvert de mon sang, qu’ai-je  fait, qu’ai – je  dit, tandis que l’ennemi continuoit à diriger ses batteries vers le point où j’étois ? …

2° Est – il vrai que depuis le 13 septembre dernier, quelqu’un d’entre vous m’ait rencontré dans les rues de Lille, et hors de la chambre où je couche ? Voulant, il y a deux jours ( c’est – à – dire postérieurement à la déclaration faite à la Convention par mes calomniateurs ) essayer mes forces et me préparer au voyage, j’ai hasardé quelques pas dans la rue. Ca été ma première et mon unique promenade.

3° Est – il vrai que ma présence à Lille ait été la cause ou le prétexte du moindre trouble, du plus léger mouvement ? … Que j’aie, directement ou indirectement , favorisé les Egoïstes, les Aristocrates, les Modérés, les Accapareurs, etc., etc., que j’ai contrarié, en aucune manière, les mesures révolutionnaires prises par les Représentants mes Collègues, ou par des Autorités constituées… que je me sois opposé à l’exécution de la Loi du Maximum, etc., etc. ?

4° Est – il vrai qu’on m’ait vu, depuis que je suis à Lille, dans les fêtes et les orgies ? Plus d’une fois, j’en conviens, le voisinage de la maison que j’habite a retenti de chants patriotiques d’un petit nombre de sans – culottes, qui viennent égayer ma solitude, et me distraire de mes douleurs. Je crois, avec le Cousin Jacques, que l’ami de l’égalité, qui est sans façon ; loyal, sincère, et qui n’as pas de reproche à se faire, est toujours l’ami de la gaieté.

5° Est – il vrai que les représentants Saint Just et Lebas aient été forcés de changer de logement par la difficulté qu’il y a de vivre et de fraterniser avec moi ? N’est – ce pas sous les yeux du public que le représentant Guiot a délogé deux jours avant leur arrivée.

6° Enfin, Frères et Amis, que la Société populaire, que les Autorités constituées, que les Fonctionnaires publics, et que tous et chacun des citoyens examinent scrupuleusement ma conduite, avant et depuis le départ de mon Collègue Isoré. Je provoque sur mes actions, mes discours et mes écrits, la censure la plus rigide. Je veux ne devoir ma justification qu’à la force de la vérité, de l’innocence et du patriotisme.

Je termine cette interpellation fraternelle, par l’expression de ma reconnoissance pour les honneurs civiques dont vous m’avez comblé, et le vif intérêt que vous ne cessez de prendre, depuis cinq mois, à ma douloureuse situation.

Châles.»81

La Convention décerna la mention honorable pour le district de Lille et renvoya au comité de salut public82.

Dans son ouvrage, Serge Luzzatto83, évoque une campagne de diffamation lancée par Robespierre dont Chasles aurait été victime en l’an II. Manifestement, il ne peut s’agir que des événements que nous venons de rapporter sans pouvoir affirmer que Robespierre fut à l’origine de cette campagne, même si Chasles, dans le compte-rendu de sa mission évoque la ville d’Arras où il fut transporté suite à sa blessure et où : « l’intrigue s’effraie à mon arrivée et fait tous ses efforts pour me rappeler à Paris. » Ce passage laisse à penser qu’on a du s’adresser à Robespierre mais rien n’est certain en la matière.

Enfin, le 5 germinal an II, le Comité de salut public arrêtait que « le représentant Châles sera remboursé des dépenses » qu’entrainaient les soins de sa blessure reçue à l’armée du Nord, arrêté signé de Carnot,  Collot d’Herbois, Saint-Just et Barère84.

 


Annexes :

 

Annexe 1 : Arrêté des représentants du peuple en mission auprès de l’armée du Nord créant une armée révolutionnaire.

«  AU NOM du salut public.

Les Représentants du Peuple envoyés près l’Armée du Nord, convaincus qu’il existe au mépris des volontés de la nation, des cœurs vils & noirs de corruption, nageant dans un sang impur & palpitant du désir de démentir la raison & les lois humaines, que les préjugés inventés par le charlatanisme d’une légion d’hommes ambitieux cachés dans les ténèbres de l’hypocrisie, qui prêchant la chasteté & la sobriété, cultivent en secret des passions pour semer l’ignorance, la superstition & faire germer dans les cœurs foibles, une terreur à la honte du Ciel même.

Voulants que la déclaration des droits de l’homme, fondement de la République françoise, soit le seul livre révolutionnaire de la Religion & du Gouvernement, & que nul individu résidant en France, ne conserve la hardiesse d’insulter au Lois du pays, sans être puni à l’heure même où son infidélité sera reconnue.

Arrêtons, qu’il y aura dans le Département du Nord, une armée révolutionnaire commandée par le Citoyen DUFRESSE : que cette armée habillée à la demi-hussard & coiffée du Bonnet de la Liberté, se transportera dans tous les lieux où les ennemis intérieurs attaquerons l’Egalité, la Liberté, l’humanité, les mœurs & la vertu.

Cette Armée sera suivie d’un Tribunal pour juger les ennemis des Société populaires, les faux Patriotes, les Fanatiques, les Accapareurs & les Banqueroutiers.

Ses réglemens organisatoires seront publiés & affichés dans le plus bref délai.

Signé, ISORE. CHÂLES. »

Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k69560m.r=.langFR

 

Courrier envoyé au ministre de la guerre pour l’informer de la création d’une armée révolutionnaire dans le département du Nord.

 

«  Citoyen sans-culotte Ministre,

Une nouvelle colonne vient de s’élever à Lille à l’extrême hauteur des circonstances. Elle est composée de 1000 hommes sans-culottes, dévoués à l’extermination des conspirateurs. Le citoyen Dufresse commande cette fameuse colonne avec le titre de général de l’armée révolutionnaire du Nord. Les cœurs enveloppés des préjugés de l’esclavage vont reconnoitre pour les seules déesses du monde l’égalité et la liberté. Cette armée est celle qui doit clore la révolution. Tout au peuple, rien aux hommes en particulier ; pourvu que nous restions propriétaires de nos bras et de nos bonnets rouges, nul tiran ne sera sûr de sa vie. Seconde-nous, sans-culotte Ministre. La république sera bientôt universelle.

                                                                                                 Châles, Isoré. »

 

Réponse de Bouchotte en marge du précédant courrier :

«  Les sans-culotte voient avec un plaisir indicibles vos opérations révolutionnaires dans un pays où la richesse avoit établi sa domination, où les préjugés empêchoient la masse de saisir la vérité et d’apercevoir les moyens qui pouvoient améliorer son sort malgré qu’elle en eût la volonté. Il falloit l’heureux concours de la sans-culotterie, de l’instruction et du pouvoir pour rompre ces malheureuses chaînes, et ces circonstances se sont heureusement réunies.

Vous avez bien raison, citoïens, il ne nous faut que nos bras et un bonnet rouge, c’est-à-dire le travail et la liberté. Celui qui veut d’avantage n’est pas régénéré.

Les fonctions publiques ne sont et ne doivent être qu’accidentelles pour l’avantage de la société ; la seule fonction constante de l’homme, c’est le travail.

Je m’unis d’intention à vos vœux et je seconderai, dans ce qui dépendra de moi, vos travaux.

                                                          Salut et fraternité.

Source : AN, AF II, 120, dossier 16, pièce 2.

 

Annexe 2 :

Convention nationale, séance du 27 nivôse an II – 16 janvier 1794. Présidence David.

Décret de rappel du Représentant Chasles, rapporteur Couthon.

 « La Convention nationale, après avoir entendu le rapport du comité de Salut public, décrète que les pouvoirs du représentant du peuple Chasles, actuellement à Lille, cessent dès ce moment, et qu’il rentrera au sein de la Convention nationale le plus tôt possible ».

Archives Parlementaires. TomeLXXXIII, p.391.

 

Lettre de Chasles représentant à l’armée du nord au président de la Convention nationale, datée de Lille le 2 pluviôse an II.

« Citoyen président, la Convention par son décret du 27 nivôse, me retire mes pouvoirs, et me rappelle dans son sein le plus tôt possible.

Que dois – je entendre par cette seconde disposition : le plus tôt possible ?

J’observe qu’il m’est, quant à présent, physiquement impossible de m’éloigner de Lille. Mes plaies ne sont pas encore cicatrisées, et je commence à peine à sortir du lit. D’ailleurs, je ne puis sans une extrême imprudence, confier le soin de ma parfaite guérison, dont je suis presque certain, à de nouveaux artistes, qui, suivant une autre marche que les premières pourroient la compromettre.

D’après ce double motif, je prie la Convention de m’accorder un congé indéfini, ou du moins de m’expliquer ce que je dois entendre par le plus tôt possible.

S. et F.

Chasles »

CHARLIER. Je demande l’ordre du jour ; car le plus tôt possible veut dire quand il pourra.

GUFFROY. Je viens de voir des députés de la Société populaire de Lille ; ils m’ont assuré que depuis longtemps Chasles aurait pu être transporté ; c’est dire qu’il ne veut pas revenir.

L’ordre du jour proposé par Charlier et décrété. »85

Archives Parlementaires. Tome  LXXXIII , pp. 604 et 605.

 

« Convention nationale, séance du 5 pluviôse an II – 24 janvier 1794.

Un décret rappelle Châles dans le sein de la Convention le plus tôt possible. Il demande l’interprétation de ces mots. L’Assemblée passe à l’ordre du jour. »

Actes du Comité de salut public, tome 10, P. 417.

 

« Convention nationale, séance du 12 pluviôse an II – 31 janvier 1794.

Un membre demande que Châles, représentant du peuple à Lille, et déjà rappelé au sein de la Convention par deux décrets, soit enfin tenu de s’y rendre. Après quelques légers débats, la Convention  décrète que le citoyen Châles, représentant du peuple à Lille, sera tenu de se rendre, sous huit jours, dans son sein ; et charge les Comité de salut public et de sûreté générales de prendre les mesures pour l’exécution du décret, d’après l’état physique de Châles.

Actes du Comité de salut public, tome 10, P. 573-574.

 

Annexe 3 :

Retour à la Convention, 26 pluviôse an II ( 14/02/1794 ). Présidence Dubarran.

« LE PRESIDENT annonce à l’Assemblée que le représentant Chasles a obéi au décret qui le rappelle et qu’il est à son poste. »

Archives Parlementaires. TomeLXXXV, p. 41.

 

Certificat médical.

27 pluviôse an II ( 15/02/1794 ). Présidence Dubarran.

Procès – Verbal de la visite faite à Chasles, blessé au mois de septembre dans l’affaire de Wervick et Menin par des officiers de santé.

Ce certificat atteste de la réalité et de la  gravité de la blessure de Chasles fait par un boulet de canon. Il est signé :  Pelletan, Allan, Doublet, Bertholet fils, Bertholet père, Bodin, député d’Indre et Loire ; Lonqueue, député d’Eure – et – Loir.

Archives Parlementaires. Tome  LXXXV , pp. 88-89.

 

 


 

1 Archives Parlementaires, LXX – 107. Décret  de nomination comme représentant du peuple à l’armée du Nord :

«          Article 4.

Les citoyens Colombel de la Meurthe, Bentabole, Deville et Châles, se rendront, en qualité de représentant du peuple, près l’armée du Nord, pour remplacer les commissaires revenus dans le sein de la Convention, et ils sont investis des mêmes pouvoirs. »

2 Une lettre, datée du 22 août 1793, envoyée au Comité de salut public par Lequinio et Lejeune représentants en missions dans le département de l’Aisne, le mettait Chasles en accusation : «  Dans tout le pays on accuse hautement Châles envoyé près l’armée du Nord d’avoir fui Cambrai dans l’instant où l’ennemi commençait à cerner cette ville ; on va jusqu’à répandre qu’il a mis tant de faiblesse et de précipitation dans sa fuite qu’il ne s’est échapé qu’en laissant ses malles derrière lui.[…] Il faut ou obliger Châles à se justifier ou le punir sévèrement. » ( AN, AA. 50, dos. 1432, pièce 4 ).

3 En voici le texte intégral :   

                                                                  «  Arras le 11 août 1793, l’an II

De la République une et indivisible.

Citoyens  nos collègues,

« Nous nous empressons de vous faire part que nous nous sommes rendus hier, à 6 heures du soir, à l’armée campée à 3 lieues d’ici, que nous avons trouvée rangée en bataille. Nous l’avons parcourue d’un bout à l’autre, et les cris de : Vive la République ! se sont fait entendre de toutes parts. Ensuite le général Houchard a ordonné la salve d’artillerie après laquelle tous les états – majors, tous les bataillons d’infanterie et les régiments de cavalerie ont prêté le serment de vivre libres, ou mourir, de maintenir l’unité et l’indivisibilité de la République, de soutenir la Constitution républicaine que les Français viennent de se donner. La joie et la gaieté qui régnaient dans l’armée nous assurent les heureuses dispositions dans lesquelles elle est de tenir son serment et de  combattre les satellites des despotes, dont  ce régime cause le désespoir.

Les représentants du peuple près l’armée du Nord,

Signée : LE TOURNEUR ; DELBREL ; COLOMBEL ; CHALES. »

Archives Parlementaires, LXXII, p.142.

4« Je suis allé à Cambray, où j’ai scu tous les details de bravoure et de patriotisme qui ont sauvé cette ville.[...] » écrivait-il en post-scriptum d’une lettre adressée à la commission du Nord ( AD 59, L.1373, pièce  18 ).

5 Proche du ministre de la guerre Bouchotte et du club des Cordeliers. Il faisait partie de ceux que l’on connaît sous le nom d’hébertiste avec lesquels il fut  guillotiné le 4 germinal an II ( 24 mars 1794 ).

6 Correspondance générale de Carnot. Publiée par E. Charavay. Tome 3, p. 9.

7 Député non montagnard du département du Lot.

8 Du Quartier général de l’Armée du Nord, l’an deuxième de la République une et indivisible. Les représentans du peuple auprès de l’armée du Nord, au citoyen Houchard, Général en Chef de la même armée. S. l., De l’imprimerie  de la Citoyenne Veuve Nicolas. In-4 de 7 pages. In Document consultable sur le site gallica : cliquer ici   

9 AD 59, L. 2677, pièce 14.

10 Archives municipales de Lille, Registre de délibérations de la Société populaire, ms. 18327, f° 83 r° ; Cité par PICHOIS et DAUTRY. Le conventionnel Chasles et ses idées démocratiques.Aix-en-Provence : éditions Ophrys, 1958. Page 49.

11 Voir  PICHOIS et DAUTRY. Le conventionnel Chasles…, page 49.

12 Il remit une lettre à la municipalité de Lille pour l’informer de cette victoire : «  L’armée Angloise est en pleine déroute.  L’ennemi a laissé cinquante pièces de canons, une prodigieuse quantité de poudre et d’effets. L’armée ne demande qu’à marcher. Vous connoissez le parti qu’on peut tirer d’une armée victorieuse ; j’espère que le Général ne restera pas en aussi beau chemin. » Chales, Représentant du Peuple près l’Armée du Nord. Extrait d’une lettre écrite de Dunkerque, du 10 septembre 1793, l’an deuxième de la République, une et indivisible.

Source : gallica, pour voir le document cliquer ici.

13 Archives Parlementaires, LXXIV – 212. Voici un extrait de ce courrier :

 « […] J’apprends à l’instants, de Levasseur, représentant du peuple, que Wervick est au pouvoir de nos troupes ; que l’action qui a eu lieu ce matin a été extrêmement chaude et rude. Le représentant Châles a été blessé à la jambe, d’un éclat d’obus. Le général Beru s’est emparé de Menin, où les ennemis ont abandonné 40 pièces de canon et du bagage. »

14 La lettre du général Béru était écrite de Menin, le 13 septembre :

«  Les représentants du peuple Chasles et Levasseur étaient à cette belle journée ; leur présence au milieu des périls n’a pas peu contribué à soutenir le courage des troupes de la République. Chasles a été blessé à la jambe. » Moniteur, 17 septembre 1793.

15 Archives Parlementaires,LXXIV, P. 212. Lettre de Chasles dans laquelle il confirme la nouvelle de sa blessure.

« Châles, l’un des représentants du peuple, à la Convention nationale.

Lille, le 13 septembre 1793, l’an II

De la république, après les victoires

De Wervick et de menin.

Citoyens mes collègues,

Depuis quelques jours les armes françaises triomphaient de toutes parts, il n’y avait que la représentation nationale qui n’eût pas remporté la seule victoire qui lui manquait. J’ai prouvé par l’effusion de mon sang que nos serments n’étaient pas vains. Il paraît que ma blessure a fait sur l’armée la plus vive impression et a pu contribuer au succès de cette journée. Je m’en félicite et je renvoie à la Convention nationale les réjouissances que me font éprouver dans ce moment les citoyens et les soldats

Le représentant du peuple,

Signé : CHALES. »

Pour les détails de la blessure de Chasles voir AN, F7. 4443, plaq. 4, pièces 243, 245 et 246. Il s’agit de trois rapports qu’il adressa à la Convention lorsqu’il sera détenu à Sedan.

Pour sa conduite sur le champ de bataille voir FOUCART, Paul et FINOT, Jules. La défense nationale dans le Nord, de 1792 à 1802. Lille : imprimerie Lefebvre-Ducrocq, 1893. t. II, p. 137 : « […] Dumesnil avait repris Wiervicq dans la matinée, et venait de la reperdre. Il l’attaqua à nouveau ; imitant la brillante conduite de ses collègues Levasseur et Delbrel, le conventionnel Chasles marchait à la tête d’un bataillon ; moins heureux qu’eux, il eut la jambe cassée par un éclat d’obus, et, tout le reste de sa vie, en resta boîteux. […] »

(  source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k25442m.r=.langFR  )

On peut aussi se reporter à ce qu’en dit Levasseur de la Sarthe dans ses mémoires : « […] Mon collègue Châles fut grièvement bléssé à la jambe par un éclat d’obus ; il était au poste d’honneur et cependant il n’a pas trouvé place dans le Manuel des Braves [ publié à Paris en sept volumes entre 1817 et 1823  par Léon Thiessé et Engène Balland ], qui, en parlant de cette affaire, n’a pas même prononcé son nom. Serait-ce qu’on ne doit pas même justice aux conventionnels ? Sont-ils devenus des parias dans le dix-neuvième siècle pour avoir voulu sauver la France et lui donner sa liberté. » ( Mémoires de R. Levasseur ( de la Sarthe ) ex-conventionnel. Réédition, Paris : Editions Messidor, 1989. Pages 306-307. )

16 Recueil des Actes du Comité de Salut Public. Paris : 1893. Vol. 6, pp. 466-467. Dans un article Alan Forrest ajoute que ce texte permet aussi de rappeler aux soldats que leur premier devoir d’obéissance doit aller à la patrie, à la Convention, dont les représentants en mission sont l'émanation plus qu'à leurs propres officiers ( Alan FORREST. « L'armée, la guerre et les politiques de la Terreur. » In Michel BIARD ( Dir. ). Les politiques de la Terreur 1793-1794. Presses universitaires de Rennes / Société des études robespierristes, 2008. Pp. 53 – 67.)

17 Moniteur, 20 et 30 octobre 1793.

18 Député montagnard de l’Oise,

19 Archives Parlementaires, LXXVI – 684.

20 Le 25 septembre, il ordonnait, avec Bentabole, une réquisition de paille pour l’armée et le 20 vendémiaire ( 11 octobre 1793) , une affiche, signée Chasles et Isoré, annonçait la mise en place d’une commission chargée de l’échange des prisonniers ( source : AD 59, L. 8590, pièces 1 et 3 ; AD 59, L. 2692, pièces 11 et 141 ).

21 Selon G. Lefebvre, certains représentants en missions, dont Chasles et Isoré dans le Nord, auraient créé des armées révolutionnaires pour fournir du travail aux ouvriers citadins au chômage. Voir Georges LEFEBVRE. La Révolution française. Paris, 1951. Page 359.

22 Voir en annexe 1, le texte intégral de l’arrêté, daté du 13 brumaire an II ( 3 novembre 1793 ), pris par Isoré et Chasles, ainsi que le courrier envoyé au ministre pour l’informer  puis la réponse de Bouchotte. Le premier arrêté de la société révolutionnaire de Lille est daté du 2 brumaire, l’arrêté de Chasles et Isoré du 5 et le 13 brumaire, les représentants du peuple annoncent les mesures qu’ils ont prises dans la lettre adressée à Bouchotte reproduite en annexe.

23 R.COBB. Les armées révolutionnaires instrument de la terreur dans les départements. Paris : Mouton & Co, 1961. Vol.1 pages 243-244.

24 Capitaine d’artillerie de la compagnie du Panthéon-Français. Lui et Dufresse avaient  déjà levé une Légion de sans-culottes de Bruxelles durant l’hivers de l’année 1792.

25 Arch. Hist. Guerre, B 120 ( armée du Nord ). Sont chargés de l’organisation de cette armée : Dufresse, Favart, Nivet,  Songis, Nartez, Crosne, Target, Vaillant, Agut, Beauvoisin, Defferrez,  Desjardin ( mairede Lille ), Dubrusle ( officier municipal ), Wattier ( procureur de la commune ), Delahaye-Marracy ( notable ), Bidaux, Nicolay, Isnardy, Fleur.

26 A. N.,  W. 498(535), procès de Dufresse. Le 18 ventôse an III ( 8 mars 1795 ), le tribunal révolutionnaire interroge Dufresse, à la question s’il  avait participé à la rédaction  du règlement de l’Armée révolutionnaire, il répondit par la négative précissant « […] que c’étoient Isoré et  Châles représentant […] » Ce que revendiqua Chasles avec beaucoup de courage.

27 Voir Henri WALLON. Les Représentants du Peuple en mission et la justice révolutionnaire. Paris : Librairie Hachette et Cie, 1890,t. IV, p. 168-169.

28 R.COBB. Les armées révolutionnaires instrument de la terreur dans les départements. Paris : Mouton & Co, 1961. Vol.2 pages 673-674, 684.

29 Chasles fut attiré tout au long de sa carrière politique par la presse.

30 Sous la côte B1 22, selon DAUTRY et PICHOIS. A ce jour nous n’avons pas encore pu consulter ces documents.

31 Arch. Hist. Guerre,  B1 22, citée dans R. Cobb, page 448.

32 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 532.

33 Archives Parlementaires, LXXX – 67 - 68.

34Député du Pas-de-Calais à la Convention à partir du 1er juillet 1793, d’abord plutôt proche des Girondins, il salua leur chute en mai-juin 1793, et siégea dans les rangs de la montagne.

35 Mauvais officiers.

36 Lettre reproduite dans Louis JACOB. «  Le parti hébertiste à Lille ». In Revue du Nord, 1952, p. 205.

37 Recueil des actes du Comité de salut public, tome IX, 329 à 331.

38 Député montagnard de la Moselle.

39 Arrêté, signé également par Chasles, prévoyant que les prêtres détenus pour seul fait d’exercice de leur culte, sans autre  suspicion, seraient libérés. Selon PICHOIS et DAUTRY, Chasles aurait été contraint par ses collègues à signer cet arrêté. Voir la note 2, pages 526 -527 du tome IX  du Recueil des actes du Comité de salut public.

40 Député Montagnard du Loiret ( à ne pas confondre avec Bourdon de l’Oise ), il était très favorable à la mise en place des Armée révolutionnaires et défendit les hébertistes Vincent et Ronsin au printemps 1794. C’est lui qui se chargea d’arrêter Robespierre et ses amis durant la nuit du 9 thermidor an II ( 27 juillet 1794 ). Mais au lendemain de thermidor, il fera partie, comme Chasles, des derniers Montagnards, que l’on nommait les crêtois, et fut arrêté comme ce dernier après les émeutes de prairial an II ( fin mars 1795 ).

41 R. Cobb cite plusieurs cas de recrus de 17 ans dans l’armée révolutionnaire du Nord.  R.COBB. Les armées révolutionnaires instrument de la terreur dans les départements. Paris : Mouton & Co, 1961. Vol.1 page 287, note  207.

42 A. C. de Lille, 18’ 229 : société révolutionnaire de Lille, Réflexions de Denis Bourdon, commissaire des guerres, Impr., 23 frimaire an II ( 13 décembre 1793 ).

43 Florent Guiot ( de la Côte-d’Or, montagnard ) lui aussi représentant du peuple auprès de l’armée du Nord à partir de novembre 1793 jusqu’en janvier 1794. Voir GILLET, Marcel, « La première mission de Florent Guiot dans le Nord ( an II ) », Revue du Nord, 1954, pp. 273 à 284.

44 L. JACOB.  « Le parti hébertiste à Lille ». In Revue du Nord, 1952, p. 211.

45 AN, AF II, 153, plaq. 1238, pièces 41, 42, 43.

46 Voir l’explication de Hentz et F. Guiot dans une lettre, qu’ils envoyèrent au Comité de salut public, datée du 29 frimaire an II ( 19 décembre 1793 ) à Dunkerque. Recueil des actes du comité de salut public, tome IX, Pages  524 à 528.

47 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 618.

48 Député montagnard du Pas-de-Calais, comme Lebon,  en mission près de l’armée du Nord. Il y eut lui aussi maille à partir avec Hentz en février 1794.

49 AD 59, L. 949.

50 Avant même l’affaire de Wierwick, Guffroy avait dénoncé le faste et l’arrogance dont faisait preuve Chasles dans son Rouggyf numéro 23 daté du 14 septembre 1793.

51Rouggyf, ou le Franc en vedette, n° 57, 4 nivôse an II ( 24 décembre 1793 ) ; n° 70, 9 pluviôse an II ( 28 janvier 1794 ) ; n° 85, 26 ventôse an II ( 16 mars 1794 ) numéro dans lequel Guffroy fut contraint à se rétracter.

52 Voir le petit dossier en annexe 2. Les décrets sont datés des 27 nivôse,  5 et 12 pluviôse an II ( 16, 24 et 31 janvier 1794). Dans le tome  X du Recueil des actes du Comité de salut public aux pages 273, 417 et 573-574.

53 Lettre signée Billaud-Varenne en date du 3 pluviôse an II – 22 janvier 1794 :

«  Le Comité de salut public te fait passer, citoyen collègue, le décret qui te rappelle au sein de la Convention nationale le plus tôt possible. Tes pouvoirs cessent  dès ce moment. Ce décret t’impose la rigoureuse obligation de n’en plus exercer aucun. Tu ne le pourrais sans te compromettre et sans imposer à la Convention nationale la nécessité de faire de nombreux renseignements qui lui sont parvenus un usage aussi pénible pour elle que désavantageux pour toi. »

Actes du Comité de Salut Public. Tome 10, pp. 379-380.

54 Ce type de décret de rappel individuel constituait la pire des sanctions politiques. Voir l’ouvrage précieux de Michel BIARD. Missionnaires de la République. Paris : CTHS, 2002 en particulier le chapitre VII, pages 339 à 396, le rappel de Chasles est évoqué à la page 354 comme un exemple extrême de mauvaise volonté à obtempérer à son rappel.

55 Cette menace du député montagnard du département du Nord, annonce une série de dénonciation contre Chasles.

56 Archives Parlementaires, LXXXIII - 391.

57 Député montagnard de la Marne.

58 Archives Parlementaires, LXXXIII – 604 et 605.

59 Selon Guffroy, les lillois avaient député à la Convention deux véritables sans-culottes pour se plaindre des calomnies de Chasles, ces derniers prétendant avoir surpris Chasles « à table, dans une orgie, deux jours peut-être avant sa lettre » ( Rouggyf, n° 70, 9 pluviôse an II (28 janvier 1794 ).

60 Archives Parlementaires. Tome LXXXIV, pp. 117 – 118.

61 Député montagnard de la Charente-inférieure ( aujourd’hui « maritime ).

62 Archives Parlementaires. Tome LXXXIV, pp. 117 – 118.

63 Député montagnard de la Seine.

64 Archives Parlementaires. Tome LXXXIV, pp. 117 – 118.

65 Moniteur,13 pluviôse an II ( 31 janvier 1794 ). Voici un extrait de l’intervention de Danton : «  Il faut charger les comités de salut public et de sûreté générale de prendre toutes les mesures nécessaires pour l’exécution du décret qui rappelle Châles. Sans doute, sa conduite a provoqué des dispositions sévères, car je le regarde comme constitué en retard et même en désobéissance. Cependant il peut se faire qu’il ne soit pas transportable ; il peut être malade, il peut le devenir. »

66 Archives Parlementaires. Tome  LXXXIV, Annexes au n°2, a, p. 545, suivit d’un extrait de l’interrogatoire du Cn Callé en annexe au n°2, b, pp. 545 – 546.

67 Archives Parlementaires. Tome LXXXIV, Annexes au n°2, c, p. 546 - 547.

68 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 643.

69 Voir annexe 3 ci – après.

70 Archives Parlementaires. Tome LXXXV, P. 83.

71Louis Lonqüeue, professeur au Collège de Chartres, sa ville natale, devint le 9 septembre 1792 le quatrième député suppléant de l'Eure-et-Loir à la Convention nationale . Le 14 juillet 1793, il fut admis à siéger après l'exclusion du chef girondin Pétion de Villeneuve , décrété d'arrestation et en fuite. Lonqüeue, qui avait alors 75 ans, était le doyen des conventionnels à entrer en fonction. Malgré son grand âge, il ne fit pas preuve de modération et rejoignit les bancs de la Montagne . Le jour de son entrée en fonction, il prononça un « Discours contre les religions ». Il retomba ensuite dans l'anonymat, son activité parlementaire étant fort peu intense. Il décéda le 2 décembre 1794 de maladie,

72 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 655.

73 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 656.

74 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 669.

75 AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 670 - 671.

76« Chasles, qui n’est point encore guéri de la blessure qu’il a reçue à l’armée du Nord, entre dans la salle, appuyé sur deux béquilles et soutenu par deux huissiers ; il demande et obtient la parole. » Archives Parlementaires, LXXXVI, p. 103.

77 Archives Parlementaires. Tome  LXXXVI, p. 103.

78 Séance de la Convention du 16 ventôse an II ( 06/03/1793, matin ), présidence Saint Just. Archives Parlementaires. Tome LXXXVI, pp. 124-125.

79 Affiche titrée : « Aux Amis de la Vérité ».

80 A. N. F11 154, pl. 1246, p. 26 ( Imprimé ).

81Ce texte est suivi de la copie d’une lettre à Couthon, et d’un extrait de la lettre adressée par Chasles à la Convention nationale, datée de Lille le 15 pluviôse II. Cette lettre ne semble pas avoir été lue en séance publique.

82 Archives Parlementaires, LXXXVI - 201.

83 LUZZATTO, Serge. L’automne de la révolution. Luttes et cultures politiques dans la France thermidorienne. Paris : Honoré Champion éditeur, 2001. Page 92.

84 F.-A. AULARD. Recueil des actes du Comité de salut public. Paris, 1899, tome XII, page 169 et 170 ainsi que A. N., AF II , 23.( arrêté de la main de C.-A. Prieur ).

« Le Comité de salut public, d’après les rapports qui lui ont été faits de l’état de la blessure du représentant du peuple Châles, qu’il a reçue à l’armée du Nord en combattant les tyrans coalisés contre la République, desquels rapports il résulte que ce représentant est dans un état de souffrance très pénible, qu’il a besoin de prendre les eaux, enfin que le régime et les soins qui lui sont nécessaires pour obtenir sa guérison sont de nature à entraîner des dépenses auxquelles il lui serait impossible de subvenir, arrête que le représentant du peuple Châles sera remboursé des dépenses dont il s’agit sur l’état qu’il en fournira au Comité, et que cette somme sera prise sur les 50 millions dont il peut disposer.

C.-A. Prieur, Carnot, B. Barère, Collot d’Herbois, Saint-Jut .»

85Mon., XIX, 302 ; Batave, p. 1387.