Représentant en missionChasles effectua deux missions en tant que représentant du peuple :

  • du 9 mars 1793 au 20 avril 1793 : dans les départements de Seine – et – Oise et d’Eure – et – Loir pour effectuer la levée des 300 000 hommes ;
  • et de août 1793 au 24 nivôse an II ( 16 janvier 1794 ) auprès de l’armée du Nord.

Sa mission dans les départements de Seine – et – Oise et d’Eure – et – Loir pour effectuer la levée des 300 000 hommes avec Guffroy, député montagnard du Pas-de-Calais qui remplaçait le député Lombard-Lachaux[1].

Le 23 février, Chasles était à Versailles, en compagnie de Guffroy, où ils arrêtèrent que les friches et terrains incultes compris dans le parc et les chasses  des châteaux de Versailles, Marly, Meudon et des environs seraient loués à des cultivateurs[2].

Chasles se présentait seul à Nogent – le – Rotrou le 30 mars 1793[3], son co-missionnaire Guffroy se présenta dans la même ville le 4 avril suivant[4]. Le 6 avril 1793 avril, Chasles et Guffroy faisait emprisonné Guéroult des Chabottière afin de le mettre à l’abri de «  l’inadversion générale dommaire des délibérationsde la commune de Nogent-le-Rotrou pendant la révolution, G. Daupeley prétendait en 1906 qu’en même temps que Guéroult, Chasles et Guffroy recevaient également la dénonciation de  l’abbé Doucinot, curé de Trizay, mais il n’y a aucune trace de cet abbé dans les délibérations de la commune de Nogent que nous avons dépouillé en totalité[5]. Le 25 mars, en raison des rixes répétées avaient éclatées entre des citoyens de Nogent et des « […] gens suspects d’aristocratie […] »[6] le conseil général arrêtait de faire mettre en état d’arrestation les seconds au cas où de tels faits se reproduiraient, de fait les représentants en mission ne firent appliquer qu’un arrêté municipal antérieur à leur arrivée dans la ville. D’après G. Daupeley, Guéroult et l’abbé Doucinot furent libérés assez rapidement[7].

Chasles profita de sa présence  à Nogent pour susciter la création de Sociétés populaires dans le Nogentais : à Authon – du – Perche et à La Bazoche – Gouët[8], Nogent en étant doté depuis le printemps 1791. Nous ne connaissons malheureusement que trop mal ces sociétés populaires. Celle de La Bazoche nous est totalement inconnue, nous savons seulement qu’elle fut en correspondance avec celle d’Authon. Le 31 mai 1793, la Société d’Authon – du – Perche décidait d’écrire à « la Société Républicaine » de La Bazoche « […] pour l’inviter à s’affilier à la première […] »[9]. Le 24 juin, la société de La Bazoche répondait favorablement à cette invitation[10]. Celle de Nogent – le – Rotrou ne nous est pas mieux connue. Un dossier aux archives départementales d’Eure – et – Loir n’est constitué que du livre de comptes d’une commission de neuf membres qui délivrait des mandats aux ouvriers travaillant à la remise en état du lieu de réunion de la société[11]. Sur ces 9 commissaires nous connaissons la profession de 6 d’entre – eux : tous artisans mais l’un d’entre-eux était cependant orfèvre[12]. La société d’Authon nous est un peu mieux connue, son registre de délibérations ayant été conservé aux archives départementales[13]. Elle fut fondée le 3 avril 1793. Les habitants du canton d’Authon s’étaient rassemblés dans l’église du chef – lieu de canton sur l’invitation de Chasles. Il se présenta accompagné de Rousseau, administrateur du département, et de Delorme, administrateur du district. Ils invitèrent les citoyens à former une « Société des Amis de la liberté et de l’égalité », afin de servir à l’instruction du peuple en l’éclairant sur les lois qu’il se « donnait » par l’intermédiaire de ses représentants. Vingt – deux personnes se portèrent volontaires, dont le curé constitutionnel d’Authon, Jérôme Marais, le procureur de la commune, Et. – Ch. – Marin Martin, le secrétaire de la municipalité, Cl. La Flèche, et des offficiers  municipaux : Etienne Pitou ; enfin les frères Menou : André, ex – administrateur du district et commandant de la garde nationale d’Authon depuis le 4 juin 1792, et François – Louis, ex – administrateur du département d’août 1791 à novembre 1792.(  pour plus d’informations sur la Société d’Authon-du-Perche voir l’article sur ce blog  http://www.nogentrev.fr/archives/2016/01/21/33247297.html).

A Chartres, Chasles aurait «  brisé » la Société des Amis de la République, de tendance modérée, pour fonder la Société révolutionnaire des sans-culottes qui s’installa dans l’église Saint-Hilaire[14].

Il rendit compte de cette mission, à la Société des jacobins, à deux reprises  d’abord lors de la séance du  27 mars 1793 : « […] A Versailles, « le recrutement a été une réjouissance ». Chales et son collègue ont fait comprendre aux citoyens des campagnes que la contribution de guerre servirait à nourrir les pauvres au détriment des riches, [ et qu’ils trouveroient dans les portefeuilles des égoïstes de quoi subvenir à leur besoin ] »[15]. Il revint sur cette mission, lors de la séance du club des Jacobin du 5 juin 1793 pour signaler que lui et son collègue avaient créés « […] douze Sociétés très populaires, très sans-cullottières, […] dans le département de l’Eure [ ? il faut lire Eure-et-Loir ]. »[16]

 


[1] Pour remplir cette mission, ils reçoivent du Comité des inspecteurs de la salle 3 000 livres pour frais de mission le 16 mars 1793 ( AN, D* XXVe 6 ) et 1 500 livres supplémentaires le 3 août de la même année ( AN, D* XXVe 6).

Voir aussi la délibération de la municipalité de Nogent-le-Rotrou du 4 avril 1793 :  A. M. Nogent – le – Rotrou 1 D 2, feuillet 59.

[2] A.N., AF II, 142, plaq. 1123, dos. 8, pièce 29.

[3] A. M. Nogent – le – Rotrou 1 D 2, feuillets 57 à 59.

[4] A. M. Nogent – le – Rotrou 1 D 2, feuillet 59

[5] G DAUPELEY. Sommaire des délibérations de la commune de Nogent-le-Rotrou pendant la révolution. Nogent-le-Rotrou, 1906.

[6] : A. M. Nogent – le – Rotrou 1 D 2, feuillets 55 et 56.

[7] G. DAUPELEY. Quelques épisodes de la Révolution à Nogent-le-Rotrou ( 1789 – 1795 ). Nogent-le-Rotrou, 1904. P. 16-17. Encore une fois l’état de nos sources ne nous permet de confirmer ou d’infirmer cette assertion.

[8] Pour l’action de Chasles dans la région nogentaise nous nous permettons de renvoyer le lecteur à l’ article de se blog consacré à la Société populaire d’Authon-du-Perche ( http://www.nogentrev.fr/archives/2016/01/21/33247297.html ) ainsi qu’ à : « La société populaire d’Authon-du-Perche ». In Cahiers Percherons, n° 187, 3ème trimestre 2011, pages  39 et 40.

[9] A. D. Eure – et – Loir, L. 336 ancienne côte, L 1368 nouvelle côte, séance du 31 mai 1793.

[10] A. D. Eure – et – Loir, L. 336 ancienne côte, L 1368 nouvelle côte, séance du 24 juin 1793.

[11] A. D. Eure – et – Loir, L. 337 ancienne côte, L 1375 nouvelle côte.

[12] A. D. Eure – et – Loir, L. 337 ancienne côte, L 1375 nouvelle côte : Grenade ( menuisier  ), Bodin ( vitrier ), Vasseur ( serrurier ), Rousseau ( charpentier ), Viallet ( serrurier ), Marguerith ( orfèvre ), Roger Guérroult ( ? ), Boudin ( ? ), Leroy ( ? ). Ce dernier changea son nom en Lelibre.

[13] A. D. Eure – et – Loir, L. 336 ancienne côte, L 1368 nouvelle côte.

[14] M. JUSSELIN. L’administration du Département d’Eure-et-Loir pendant la Révolution. Chartres, 1935. p. 71. Voir aussi le pamphlet de  Marie de Saint-Ursin. Opinion libre d’un patriote sur Chasles, ex-prêtre…, p. 4.

[15] AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 108. La partie entre crochet est extrait d’une autre source : Annales de la République française, n° 91, 1er avril1793. A cette date sa mission n’était pas terminée puisque nous le retrouvons en Eure-et-Loir au mois de mars et d’avril.

[16] AULARD, F.-A. Recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, page 229.