4 à ChatresEn 1790, il quittait Tours et acceptait un emploi sans traitement à St Maurice de Chartres. Début 1791, il prêtait serment à la constitution civile du clergé, bien que n'y’ étant pas obligé puisque non-fonctionnaire public.

A Chartres, il créa un journal : Le correspondant ou Journal du département d’Eure –et–Loir ; avec comme épitaphe : « Je suis fidèle à l’esprit et à la lettre des décrets de nos représentants ». Le 1er numéro était daté du 6 mai 1790, le dernier le fut du 7 février 1791. Cette feuille était de ton plutôt modéré.

Mais en fondant son journal, il se posait en concurrent d’un autre journal chartrain les Annonces, Affiches, et Avis divers de Chartres et du département d’Eure–et–Loir[1]. Le rédacteur de ce journal fit courir le bruit que Chasles avait des sympathies aristocratique et ecclésiastique en utilisant le passé de ce dernier[2]. Cette réputation le poursuivit longtemps dans sa carrière politique, ses adversaires ne manquant pas une occasion de l’accuser de royalisme contre toute logique, de même que son passé d’ecclésiastique fut souvent mis en avant par ses adversaires à la Convention pour le déconsidérer aux yeux des patriotes[3]. Ainsi, le 1er germinal an III ( 21 mars 1795 ) il s’opposa, à la Convention,  à un décret de grande police visant à réprimer tout mouvement de contestation contre la politique de la Convention, à un moment où les révoltes liées aux subsistances se multipliaient, et ce peu de jours avant l’insurrection parisienne ( insurrection ratée ) du 12 germinal an III. Il fut interrompu en pleine intervention par une apostrophe de Clauzel[4] : « Il n’est pas étonnant de voir l’ancien ami du roi défendre les royalistes. »[5]

Le journal de Chasles était alors regardé comme de « centre – droit », voire « feuillante »[6]  selon certains chartrains. Ceci contribua aussi à créer des inimitiés durables, notamment dans le sein de la bourgeoisie révolutionnaire chartraine qui envoya à la Convention Brissot et Pétion deux des principaux ténors du parti Girondin. 



[1] Les Affiches et le Supplément étaient d'abord imprimés par François Le Tellier, «imprimeur du roi, du chapitre, de la ville et du collège, rue de la « Vieille Poulaillerie» (3 oct. 1781 - 12 nov. 1783), puis par Michel Deshayes, «imprimeur de Mgr l'évêque, rue des Changes» (19 nov. 1783 - 14 avril 1790), enfin par leur directeur Jean-François Lacombe, devenu imprimeur, «rue de la Volaille, maison du notaire, au fond de la cour» (21 avril 1790). On souscrivit en tout temps, à Chartres, chez Lacombe, directeur, place des Halles, et chez Labalte, libraire, vis-à-vis la Poste.

Informations tirées du site du Centre internationale des études du XVIIIe siècle : http://c18.net/dp/dp.php?no=20, dans la partie consacrée au Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991 : notice 20, cette notice consacrée au Affiches de Chartres est due à Gilles Feyel.

[2] Cette « rumeur » persista longtemps, bien que n’étant fondée sur aucun élément sérieux  si ce n’est le modérantisme du journal fondé par Chasles à Chartres. En l’an III ( 1794 – 1795 ), il était encore accusé, à la Convention, d’avoir participé à la rédaction de L’Ami du Roi, journal royaliste créé le 1er juin 1790 par l’abbé Thomas Marie Royou et Galart de Montjoie.

[3] Notamment à la Convention par des députés girondins dont c’était un des moyens utilisés extrêmement souvent pour déconsidérer un adversaire politique, hors Chasles fut opposé avec acharnement aux Girondins.

[4] Député Montagnard de l’Ariège, avant le 9 thermidor, il eut un parcours un peu semblable à celui de Chasles, leurs route se séparèrent après thermidor en effet il se rallia, comme un nombre certain d’anciens Montagnards, aux « réacteurs » de l’an III.

[5] Moniteur Universel, n° 185, Quintidi  5 germinal an III ( 25/03/1795). P. 753 à 756.

[6] Le club des Feuillants est le nom familier d’un groupe politique ayant rompu avec les Jacobin ( avec comme chef de file Lameth, Duport, Barnave…), défendant la  monarchie constitutionnelle et opposé au renversement de Louis XVI. Ce groupe était aussi favorable au renforcement du pouvoir exécutif, au maintien du suffrage censitaire ainsi qu’à celui de l’esclavage dans les colonies.

Ce club fut fondé le 16 juillet 1791, moment où après la fuite du roi en juin, la revendication de la mise en place d’une République gagnait en popularité.

Son nom vient du fait qu’il siégeait dans l’ancien couvent des Feuillants à Paris

 

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