Avec son aimable autorisation nous empruntons un article de Jean-Jacques LOISEL paru dans André PRUDOMME. Eclats d’histoire en Loir et Cher. Vendôme : Editions du Cherche Lune, 2007. Tome 2 – 167.

Ici, il s'agit d'une mobilisation au moment des conscriptions de l'été 1793, qui s'en prit aux autorités jugées responsables, mobilisation qui semble avoir été manipulée par des forces "royalistes" ( encore faut-il ne pas toujours prendre pour argent comptant ce qui est crié lors de tels événement, ni croire sur parole ce qu'en disent les autorités ), ailleurs, dans l'Orne durant l'été 1792, nous avons vu que sur le même thème, pour les mêmes raisons mais en d'autres temps et lieux se furent les prêtres réfractaires et les "aristocrates" qui servirent de cible aux insurgés ( voir l'article de blog  ).

Mondoubleau 1

 

« 12 SEPTEMBRE 1793, A MONDOUBLEAU : «UNE NOUVELLE VENDEE» !

Le 12 septembre 1793, le lieutenant de gendarmerie de la brigade de Mondoubleau et trois de ses collègues faisaient rapport d’incidents exceptionnels, même dans une région réputée pour être fertile en « émotions » : le matin environ 600 hommes, des jeunes gens surtout, dont la plupart armés de gros bâtons, étaient réunis pour une opération de recrutement de la cavalerie. Ils menèrent d’abord grand tapage dans le bureau de recrutement, refusant d’être fournisseurs exclusifs de chair à canon : Que tout le monde parte aux frontières, les administrateurs en tête !

Puis un groupe gagna la salle du directoire de district [car il existait alors un district de Mondoubleau ]. Les bâtons tambourinèrent sur les bureaux. Aux appels au calme répondirent des cris : Vive le roi ! Vive la république ! Des papiers de l’administration furent mis en pièces, des fusils extraits des armoires et les meneurs poussèrent sans ménagement le procureur syndic, le secrétaire et deux membres du directoire au milieu d’une foule hostile et hérissée de gourdins prêts à frapper.

Loin de s’apaiser, le tumulte s’amplifia encore dès le début de l’après-midi. Tandis que le tambour de ville battait inlassablement la générale, une foule de plus en plus dense convergea vers le local du directoire. Une troupe d’environ 80 jeunes gens du canton de Savigny arriva en ville et se joignit à la sédition. On entendait de nouveau les cris de vive le roi ! Vive Louis XVII ! Les portes du siège de district étant closes, les plus déterminés pénètrent par la fenêtre, grâce à des échelles, et le scénario de la matinée se renouvela : des administrateurs du district furent saisis et livrés aux injures de la foule.

Le comité central du département ne fut avisé des évènements que trois jours plus tard, avec un sentiment mêlé de consternation et d’inquiétude. La décision fut immédiatement prise d’envoyer sur place deux commissaires qui passeraient d’abord par Vendôme pour y réquisitionner une force armée : la mission fut confiée au Vendômois Vourgère-Lambert et à Lebas-Javary qui avait des attaches familiales dans cette partie du Perche ; l’instituteur blésois Arnaud leur fut adjoint : soit trois sans-culottes convaincus et déterminés. Le 16 septembre, ils arrivèrent à Mondoubleau avec une force armée, dont soixante dragons de la garnison de Vendôme. Quand il fut question de distribuer aux soldats les cartouches de la réserve de munitions locale, on s’aperçut que la plupart étaient vides ou bourrées de son … Horreur ! A l’émeute s’ajoutait le complot contre-révolutionnaire.

L’affaire parut alors suffisamment grave pour justifier une information auprès du Comité de salut public de la Convention. Celle-ci commençait par l’expression terrifiante de « nouvelle Vendée », cauchemar des autorités « patriotes » depuis le mois de mars 1793 : Une nouvelle Vendée a été sur le point de se former dans le district de Mondoubleau. On voulait y organiser la contrerévolution. Le recrutement de la cavalerie a servi de prétexte aux malveillants pour remplir cet objet. Dans un rapport aux « Républicains de Blois » -c’est-à-dire la Société populaire qui l’avait imposé comme commissaire – Arnaud doutait de l’état d’esprit local, autorités comprises : J’ai appris avec douleur que le district de Mondoubleau s’était, à l’occasion du rassemblement pour son contingent de cavalerie, mis en insurrection et qu’il avait fait retentir l’air du cri infernal de louis 17. Frères et amis, n’en doutez pas, ce district déjà connu par sa tiédeur et les différentes commotions qu’il a éprouvé, mérite la plus grande surveillance.

Une enquête fut menée pour dégager les responsabilités dans un mouvement qui à l’évidence, n’était pas d’une totale spontanéité. Or, depuis le milieu de 1793, le 29e régiment cy-devant Dauphin tenait garnison dans la contrée et nombre de ses hommes - les officiers montrant l’exemple aux simples soldats – professaient des idées royalistes et n’hésitaient pas à crier vive le roi ! dans les auberges et dans les rues (ils avaient déjà défrayé la chronique lors de leur séjour à Blois). Le 29e régiment avait quitté le Perche vendômois quelques jours avant la poussée de fièvre de Mondoubleau, mais il avait un coup sûr alimenté la poudrière.

Quelques jours suffirent aux commissaires pour faire appréhender une douzaine de meneurs, aussitôt transférés à la prison de Blois. Le 28 septembre, ils confirmèrent avec fierté que l’insurrection de Mondoubleau n’existait plus. Et le recrutement pour la cavalerie put se faire dans le calme.

Péan, un des dirigeants du département, suggéra à son collègue Fouchard un moyen de frapper les esprits : Un moyen que je crois excellent et auquel tu n’as pas pensé, c’est d’envoyer à Mondoubleau le tribunal criminel du département les pièces des prévenus et la guillotine. Ainsi fut fait. Le 24 octobre, le tribunal commençait à siéger à Mondoubleau, en vue de régénérer ce malheureux pays. On renforça la sécurité de la prison (barreaux aux fenêtres) pour accueillir les détenus, au dernier moment.

Quatorze prévenus comparurent, dix autres étant contumaces. Quatre acquittements furent prononcés, mais aussi sept condamnations à mort (dont quatre par contumace) ; les autres furent condamnés à des peines d’emprisonnement ou de la déportation.

Le 8 novembre, l’échafaud sur lequel trônait la guillotine était dressé sur le mail de Mondoubleau. Trois hommes en gravirent les degrés : Jacques Deshayes et Pierre Gémier, laboureurs, l’un à Sargé, l’autre à Baillou ; Pierre Jouanneau, ouvrier serger à Cormenon…

Un autre procès fut engagé contre contre des militaires du 29ème régiment, notamment les capitaines Duroc et Brincourt. Entre-temps, le premier avait tué en Vendée ; le second, saisi par les gendarmes à Mer, fut interrogé à Mondoubleau, transféré au Tribunal révolutionnaire de Paris qui condamna à mort le 2 juillet 1794, sentence immédiatement exécutée. »