[ remerciement : cet article est largement inspiré d’un chapitre du beau livre de Christine PEYRARD. Les jacobins de l’Ouest. Paris : Publications de la Sorbonne, 1996. ]

L’assemblée législative supprimait, au nom de la liberté individuelle, les confréries religieuses dans un décret en date du 18 août 1792, ceci entraîna un forte résistance dans la partie percheronne du département de l’Orne où ce type d’association laïque étaient forts nombreuses.  La quarantaine de pétitions, reçue en janvier 1793 par la Convention nationale  provenaient des départements de l’Orne, de l’Eure-et-Loir et de l’Eure et plus particulièrement des districts de Mortagne et de Bellême.

Si ces associations connaissaient un déclin certain après 1760 en Normandie, celui-ci était plus marqué dans les villes que dans les campagnes. Ces associations étaient bien enracinées dans les campagnes percheronnes, ce que montra le mouvement de défenses des charité qui agita le Perche durant l’hiver 1792-1793.

L’attachement des campagnes percheronnes de l’Orne à cette solidarité institutionnalisée par l’Eglise, n’impliquait aucunement une contestation de la République et de ses valeurs. Les Charités assuraient l’assistance funéraires et l’aide aux pauvres et étaient considérées comme des sortes de services publics d’une grande utilité. En 1792, paraissait à Mortagne un Précis sur l’institution des Charités.  Or, en 1791, les prêtres du district de Mortagne ont majoritairement prêté le serment de fidélité constitutionnel. Le district dans son ensemble affichait plutôt un loyalisme républicain affirmé.

Longny au Perche 2Pour défendre les Charités, on commençait par contester leur assimilation aux corporations,   on dénonçait à la Convention «  […] les intrigues des malveillants qui répandent dans les campagnes que vous voulez anéantir la religion catholique. » D’autre part la nationalisation des biens des  Charités n’est pas rejetée et on reconnaissait également le pluralisme religieux. Ce ne fut donc pas une réaction conservatrice, on reprochait même au législateurs de s’être arrêtés en chemin, si l’on peut le dire ainsi : « On rougit de vous le dire, Législateurs ! Votre toute puissance a humilié l’orgueil, confondu la vanité de la noblesse, reversé le trône mais ne s’est point étendue encore sur les  besoins du pauvre ! »[1]

Le mouvement  partit, en octobre 1792, de Longny-au-Perche, une des commune les plus impliquées de la région dans le combat républicain. En novembre,  un formulaire accompagné du Précis sur l’institution des Charités dans les commune alentours afin de convoquer une réunion du Conseil général de la commune destiné à choisir deux commissaires qui porteraient la pétition à l’assemblée. Ce formulaire précisait bien qu’il ne s’agissait pas de s’opposer à la nationalisation des biens des Charité mais de les conserver  dans leurs fonctions. Une quarantaine de communes avaient retourné, avant la mi-décembre ( date du départ des commissaires pour la Convention ), les adresses signées. En moyennes, lesdites adresses étaient signées par 36 personnes par commune avec de forts écarts selon les communes : 112 signataires à Longny, alors que les commissaires, emportés dans leur élan,  avancèrent à la Convention le chiffre de 100 000 signataires. La commission fut un échec, ce qui n’entraîna pas une prise de distance avec les valeurs de la République.

Pour le choix des deux commissaires, le nom de Pierre-Henry Rousseville apparaissait dans une pétition sur deux. Il s’agissait d’un marchand de 32 ans, natif de Longny et y résidant, que l’on peut classer, en fonction de sa contribution fiscale (  environ 30 # ) dans le quart supérieur des contribuables du canton. Il fut un des fondateurs de la société populaire de Longny en l’an II avec 4 autres défenseurs des Charités ( le juge de paix et 3 officiers municipaux ). de ce point de vue, Longny n’est pas un cas isolé.

Christine  Peyrard constate que dans les districts de Bellême et de Mortagne, comme dans l’ensemble du département de l’Orne, le plus souvent les clubs ont été fondés dans des communes possédant une Charité en 1789.


[1] A. N. C 245.