Longny 31. Structure sociale d’un bourg industriel percheron.

En 1791, la seconde commune du district de Mortagne – au – Perche  qui n’avait aucune fonction administrative ( sauf celle de l’administration municipale et celle de chef-lieu de canton qui n’était à l’époque qu’une circonscription électorale ), comptait 2 440 habitants et relevait plus de la catégorie du bourg que de ville.

Le rôle fiscal de l’année 1790, nous permet d’établir la hiérarchie sociale de ce bourg notamment à partir des impôts fonciers, incluant les ex-privilégiés. Le rôle de la contribution foncière, signé du procureur syndic de la commune, Rousseville, s’élevait à 16 817 # à répartir entre 580 contribuables[1], soit une moyenne de  29#.

1.1.Les très riches.

Au sommet de la hiérarchie foncière, trônait le marquis de  Goutaud, ci-devant «  seigneur et baron de Longny », pour une contribution foncière équivalent à presqu’un cinquième du total : 3 095#.

Il était immédiatement suivi par H. F. Duriez, maître de forges, employé du précédent, qui dirigeait depuis plusieurs années , les forges de Longny comprenant une forge, un haut-fourneau et une fonderie et occupait 280 ouvriers, en 1788. En 1790, le maître de forge[2], quinquagénaire membre du club de Longny, payait une contribution s’élevant à  807#.

En troisième position, arrivait le meunier installé à Longny depuis 15 ans, imposé pour une somme de 619#. Lui aussi fut membre de la société populaire dès sa création et cumula plusieurs fonctions durant la Révolution : assesseur du juge de paix, membre du conseil général de l’administration municipale ( nommé aussi notable de la commune ), membre du comité de surveillance.

Puis, pour une contribution supérieure à 200# on trouvait également une congrégation religieuse, le prieur-curé et un seul riche laboureur.

1.2 Les riches longnyciens.

Ils payaient des contributions foncières comprises entre 50 et 200#, ils étaient une soixantaine en tout, dont un tiers participa à la société populaire. C’étaient surtout soit de riches laboureurs habitant le plus souvent dans les hameaux de la commune, soit les plus riches marchands du bourg, des fabricants d’étoffes et des aubergistes.

1.3. Les classes moyennes.

Elles acquittaient une contribution comprise entre 50# et l’équivalent de dix journées de travail nécessaires pour être électeur ( soit pouvoir être élu pour participer à l’assemblée électorale départementale : soit à Longny 7# 10s. ) comptaient un  tiers des contribuables soit un peu moins de 200 contribuables.

La moitié des bourgeois appartenaient à cette catégorie, 38% des paysans ( bordagers et laboureurs pour la plupart ) et seulement 27% des marchands et artisans. Dans cette catégorie, tous ceux qualifiés d’hommes de loi, de chirurgiens, de bourgeois et les trois quart des marchands et des artisans adhèrent à la société populaire.

1.4. Les classes populaires.

Elles constituaient plus de la moitié des contribuables ( 55% ) longnyciens soit près de 320 personnes. On peut les regrouper en deux parties, ceux qui payait entre l’équivalent de trois et dix jours de travail et ceux qui se situaient sous ce seuil et ne pouvaient pas voter.

  • ·        Les citoyens actifs non-éligibles  représentaient  un tiers des contribuables soit autant que les citoyens actifs éligibles, parmi ceux-ci se situaient  le clergé pauvre (les vicaires, les sacristains et le principal du collège ) et les paysans moyens, cultivateurs désignés par les terme de « hostagers »,  de nombreux marchands se trouvaient dans la partie inférieure de cette catégorie, ainsi que de nombreux journaliers et deux compagnons. Très peu de clubistes se recrutèrent dans cette catégorie.
  • ·        Les citoyens passifs. Ceux qui ne pouvaient pas voter, payant une contribution inférieure à l’équivalent de trois jour de travail ( 2# 5 s. à Longny ), représentaient  près d’un quart des contribuables, soit plus de 130 personnes. C’étaient surtout des journaliers et des ouvriers du textile ( cardeurs, tisserands, ouvriers en laine, bourreliers ) ainsi que des charpentiers. Un bons tiers des membres de cette catégorie adhéra à la société populaire en l’an II.

1.5. Les « miséreux ».

Par principe, on ne peut pas connaître le nombres de citoyens de Longny non contribuables en 1790. Cependant Christine Peyrard[3] signale qu’une vingtaine de clubistes en  brumaire an III, soit tout de même 10% des membres de la Société populaire, habitaient déjà le bourg en 1790 et avaient l’âge d’être citoyens, manifestement ils étaient trop pauvres pour être soumis à la contribution foncière.

2. La société populaire de Longny.

Elle compta jusqu’à 214 clubistes, soit 9% de la population du bourg, et représentait assez bien la structure sociale de la population avec  une faible présence des paysans et journaliers ( seulement 10% de ceux-ci encore journaliers en 1794 adhérèrent à la société populaire ), une forte participation des artisans et des marchands ( boutiquiers ), et une quasi-totalité des bourgeois qui y adhérant. Les cordonniers, tisserands, tailleurs d’habits payant un impôt inférieur à trois jours de travail entrèrent en masse  dans le club ; il en fut de même du monde de l’artisanat du textile, du bois, du fer, du cuir, du marchand-fabricant à l’ouvrier[4].



[1] A. D. 61, C  1280. Ce rôle fiscal comporte une centaine de contribuables pour lesquels il ne figure aucune précision concernant leur profession, ainsi qu’ environ 12 « forains » au bourg qui y paient une contribution foncière pour leurs propriétés dans le bourg : propriétés allant du modeste logement à la grande propriété.

[2] En frimaire an IV ( novembre – décembre 1795  ), il dut faire face à une importante grève des voituriers de charbon, soutenu par la municipalité  il put obtenir la réquisition des ouvriers employés dans l’artillerie, au nom  du «  service public », épaulé en cela par la gendarmerie.

Voir M. LEROUX. « Longny, centre industriel », Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie. 1928, t. XXVI.

[3] Christine PEYRARD. Les Jacobins de l’ouest. Sociabilité révolutionnaire et formes de politisation dans la Maine et la Basse-Normandie ( 1789 – 1799). Paris : Publications de la Sorbonne, 1996.

[4] Christine Peyrard croit déceler, comme facteur facilitant l’intégration sociale dans la Société populaire, l’influence de dépendance économique et de la proximité familiale.