24 bataille du Mans

A lire sur le site de la SER un article de Paul Chopelin à propos des ossements du charnier de la place des Jacobins du mans :

« Quel destin pour les ossements du Mans ?

Paul Chopelin

Paul Chopelin fait le point sur les débats, historiens, politiques et idéologiques, suscités depuis huit ans par la découverte au Mans de charniers datant de la Révolution.

On lira, d’autre part sur le site, la déclaration des historiens publiée à ce propos : « Une énième tentative d’instrumentalisation de l’histoire ».

Qui visite le musée de la Reine-Bérengère, dans la vieille ville du Mans, peut admirer le grand tableau de Jean Sorieul (1823-1871), La bataille du Mans, l’une des plus célèbres représentations picturales des guerres de Vendée. Exposée au Salon de 1852 et saluée par la critique, cette composition met en scène les violents combats de rue dont la cité cénomane fut le théâtre les 12 et 13 décembre 1793. L’artiste y glorifie le comportement supposé chevaleresque de l’armée républicaine : le général Marceau protège Mademoiselle des Melliers, le lieutenant-colonel Vidal sauve d’Autichamp en le revêtant de son uniforme, tandis qu’un soldat empêche une habitante du Mans d’achever un blessé vendéen. En 1886, Arsène Launay publie un recueil de lettres et de rapports de Jean-Claude Benaben, commissaire civil du département de Maine-et-Loire auprès de l’armée républicaine. Celui-ci offre une tout autre vision de la bataille, faite de pillages et de massacres commis par des troupes bien décidées à « exterminer » les « brigands ».

Ces deux versions de l’histoire témoignent de l’affrontement mémoriel qui oppose historiens « bleus » et historiens « blancs ». Chacun brandit des témoignages à l’appui de sa vision de l’histoire, chaque camp accusant l’autre de falsification. En attendant une véritable expertise scientifique globale des sources écrites des guerres de Vendée, l’étude des vestiges matériels des combats, enfouis dans le sol, permet de compléter notre documentation et de contribuer au renouvellement historiographique du sujet [1]. En 2008, la découverte d’une fosse commune lors de travaux d’aménagement de la place des Jacobins contribue à éclairer les circonstances de la destruction de l’armée catholique et royale en décembre 1793.

Après la fouille du site (2009-2010), l’étude des ossements, menée par une équipe de l’INRAP, a fourni de précieux détails sur l’état sanitaire des populations de l’époque. Elle a surtout permis de connaître les conditions du décès des individus présents lors de la bataille, qu’ils soient combattants ou civils, même si, dans le cas de l’armée catholique et royale, la différence entre les deux statuts n’est pas toujours évidente à établir. Un premier bilan a été dressé par Élodie Cabot dans le cadre du colloque « Archéologie de la violence » (Lens, novembre 2014), mise en ligne sur le site de l’INRAP.

Mais cette découverte archéologique est aussi l’occasion de rejouer les vieux affrontements mémoriels autour des guerres de Vendée. Force est de constater qu’il est toujours aussi difficile de travailler sur un sujet, qui, un quart de siècle après les polémiques du Bicentenaire, reste encore brûlant... »

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