46 rue robespierre montreuilLes élus au Conseil  de Paris du groupe UDI-Modem a proposé  de créer un parcours « Révolution française » dans l’espace parisien. Dans ce cadre, la conseillère Front de Gauche, Danielle Simonnet, a émis le vœu « qu’une rue, une place ou un lieu de mémoire » soit baptisé du nom de l’incorruptible ( voir ici ). Ce vœu était appuyé d’une lettre ouverte d’une trentaine d’historiens, parmi lesquels de nombreux universitaires, à l’appui de la demande de l’élue, voir ci-dessous :

« Madame Hidalgo, une rue de Paris doit porter le nom de Robespierre

Madame la Maire de Paris,

Lors du prochain Conseil de Paris des lundi 12 et mardi 13 juin, la demande d'un lieu à Paris portant le nom de Maximilien Robespierre sera une nouvelle fois formulée.

C'est une belle opportunité que nous ne voulons pas laisser passer pour réparer une aberration historique, conséquence de la fabrication d'un mythe vieux de deux siècles

Ce vœu déposé par la Conseillère de Paris Danielle Simonnet, sera formulé en même temps que la proposition d'un des groupes du Conseil de Paris de créer un parcours «Révolution française» dans l'espace public parisien. Loin de s'opposer à cette initiative, que nous jugeons d'ailleurs pertinente, il contribuerait à l'enrichir et serait aussi un marqueur fort d'une volonté d'en finir avec des légendes éculées, noires comme dorées.

Ce voeu fait suite à d'autres demandes allant dans ce sens, nombreuses depuis plusieurs décennies et dont la dernière date du 21 juin 2011 à l'occasion d'un vœu porté par le Conseiller de Paris Alexis Corbière et avant lui Georges Sarre et bien d'autres, auquel le Conseil municipal est toujours resté fermé.

Pourtant, à la Libération, dans la continuité de l'admiration que des hommes comme Jean Jaurès ou Romain Rolland avaient pour «l'incorruptible», la majorité municipale socialiste et communiste avait décidé de nommer «Place Robespierre» la place Saint-Honoré. Mais le retour de la droite en 1951 est revenu sur cette décision. Et aucune majorité n'a eu le courage depuis de respecter la volonté de cette première assemblée municipale issue de la lutte des parisiens contre l'occupant nazi.

Madame la Maire, vous le savez. Toutes ces demandes d'élus, d'intellectuels, de personnalités, portées par la volonté de beaucoup de parisiens et de passionnés de l'histoire de la Révolution Française, réclament que cesse cet effacement volontaire de l'histoire de la capitale de celui qui fut pourtant député de Paris, membre du Comité de salut public et sans doute l'acteur de notre Grande Révolution le plus connu dans le monde. On ne transmet pas pleinement notre riche Histoire nationale si l'on dissimule, dans notre propre capitale, ceux qui en furent les personnages principaux. On ne construit rien sur l'amnésie. D'autres villes fort heureusement, ont fait un choix inverse, tel Marseille ou d'autres de la région parisienne. Dans des centaines de villes de France, il existe des places, des rues et même une station de métro du nom de Robespierre. Pourquoi pas Paris?

Contrairement aux allégations qui ont été forgées par ses ennemis, Robespierre n'a jamais été le deus ex machina de la Révolution et, moins encore, un « dictateur ».

Et puis allons au fond. Alors que bien des personnages certes importants mais très controversés de la Révolution comme Mirabeau, Danton, La Fayette ou même Louis XVI et son avocat Malesherbes (pour ne citer que quelques exemples) ont droit à des pont, rue, avenue ou square pour transmettre leur mémoire, il est temps de mettre un terme aux «légendes noires» absurdes qui s'acharnent contre Robespierre depuis près de 220 ans.

Contrairement aux allégations qui ont été forgées par ses ennemis, Robespierre n'a jamais été le deus ex machina de la Révolution et, moins encore, un «dictateur». Membre du Comité de salut public, soumis au contrôle d'une Convention nationale qui n'a cessé d'être l'organe d'expression de la souveraineté nationale, soumis aux règles d'un pouvoir toujours resté collégial, Robespierre a défendu, avec ses partisans, un réel projet politique principalement fondé sur la volonté de défendre et de construire une République dont le principe premier devait être l'égalité sociale.

Héritier des Lumières, soucieux de promouvoir les principes de liberté avec ceux d'égalité, Robespierre a combattu en faveur d'une certaine idée de la République, fondée sur les principes de probité (on oublie trop souvent son rôle en faveur de la lutte contre l'arbitraire des représentants de l'Etat et des fonctionnaires) et de «vertu», prises de position qui lui ont valu d'être la cible d'attaques qui ont progressivement conduit à son exécution. Il a été un combattant infatigable en faveur de l'égalité des droits pour les juifs et contre l'esclavage. On lui doit la première formulation du triptyque «Liberté, Egalité, Fraternité» qui deviendra la devise de la République en 1848. Il a réclamé, contre la volonté de l'assemblée en 1791, l'abolition de la peine de mort. Et, loin d'être le «monstre» ou le «buveur de sang», les biographies récentes qui lui ont été consacrées ont montré que, comme les autres hommes politiques de son temps, Robespierre était le produit de contradictions, de complexités, mais aussi de véritables convictions républicaines qu'il convient aujourd'hui de faire mieux connaître au grand public.

Madame la Maire, avec l'ensemble des élus de la capitale, vous avez entre les mains une opportunité rare. Ne la laissez pas passer. Le fait que la ville de Paris décide d'attribuer à une rue, ou un lieu, le nom de ce personnage historique constituerait un signe fort et un encouragement à tous ceux, enseignants, membres d'associations ou militants, qui tentent, depuis longtemps, de réconcilier la mémoire de Robespierre, l'un des acteurs majeurs des origines de la République française, avec celle des Parisiens.

Merci de votre attention. »

Liste des signataires:

Marc Belissa (maître de conférences à l'université Paris Ouest Nanterre), Michel Biard (professeur, Normandie université, Rouen), Françoise Blondeau (professeur certifiée d'histoire, retraitée), Yves Blondeau (docteur en histoire, retraité), Philippe Bourdin (professeur à l'université Blaise Pascal, Clermont II), Yannick Bosc (maître de conférences à l'université de Rouen), Geneviève Bufkens (professeur d'histoire), Gilles Candar (historien), Jean-Luc Chappey (maître de conférence, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne), Maxime Carvin (universitaire), Alexis Corbière (professeur d'histoire en lycée professionnel), Jean-Numa Ducange (maître de conférences à l'université de Rouen), Christian Eyschen (vice-président de la Libre Pensée), Florence Gauthier (maître de conférences, université paris VII), Dominique Godineau (professeur d'université Rennes II), Mathilde Larrère (maître de conférences à l'UPEM), Pierre-Yves Legras (agrégé d'histoire, professeur en classes préparatoires), René Lermoyer (professeur d'histoire), Hervé Leuwers (professeur à l'université de Lille), Roger Martelli (historien), Jean-Clément Martin (professeur émérite de l'université Paris 1), Claude Mazauric (professeur émérite des universités), Stéphanie Roza (chargée de recherche en philosophie au CNRS), Cécile Obligi (conservatrice à la BNF), Pierre Serna (professeur d'histoire de la Révolution Française à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Institut d'Histoire de la Révolution Française - IHRF), Jean-Marc Schiappa (historien, président de l'IRELP), Jean-François Talon (professeur agrégé d'histoire), Nicolas Voisin (professeur d'histoire en lycée professionnel), Sophie Wahnich (historienne, directrice de recherche au CNRS).

Finalement la demande de Madame Danielle Simonnet  a été repoussée. Voir sa réaction à cette décision sur son blog  : http://www.daniellesimonnet.fr/conseil-de-paris/juin-2016/rue-robespierre-a-paris/

Voir le point de vue de Hervé Leuwers :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1527163-oui-a-une-rue-robespierre-a-paris-l-enjeu-depasse-de-loin-la-seule-memoire-d-un-homme.html