déchristianisation

Alors que la commune et le canton de Champrond - en - Gâtine ne s'étaient pas particulièrement distingués durant les premières années de la Révolution comme étant à la pointe des  mobilisations sociales et sans-culottes ( contrairement aux cantons d'Authon, de La Bazoche et de Nogent - le- Rotrou ), c'est de la commune de Champrond que nous est parvenue une des rares, à notre connaissance, description d'une fête de déchristianisation à la fin de l'automne1793 - 1794 qui s'y déroula le 2 frimaire an II ( soit le 22 novembre 1793 dans le calendrier vulgaire ).

 

Signalons cependant le long combat de cette municipalité contre les agissements de son curé devenu prêtre réfractaire activiste en 1791, Julien Le Comte. Enfin en 1793-94, Champrond fut rebaptisée en Champrond-Marat alors que Nogent se contentait de remplacer l’évocation de ses premiers seigneurs ( « Nogent-le-Rotrou » ) par le complément « le-républicain ».

 

Les officiers municipaux de la commune de Champrond en Gâtine firent part à la Convention de cette  fête au cours de laquelle les symboles de la féodalité et du fanatisme furent brûlés, ce courrier étant consigné lors de la séance de la Convention nationale du 15 frimaire an II ( 5 décembre 1793 )[1] :

«  Champrond-en-Gâtine, district de Nogent-le-Rotrou,

département d'Eure-et-Loir, 2 frimaire,

2e année républicaine.

Citoyens représentants,

Nous nous hâtons de vous faire part d'une cérémonie qui a été, pour notre commune, un vrai jour d'allégresse et l'acheminement à la destruction totale du fanatisme qui a trop longtemps régné sur notre horizon.

L'époque pour le brûlement de nos titres féodaux avait été fixé au dernier décadi. Le jour arrivé, chacun s'est empressé de concourir à l'élèvement d'un grand bûcher au milieu duquel était l'arbre planté en l'honneur de la constitution royaliste.

Non contents de réduire en cendres l'infernale féodalité, nous avons voulu essayer si une multitude de petits saints ( de bois, comme de raison ) ne pourraient pas jouer un rôle dans ce feu de joie. Nous les avons fait descendre de leurs niches. Sans miséricorde, ils ont été placés sur le lieu le plus éminent du bûcher, ainsi qu'ils devaient être d'après le rang honorable qu'ils avaient occupé dans le monde chrétien. Enfin un feu bien attisé a dévoré l'exécrable féodalité et l'odieux fanatisme, ces deux monstres qui semblaient n'avoir pris naissance que pour le tourment des humains.

Cette cérémonie avait attiré un grand concours de monde ; les chants d'allégresse patriotique ont retenti dans les airs. On a crié mille fois : Vive la République, vive la Montagne, au diable les saints. Ensuite on s'est retiré au lieu des séances de la Société populaire, où il a été rendu grâces à la Montagne des bons et sages principes qui découlent d'elle. Mais il ne suffisait pas de s'être réjoui autour du bûcher, un repas qui attendait les sans-culottes a terminé cette agréable journée et la gaîeté, la cordialité et cette liberté qui semblent particulièrement leur apanage nous ont fait passer le plus doux des moments.

Et nous aussi, citoyens représentants, nous disons : rester à votre poste, continuez à chérir les sans-culottes, point de quartier pour les conspirateurs. Quant à nous, nous respectons et exécutons vos décrets. 

( suivent quinze signatures ) ».

Champrond

 


[1] Archives Parlementaires, tome 80, page 661. La liste des signataires n’est pas retranscrite dans cet ouvrage de référence. L’orignal du courrier est conservé aux Archives Nationales sous la cote ; carton C 284, dossier 822. Je n’ai pas encore eu le temps de le consulter.

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