La Ferté porte de villeLa Ferté-Bernard : 1er avril 1789 arrestation d’un voiture chargée de grains.

Comme la plus grande partie de la France, la région fertoise fut touchée  par une crise frumentaire au printemps 1789 : après une récolte très mauvaise récolte en 1788 suivie d’un hiver extrêmement rigoureux, les prix du pain et des grains montaient en flèche, dans la population la plus fragile le spectre de la disette se profilait et le mécontentement pouvait déboucher sur des émeutes de marché ( voir sur ce blog l’article consacré à la région nogentaise pour la même période :ici ; ou encore celui traitant de la police des marchés et de la notion de « juste prix » dans les années précédant la Révolution : ).

Le mercredi 1er avril 1789[1], une voiture chargée d’orge fut arrêté et déchargé à la halle par un attroupement «  considérable ».  

Dans un courrier daté du vendredi 3 avril 1789, Ménard de la Groye et De La Maduère, procureur du Roi , dénonçait l’émeute au lieutenant de la maréchaussée générale de Touraine à la résidence du Mans:

« Vous remontre le procureur du Roy que mercredi dernier, premier de ce mois, sur les quatre ou cinq de relevéé[2], le garçon du nommé Vallée, fermier de la métairie du Buron, paroisse de Cherré, traversant la ville de La Ferté-Bernard, avec une charrette chargée d’environ quarante boisseaux d’orge qu’il venait de chercher à St Aubin-des-Coudrais pour conduire à ladite ferme, fut empêché par une populace nombreuse de conduire sa voiture à destination, que la brigade de maréchaussée du lieu  s’y transposta pour apaiser cet attroupement et faciliter la conduite de cette voiture, mais il lui fut impossible de parvenir à son but, le nombre des attroupés étant trop considérable. Le conducteur de cette voiture qui avait déjà pris un peu les devans tandis que les cavaliers de la maréchaussée exhortaient la populace à la modération fut contraint de ramener sa voiture sous les halles dudit La Ferté et de la décharger. […] »

La maréchaussée de La Ferté-Bernard  procéda à quelques arrestations  pour cause « de sédition populaire et d’attroupement, armés de bâtons, dans la ville de La Ferté-Bernard, à l’occasion des bleds », furent arrêtés   : Jacques Avignon[3], Jacques François Chopelain et Jean Grenesche.  Deux cavaliers de la brigade de maréchaussée  stationnés à La Ferté, Etoc et Gauthier, relatèrent l’arrestation du premier dans un procès-verbal, daté du samedi 4 avril :

« Nous cavaliers de maréchaussée à la résidence de La Ferté-Bernard soussignés certifions qu’en vertu du décret de prise de corps de par M. lieutenant de  de la maréchaussée au Mans le quatre de ce mois contre le nommé Avignon, accusé d’être  du nombre des particuliers qui ont commis une révolte dans notre résidence et d’autres lieux, nous nous sommes transportés sur les onze heures du soir à son domicile, où l’ayant trouvé, nous l’aurions interpellé de nous dire son nom, à quoi il nous a répondu se nommer Jacques Avignon, et sur sa déclaration, l’aurions arrêté et conduit sur le champ dans les prisons du Mans, distantes de neuf lieues de notre résidence, et nous l’avons écroué et laissé à la garde du concierge, de ce nous avons dressé procès-verbal, au Mans, les susdits jour, mois et ans. 

La justice ne fut pas clémente et relativement rapide mais cependant pas expéditive. Avignon put correspondre avec sa femme et tenter d’organiser sa défense. Son épouse lui écrivait le lundi 4 mai 1789 :

« Mon cher mari

J’ai reçu la lettre que tu m’as envoyée et dans laquelle tu me demandes une certification de nos voisins. J’en ai fait faire une par monsieur Richard et je te l’envoie avec cette lettre. Tu me marques encore que tu as besoin d’argent et je t’envoie trois livres pour que tu te fasses acheter du beurre, parce qu’il en coûte trop pour l’envoyer par x. Monsieur et madame Piau te font bien leurs compliments et ils ont été certifier chez monsieur Richard que tu t’étais caché pendant une heure chez eux. Je t’en prie, écris-moi jeudi et me marque le nom de ceux qui doivent te juger. Je t’embrasse de tout mon cœur, ainsi que ta mère, ton frère et ta sœur.

De La Ferté-Bernard, ce 4 mai 1789, et suis ton affectionnée servante, ta femme. »

Le mercredi 3 juin 1789, la sentence était rendue. Ils furent bannis du comté du Maine[4] pendant cinq ans et  : « …lesdits Choplain, Avignon[5] et Grenêche seront condamnés à être pendant trois jours de marché consécutifs attachés au carcan des halles de cette ville pour l’exécution de la sainte justice depuis onze heures jusqu’à midi, ayant un écriteau devant et derrière, portant ces mots : homme séditieux et perturbateur de la tranquilité publique … »


[1] Soit moins d’un mois après la rédaction du cahier de doléances de la commune( voir l’article de ce blog ).

[2] Cette expression désignait l’après-midi.

[3] En marge du PV ci-dessous, ce dernier était décrit comme suit : «  Jacques Avignon, âgé d’environ 28 ans, taille de 5 pieds au plus, mince de corps, cheveus châtains et frisés, sourcils et barbe peu fournie, front élevé, yeux gris, nez gros, bouche grande, visage long et coloré. »

[4] Ce bannissement fut-il réellement exécuté dans la mesure où dès la fin de l’année 1789, les comté disparaissaient ?

[5] Ce dernier resta emprisonné jusqu’à l’exécution de la sentence contrairement à ses deux co-accusés, Choplain et Grenesche, qui avaient été libérés par violence le 19 juillet 17879, on doit comprendre qu’ils furent libérés de force ( fait qui n’était pas rare à l’époque ) ou bien qu’ils s’évadèrent.