2. La législative ( 6 ).

2.6. Après la prise des Tuileries, les Sans-Culottes parisiens s'impatientent de la lenteur de la justice vis-à-vis des « ennemis de l’intérieur» :

- La victoire du 10 août s'était faite au prix de lourdes pertes chez les assaillants, au moins un millier de tués ou blessés lorsque les gardes suisses avaient tiré sans sommation alors que les gardes nationaux tentaient de fraterniser avec eux. Les sections et les fédérés  souhaitaient venger leurs morts. D'ailleurs un grand nombre de Suisse étaient massacrés par la foule lors de la prise du château.

Le lendemain, Santerre déclarait à l'Assemblée qu'il ne pouvait répondre du maintien de l'ordre que si se mettait en place rapidement une Cour  martiale afin de juger les Suisses.

- Le 17 août, sous pression de la commune insurrectionnelle de Paris, la Législative met en place un tribunal extraordinaire sans recours possibles pour juger les délits commis lors de la journée du 10 août ( étaient visés les gardes suisses qui avaient mitraillé la foule sans sommation ). Robespierre, élu juge et président de ce tribunal, se récusa immédiatement. Ce premier tribunal révolutionnaire fut dissout le 29 novembre 1792 .

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- Du 2 au 7 septembre 1792, massacres dans les prisons parisiennes. Les autorités laissaient faire.  Danton, ministre de la justice, ne prenait aucune mesure visant à protéger les prisons, allant jusqu'à déclarer au futur Louis-Philippe, alors duc de Chartres, au début de la Convention : " Au moment où toute la partie virile de la population se précipitait aux armées et nous laissait sans force à Paris, les prisons regorgeaient  d'un tas de conspirateurs et de misérables qui n'attendaient que l'approche de l'étranger pour nous massacrer nous-mêmes. Je n'ai fait que les prévenir. J'ai voulu que toute la jeunesse parisienne arrivât en Champagne couverte du sang qui m'assurât de sa fidélité. J'ai voulu mettre entre eux et les émigrés un fleuve de sang." Tous les journaux girondins, ce qui à lépoque constituait la quasi-totalité de la presses, faisaient,  au  moment même des faits, au pire  l'apologie des massacres au mieux plaidaient les "circonstances attenuantes", alors que dans les semaines qui suivent les principaux ténors girondins tentaient de faire retomber la responsabilité des massacres sur la Montagne.

Paris ne fut pas le seul endroit où se déroulèrent de tels massacres, partout où se rassemblaient les volontaires les "aristocrates" avaient tout à craindre et à se faire oublier  :  à Reims, le 3 septembre, à Meaux le 4, dans la première quinzaine du même mois dans l’Orne on dénombre pas moins de 11 tués  ( voir l’article :

 http://www.nogentrev.fr/archives/2016/01/02/33149719.html ), à Caen le 7, à Lyons le 9. L'assemblée électorale des Bouches-du-Rhône applaudit vivement à l'annonce des massacres parisiens. Signalons que cette assemblée était présidée par Charles Jean Marie Barbaroux qui en tant que conventionnel girondin attaqua vivement la commune de Paris dès la fin du mois de septembre 1792. Tout à fait représentatif de la morgue des Girondins, le 24 de ce mois de septembre 1792, il menaçait à la tribune des Jacobins de Paris, les " anarchistes ou déorganisateurs" qu'il assimilait aux montagnards " septembriseurs", sans peur du ridicule : " Huit cents Marseillais sont en marche pour Paris et ils arrivent incessamment. Ce corps est  composé d'hommes entièrement indépendants du côté de la fortune [ entendons des fils de familles aisées ]; chaque homme a reçu de ses pères et mères deux pistolets, un sabre, un fusil et un assignat de mille livres."

2.7. Valmy

Le 20 septembre 1792, victoire de Valmy et réunion de la Convention nationale. Premier effet de la mobilisation massive consécutive à la proclamation de la patrie en danger. Goethe, témoin oculaire de cette bataille[1] dira de cette bataille : «  De ce lieu et de ce jour date une ère nouvelle »( Campagnes de France et de Mayence, publié en 1817 ).Quant à mon livre d'histoire de classes primaires[2], il la décrit comme suit : « Les Prussiens qui avaient envahi la France se moquaient de ces volontaires mal armés, mal vêtus, mal chaussés. Mais à Valmy, ces va-nu-pieds marchèrent sur les Prussiens en criant : «  Vive la Nation ! » Les prussiens eurent peur, et ils reculèrent.»

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 Finalement la cour et le parti feuillant  sortent vaincus de ce début de guerre mais  les Girondins, qui jusqu'au bout ont tenté en vain de s 'opposer à l'insurrection du 10 août, sont également affaiblis. La constitution de 1791 qu'avaient ardemment combattue ceux que l'on va nommer les Montagnards, au premier rang desquels Robespierre, devient de fait un bout de chiffon à jeter et à refaire.

 



[1] Goethe assista à cette bataille dans la suite du Grand-Duc prussien Charles-Auguste.

[2] BERNARD et REDON. Notre premier livre d’histoire. Cours élémentaire. Paris : Nathan, 1950. Pages 92-93.