Guère épais !
Neuvième partie d’un ensemble d’articles consacré à la guette et la Révolution française ( principalement entre 1790 et 1795 ) pour voir les précédents articles : http://www.nogentrev.fr/archives/varias_/index.html

3. La convention girondine ( 2 ).

Guère épais 9 Image1 Jemmapes

Guerre épais 9 Image2 Dumouriez

Après la victoire de Jemmapes ( aux portes de Mons ) le 6 novembre 1792, Dumouriez va occuper en moins d'un mois l'ensemble de la Belgique : Bruxelles était prise le 14 novembre,Liège le 28, Anvers le 30, Namur le 2 décembre 1792. Dumouriez ne poursuivit pas les Autrichiens, à l'époque il était déjà soupçonné par Pache, ministre de la guerre, d'opérations financières douteuses. Attaqué à la convention par Cambon, les Girondins prirent sa défense et envoyèrent en Belgique Danton et Delacroix pour calmer le jeu.

Dès le 19 novembre 1792, sous l'impulsion de La Revillière-Lepeaux, dirigeant girondin, et de Pache et Monge ( guerre et marine ), la convention vote un décret de «  fraternité et secours » à tous les peuples qui veulent recouvrer leur liberté. L'option pacifiste, une fois la menace d'invasion écartée, est repoussée aux calendes grecques, il n'est même pas envisagé que l'on puisse négocier la paix.

Le 15 décembre 1792 est voté par acclamation le décret dit « guerre aux châteaux », en fait un décret qui impose le régime français aux pays conquis. Symboliquement, et ce n’est pas rien tant les mots sont importants, dans ce décret on qualifie les nations  conquises de « peuples mineurs » et la France de « grande nation » .

On est passé de la défense du droit des peuples à décider d'eux-mêmes à une politique nationale légitimant la réunion des territoires occupés/libérés à la France.

Ces décrets des 19 novembre et 15 décembre 1792 résument la politique étrangère des Girondins : d'abord protection aux peuples, puis sous condition que les dits peuples protégés acceptent de leur plein grès la dictature révolutionnaire de la France.  Avec ces décrets la Convention avait cru rallier à sa cause les masses opprimées dans les pays occupés. Ce fut l’inverse qui se produisit. Partout ou presque les populations n’y voient qu’un moyen de spoliation, un instrument arbitraire de domination voire une attaque à leur indépendance.

D’autre part, cette politique aliéna, ou contraignit à un silence prudent, beaucoup de sympathies vis-à-vis de la France révolutionnaire qui s’étaient manifestées ici ou là en Europe ( surtout au Royaume-Uni,  dans les Etats allemands et aussi en Italie ).

Dans ce revirement annexionniste, les réfugiés étrangers en France, notamment les plus influents comme Clavière et Anarchasis Cloots, ont joué un rôle important. Notamment en convainquant les Girondins qui hésitèrent un moment sur la politique à suivre ( voir annexe 6 ).

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Ce qui est certain c'est que la politique expansionniste adoptée par les Girondins est aussi le reflet de sa politique sociale conservatrice.

  • Le 5 décembre, Clavière écrivait à Custine : « On doit se maintenir dans l'état de guerrier ; le retour de nos soldats augmenterait partout le trouble et nous perdrait ».
  • Rolland quant à lui affirmait en privé : «  Il faut faire marcher les milliers d'hommes que nous avons sous les armes, aussi loin que les porteront leurs jambes [ … ce que réalisera Napoléon un peu plus tard...], ou bien ils reviendront nous couper la gorge ».

La Montagne porte également une part de responsabilité dans cette politique. Elle ne s'y oppose pas réellement, ce qui lui était difficile au moment où elle accueillait dans ses rangs Cloots lors du procès du roi. Toutau procès du roi, elle ne fit que rarement des propositions concrètes et précises à même de modérer les appétits voraces des Girondins et des profiteurs de guerres.

Bientôt la notion de « frontières naturelles » revient de façon récurrente.

D'abord, dans la bouche de Danton qui réclame l'annexion des villes et territoires belges au nom de ce principe le 31 janvier 1793 ( voir annexe 7 ).

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Puis sous la plume de Brissot qui écrivait le 26 novembre 1792 à Servan, ministre de la guerre : « Nous ne pouvons être tranquilles que lorsque l'Europe et toute l'Europe sera en feu...si nous reculons nos barrières jusqu'au Rhin, si les Pyrénées ne séparent plus que des peuples libres, notre liberté est assise ».

 


 

Annexes :

6. Le rôle de Clavière et Cloots dans le revirement annexionniste des Girondin.

Dans ce revirement annexionniste, les réfugiés étrangers en France, notamment les plus influents comme Clavière et Anarchasis Cloots, ont joué un rôle important. Notamment en  convainquant les Girondins qui un moment hésitèrent sur la politique à suivre.

Clavière était un réfugié genevois et ministre des finances, et Anarchasis Cloots originaire de Clèves, était membre du comité diplomatique présidé par Brissot. Cloots conseillait déjà en 1768 à la cour de France, dans les Veoux d'un gallophille, de repousser ses frontières jusqu'au Rhin, «  borne naturelle des Gaulles ».

Derrière eux se rangeait le « parti des réfugiés étrangers » nombreux dans les clubs et surtout aux Cordeliers où souvent, ils formeront le noyau Hébertiste.

Peu à peu les Girondins se rallièrent à leurs arguments à cause des échecs des tentatives de négociations secrètes avec les Prussiens et les Autrichiens repoussant tout espoir de paix. La guerre de propagande leur sembla alors tout indiquée pour prendre le relais d'une guerre défensive. Les pays conquis n'étant pas tous acquis à la cause révolutionnaire française ( à Nice et en Rhénanie les collaborateurs étaient même minoritaires ), on passa au choix de l'annexion au prétexte de protéger ceux qui avaient accepter ladite cause. Brissot et les siens devinrent des annexionnistes convaincus.

 7.   « Danton : Sur la réunion de la Belgique à la France (discours du 31 janvier 1793)

Ce n'est pas en mon nom seulement, c'est au nom des patriotes belges, du peuple belge, que je viens demander aussi la réunion de la Belgique. Je ne demande rien à votre enthousiasme, mais tout à votre raison, mais tout aux intérêts de la République Française. N'avez−vous pas préjugé cette réunion quand vous avez décrété une organisation provisoire de la Belgique. Vous avez tout consommé par cela seul que vous avez dit aux amis de la liberté: organisez−vous comme nous. C’était dire: nous accepterons votre réunion si vous la proposez. Eh bien, ils la proposent aujourd'hui. Les limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points: à l’Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées. On nous menace des rois!

Vous leur avez jeté le gant, ce gant est la tête d'un roi, c'est le signal de leur mort prochaine. On vous menace de l'Angleterre! Les tyrans de l'Angleterre sont morts. Vous avez la plénitude de la puissance nationale. Le jour ou la Convention nommera des commissaires pour savoir ce qu'il y a dans chaque commune d'hommes et d'armes, elle aura tous les Français. Quant à la Belgique, l'homme du peuple, le cultivateur veulent la réunion. Lorsque nous leur déclarâmes qu'ils avaient le pouvoir de voter, ils sentirent que l'exclusion ne portait que sur les ennemis du peuple, et ils demandèrent l'exclusion de votre décret. Nous avons été obligés de donner la protection de la force armée au receveur des contributions auquel le peuple demandait la restitution des anciens impôts. Sont−ils mûrs, ces hommes−la?

De cette réunion dépend le sort de la République dans la Belgique. Ce n'est que parce que les patriotes pusillanimes doutent de cette réunion, que votre décret du 15 a éprouvé des oppositions. Mais prononcez−la et alors vous ferez exécuter les lois françaises, et alors les aristocrates, nobles et prêtres, purgeront la terre de la liberté. Cette purgation opérée, nous aurons des hommes, des armes de plus. La réunion décrétée, vous trouverez dans les Belges des républicains dignes de vous, qui feront mordre la poussière aux despotes. Je conclus donc à la réunion de la Belgique. »