3. La convention girondine ( 7 ).

3.4. L’affrontement Girondins/Montagnards et la crise fédéraliste.

Les défaites en Belgique et sur le Rhin, la trahison de Dumouriez, l’insurrection de la Vendée accentuent, si c’était encore possible, les tensions entre Girondins et Montagnards et décrédibilisent totalement auprès du mouvement sectionnaire les premiers :

La chute des Girondins.

Guère épais 14-1 Danton

Les deux « partis » ( girondin et montagnard ) se renvoyaient l’accusation de trahison, Lasource l’avait fait contre Danton lors de la Séance du 1° avril. Ce dernier, soutenu par le club des Jacobins la retourna contre les Girondins. Dès le 5 avril, les Jacobins de Paris incitaient leurs sociétés affiliées à envoyer des pétitions demandant le rappel des députés appelants[1].

Les Girondins étaient devenus minoritaires au conseil exécutif et encore plus au Comité de salut public qui prennait de plus en plus d’importance dans la direction de la chose publique ( sur ses 9 membres 2 sont de la Montagne Danton et Delacroix, et  7  du Centre dont Barère et Cambon ). De plus en plus souvent le Centre vote comme la Montagne dès qu’il s’agissait de mesures rigoureuses pour le salut de la République même s’il reste défiant à la commune de Paris et à Danton.

Guère épais 14-2 Cambon

Guère épais 14-2 Barère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La tentative de mise en accusation de Marat, le 13 avril à la demande de Guadet, et son acquittement triomphal le 24 du même mois, attisèrent le mécontentement sans-culotte contre la Gironde. Dès le 15 avril, 35 des 48 sections parisiennes demandaient à la barre de la Convention la mise en accusation de 22 dirigeants girondins[2].

Guère épais 14-3 Marat

En province, les Girondins prirent le pouvoir à Lyon, Marseilles,  en s’alliant avec des forces ouvertement aristocrates. L’opposition girondine entravait souvent l’action des représentants en mission prenant de plus en plus l’aspect du futur fédéralisme, soit la priorité au particularisme local contre le pouvoir central, à condition que ce dernier fut contrôlé par les « girondins » d’où le fait qu’ils s’appuyaient plus sur les administrations département que celle des districts dont l’élection était plus « démocratique »[3].

Le 18 mai, Guadet demandait à la Convention la cassation des autorités parisiennes et en même temps de réunir à Bourges les députés suppléants pour remplacer la Convention si celle-ci était « violentée ». Barère proposa alors une commission d’enquête de 12 membres, composée uniquement de Girondins dont beaucoup, étaient compris dans la liste des 22 dénoncés le 15 avril comme hostiles à la commune. Cette commission s’engagea rapidement dans une chasse aux plus déterminés : arrestation dès le 24 mai d’Hébert, de Varlet, Dobsen président du tribunal révolutionnaire...limitation des fonctions des comités de surveillances.

Guère épais 14-4 Guadet

Guère épais 14-4 Hébert

Ces mesures répressives accélérèrent la crise qui couvait depuis la trahison de Dumouriez. La mobilisation en faveur d’Hébert s’accrut. Le 26, suite à un discours de Robespierre, les Jacobins se décrétèrent en état d’insurrection. Le lendemain Marat demandait à la Convention la cassation de la commission des 12, suivit par une délégation de la section de la cité. Dans la nuit la Montagne et la Plaine votèrent la cassation de la commission des 12, sur proposition de Delacroix et la libération de Hébert, Dobsen et Varlet. Le lendemain, la commission fut rétablie, à la demande de la Gironde, par appel nominal ( 279 contre 238 ).

Le jour même se constituait le comité insurrectionnel de l’Evêché auquel se ralliait le département de Paris le 30 mai 1793 qui convoquait une Assemblée Générale des autorités parisiennes.

L’insurrection se déclencha le 31 mai, le soir à 5 heures la Commune et les pétitionnaires des sections demandaient à la barre de la Convention  l’accusation contre les 22 girondins, contre les membres de la commission des 12 et les ministres Lebrun et Clavière ( les 2 seuls ministres girondins ), la levée d’une armée révolutionnaire, le pain à 2 sous la livre partout en France, une taxe sur les riches, le licenciements des nobles de tous les grades de l’armée, la création d’ateliers d’armes, l’épuration des administrations, l’arrestation des suspects, le droit de vote aux seuls sans-culottes, des secours aux parents des défenseurs de la patrie, aux vieillards et aux infirmes. Après des débats houleux, au cours desquels Robespierre demanda l’accusation contre Vergniaud et la Gironde, la Convention dissolvait la commission des 12 et accorda 2 livres par jours aux ouvriers sous les armes.

Guère épais 14-5 31 mai

Guère épais 14-5 Herault

Le lendemain, la garde nationale resta sous les armes, la Commune et le Comité insurrectionnel demandaient le soir la mise en accusation de 27 députés girondins. Le Comité insurrectionnel ordonnait dans la nuit l’arrestation de Roland et Clavière, le premier s’enfuit mais sa femme était arrêtée à sa place. Le même Comité faisait encercler la Convention d’une force armée : 80 000 hommes y participaient le 2 juin. Le comité se présentait à nouveau à la barre pour exiger l’arrestation immédiate des 22 et des membres de la commission des 12. La Convention, Heyrault de Séchelles en tête, tenta une sortie, elle fut refoulée par la force armée commandée par Hanriot et se souiet. Sur une motion de Couthon étaient décrétés d’arrestation chez eux les membres désignés par le comité insurrectionnel.

Les Girondins furent finalement vaincus lors des journées des 31 mai 1° et 2 juin 1793 parce qu’ils avaient déclenché la guerre et qu’ils ne surent pas la gagner, parce que leur politique de classe ne solutionnait en rien la crise économique, enfin parce qu’ils combattaient par le vote (...et bientôt par les armes… ) toutes les mesures extraordinaires que la situation appelait. Le 2 juin, les représentants de la haute bourgeoisie  étaient renversés par la sans-culotterie parisienne tout comme la noblesse et ses partisans le furent le 10 août 1792.

3.5. Le Fédéralisme.

De fait les 29 députés girondins décrétés d’arrestation continuaient d’aller et venir sans soucis particuliers, 12 s’enfuirent. Clavière ne fut remplacé aux finances que le 13 juin et Lebrun aux affaires étrangères que le 21, maintenu par le CSP de Danton qui démissionnait Bouchotte du ministère de la guerre pour plaire aux modérés, Danton se ménageait sans doute ainsi la possibilité de négocier avec les vaincus. Le 6 juin, Barère réclamait la destitution de Hanriot, chef de la GN parisienne.  

Le 6 juin 1793, 75 députés de la droite, encouragés par ces diverses manœuvres, signaient une protestation contre les arrestations du 2 juin. Plusieurs signataires fuyaient Paris pour rejoindre les Girondins fugitifs et les aider dans leurs tentatives de soulever les départements contre Paris. Ce que l’on nomme la crise fédéraliste.

Mi-juin 1793, une soixantaine de départements étaient en révolte plus ou moins ouverte. Mais en fait ces révoltes étaient essentiellement l’œuvre des administrations départementales. Les communes y furent souvent plus tièdes voire franchement hostiles et les levées d’hommes ordonnées par les autorités insurgées eurent beaucoup de mal à se faire.En pleine insurrection vendéenne les populations se méfiaient de ces riches bourgeois s’alliant à des feuillants ou des royalistes comme en Normandie avec  Wimpfen et le comte  de Puisaye[4].

Guère épais 14-6 fédéralisme

Cette "révolte" avait été concertée avant le 31 mai par des plans de Convention suppléante à Bourges ( discours de Guadet du 18 mai, pétition du département du Jura du 24 mai , de l’Ain du 27 mai, Bordeaux le 25 mai envisageait de lever des troupes pour marcher sur Paris).

- Le 7 juin, Buzot décidait son département, l’Eure, à lever 4 000 hommes, le 9 juin le Calvados suivait. Le 7 juillet à Caen il n’y eut que 17 hommes de la GN à se porter volontaires pour marcher sur Paris. Ces troupes se débandèrent piteusement à Pacy-sur-Eure, le 13 juillet 1793 après le tir de quelques coups de canons.

Guère épais 14-7 Pacy

- Soulevés par Kervélégan, Duchâtel et Maillan, Le Finistère, L’Ille-et-Villaine, Les Côtes-du-Nord, le Morbihan et la Mayenne, se fédéraient à L’Eure et au Calvados.

- Le 9 juin, Bordeaux ordonnait la levée de 1 200 hommes, le bordelais ne réussit qu’à lever 400 hommes. Ces troupes bordelaises qui avaient entamé leur marche sur Paris rebroussent chemin le 31 juillet. Les autorités bordelaises étaient renversées le 18 septembre par une insurrection sans-culotte. Le 16 octobre 1793 Bordeaux fut reprise par l'armée de Brune.

Guère épais 14-8 Bordeaux

- L’insurrection gagna le Midi : Toulouse, Nîmes.

La résistance concertée des Sociétés populaires ( 42 en tout ) du Gard, de la Drôme, de l’Ardèche et des Bouches-d-Rhône contra efficacement la propagation de l’insurrection et  permit à l’armée des Alpes d’arriver.

Marseille était en pleine révolte depuis le 31 mai, Toulon se souleva le 12 juillet. Marseille fut investie le 25 août par Bonaparte pour empêcher la ville de s’ouvrir aux Anglais. Alors que Toulon ouvrait son port aux anglais le 27 août. Ici le siège dura jusqu’en décembre 1793.

- A Lyon, le dirigeant Jacobin Chalier fut exécuté le 16 juillet pour tenir en respect les ouvriers aux sympathies jacobines prononcées. La ville ne fut reprise que le 9 octobre après un long siège auquel participèrent de nombreux GN de la région ( Cantal, Aveyron, Puy-de-Dôme, Haute-Loire ).

Guère épais 14-9 Lyons

Guère épais 14-10 Toulon Bonaparte

Le mouvement fit long feu sauf à Lyon et Toulon, zones où les royalistes appelés par les Girondins, avaient pris le dessus, ou les britanniques dans le cas de Toulon.  D’autant que la répression fut sélective séparant les suiveurs des traites au nombre de 9[5].

 

Surtout la Convention votait 3 lois donnant satisfaction aux plus démunis :

- 3 juin, vente des biens des émigrés en petits lots.

-10 juin, partage de biens communaux égalitaire par tête.

-17 juillet, abolition des droits seigneuriaux sans indemnité.

Le plébiscite constitutionnel qui adopta la constitution de 1793 très libérale[6], qui certes ne fut pas appliquée, signa un peu partout la débâcle des Girondins.

Guère épais 14-11 constitution

Si l’insurrection vendéenne avait poussé la Convention à prendre des mesures d’exception bien avant la « chute des girondins », l’insurrection girondine accentua le mouvement vers ce que l’on nomme la Terreur depuis thermidor an II.



[1] Jusqu’ici seul les girondins avaient tenté d’éliminer de la Convention leurs adversaires Montagnards : Robespierre, le duc d’Orléans ou encore Marat.

[2] Parmi lesquels : Brissot, Guadet, Vergniaud, Gensonné, Grangeneuve, Buzot, Barbaroux, Salle, Birotteau, Petion, Lanjuinais, Valazé, Lehardy, Louvet, Gorsas, Fauchet, Lasource.

[3] Les districts étaient élus directement par les assemblées primaires de district alors que celles des départements l’étaient par les électeurs participant à l’assemblée électorale départementale.

[4] Après l’échec de l’insurrection de Puisaye se réfugia chez les vendéens avec le procureur général syndic du Calvados, Bougon-Longrais, ami de Charlotte Corday.

[5] Barbaroux, Bergoeing, Birroteau, Buzot, Gorsat, Lanjuinais, louvet, Petion, Salle.

[6] Au sein anglo-saxon du terme.