La division de l’Eglise catholique.

Entre 1789 et 1790, une partie importante du clergé s’engagea résolument du côté de la Révolution. Les prêtres bénissaient les drapeaux des gardes nationales, les arbres de la liberté, parfois fondaient ou participaient activement aux travaux des sociétés des amis de la constitution. Les rites catholiques furent mobilisés pour les grands événements politiques, notamment la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, ce qui laissa croire à une sorte de « lune de miel » entre l’Eglise et les nouvelles institutions.

Ccc 5-1Il y eut cependant des réactions négatives assez rapidement, provenant notamment du haut clergé et du clergé régulier, ces résistances étaient vivement exprimées par l’abbé Maury. Elles portaient notamment sur les biens réquisitionnés. Dans le Midi, un assez vaste soulèvement fut préparé. La présence d'un petit noyau de protestants au pied des Cévennes et dans les campagnes du Quercy permettait de présenter l'Assemblée comme alliée des "hérétiques" au momCcc 5-4ent où le protestant Rabaut Saint-Etienne était élu à sa présidence le 16 mars 1790. Surtout, on exploita le rejet du catholicisme comme religion officielle par l’Assemblée le 13 avril 1790 en chauffant à blanc les confréries de pénitents par l’intermédiaire de Froment, agent du comte d’Artois :

 

 

- Le 25 mars quelques citoyens d’Alès protestaient contre la suppression d’évêchés.

- Le 20 avril 1790, une assemblée de catholiques ( 327 signataires ) se réunissait à Nîmes pour exiger, entre autres, «  Que la religion catholique, apostolique & romaine, soit déclarée, par un décret solemnel, la religion de l’état,& qu’elle jouisse seule des honneurs du culte public. » Et s’opposait par avance à toute modification dans l’organisation de l’Eglise. Ce qui entraîna des échauffourées dans la ville, le premier mai. Par la suite la ville fut le théâtre de troubles plus graves. Les compagnies royalistes de la garde nationale, surnommées les mangeurs d'oignons ou Cébets, arborèrent la cocarde blanche. Le 13 juin, l'agent du comte d'Artois, Froment, occupait le couvent des capucins et les remparts, les patriotes et les protestants de la ville soutenus par les paysans des Cévennes venus leur prêter main-forte délogèrent les royalistes et en massacrèrent un grand nombre, on estima le nombre de morts à trois cents sur les trois jours que durèrent les combats.

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- A Montauban, émeutes du 10 mai 1790, opposant nobles  catholiques aux patriotes et aux protestants. Ici, les vicaires généraux ordonnaient 40 heures de prières pour sauver la religion en péril. De plus, la municipalité royaliste choisit la date du 10 mai 1790 ( jour des  Rogations ) pour faire procéder aux inventaires des maisons religieuses supprimées. Beaucoup de femmes s’attroupèrent sur le parvis de l’église des Cordeliers, des rixes éclatèrent assez vite, la foule s’en prenant aux protestants dont plusieurs furent blessés ou tués, les autres étaient désarmés et contraints de faire « amende honorable » en demandant pardon à genoux. Seule l’intervention rapide des gardes nationaux de Toulouse et Bordeaux rétablit le calme.

Ccc 5-2- Enfin, toujours à l’instigation du comte d’Artois, se mettait en place le camp de Jalès à la limite du Gard, de l’Ardèche et de la Lozère, sur le territoire des communes de Banne, Beaulieu, Berrias-et-Casteljau et dans le canton des Vans. Des prêtres et de nobles ( Malbosc, maire de Berrias ) convoquèrent les gardes nationaux acquis à leur cause contre-révolutionnaire pour le 17 août 1790 dans le parc du château de Jalès dans une sorte de contre-fédération : 20 000 répondirent présents arrivant avec la croix comme étendard.  Après cette manifestation, un comité central se mit en place qui lança un manifeste dans lequel  ses membres affirmaient « […] qu’ils ne déposeraient les armes qu’après avoir rétabli le roi dans sa gloire, le clergé dans ses biens, la noblesse dans ses honneurs, les parlements dans leurs antiques fonctions [...] ». Ce camp ne fut dispersé par la force qu’en février 1791.

 

 

 

Ces oppositions se radicalisèrent et surtout s’élargirent à une partie non négligeable du bas clergé au moment de l’adoption et de l’application de la Constitution civile du clergé. Beaucoup au sein du clergé auraient souhaité qu’un concile fût réuni, d’autres, la majorité des évêques, pensaient qu’un accord du pape était nécessaire et attendaient son avis

Le décret du 27 novembre 1790 faisait obligation aux ecclésiastiques de prêter un serment de fidélité à la Nation, à la loi et au Roi. Dans l’esprit des constituants, il s’agissait de faire la démonstration de la soumission du clergé à la Constitution. Ce décret entraîna un schisme au sein de l’Eglise catholique[1].


[1] L’ouvrage de référence sur la question reste Timothy TACKETT. La Révolution, l’Eglise, la France. Paris : les éditions du cerf,  1986.