4. Constitutionnels et réfractaires.

Le serment devait être prêté durant l’hiver 1791 selon la formule suivante : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m’est confiée, d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi. », aucun préambule ou restriction n’étant admis. Les prestations de serments devaient être passées en présence des autorités politiques et des fidèles.

En cas de refus de prêter le serment, les ecclésiastiques étaient regardés comme démissionnaires et leurs postes à pourvoir par le biais d’une élection. Si le serment prêté n’était pas respecté, le contrevenant était considéré comme rebelle à la loi et passible  d’être privé de son traitement et de son droit de citoyen actif. Les réfractaires continuant à exercer leurs fonctions, envisagées comme des fonctions publiques, étaient passibles de la loi comme perturbateurs de l’ordre public.

Ccc 6-1

Une Eglise constitutionnelle.

La plupart des 28 000 prêtres « jureurs » étaient favorables à la possibilité de s’intégrer encore plus à la Nation, et bien sûr à un traitement bien supérieur à la portion congrue.

En théorie, cette Eglise constitutionnelle était favorable au nouveau régime politique. La majorité des « jureurs » considéraient les députés comme les défenseurs de la religion ; il se pensaient d’abord comme des prêtre-citoyens et jugeaient que prêter serment c’était se montrer utile à la Révolution et à la patrie. Mais parmi le clergé constitutionnel les attitudes furent extrêmement variées :

  • certains restaient fidèles aux formes traditionnelles du culte sans plus ;
  • d’autres s’affirmaient plus nettement progressistes et n’hésitaient pas à prendre la plume pour mener de vigoureuses campagnes contre le « fanatisme », la « superstition » ou la hiérarchie pontificale et en faveur d’une religion naturelle et épurée. Quelques-uns le firent  en fondant leur propre journal ( cas de Chasles à Chartres ) d’autres en collaborant à des journaux, notamment La Feuille villageoise ;
  • certains constitutionnels allèrent, plus tard, jusqu’à se marier et/ou à diriger des sociétés populaires plus tardivement au cours des événements ;
  • enfin quelques dizaines de « curés rouges », comme  Dolivier à Etampes ou Jacques Roux en Charente maritime puis à Paris, prirent la défense des foules insurgées à propos des subsistances.

Les réfractaires.

La grosse majorité des évêques refusa le serment ( seuls 7 jugèrent ) et seulement 52% des curés acceptèrent de prêter  le serment avec de grosses variations régionales ( voir carte ci-dessous ) ce qui constituait une surprise pour les membres de l’Assemblée, les députés croyant que les curés étaient largement acquis à la Constitution civile du clergé.

Si accepter de prêter le serment revenait à soutenir la Révolution, le refuser pouvait correspondre à un rejet de la subordination du fait religieux au politique ou bien à une résistance de la Révolution :

  • Beaucoup d’ecclésiastiques craignaient de prêter un serment qui pouvait s’avérer être en contradiction avec ceux qu’ils avaient déjà passés au moment de leur ordination, ils en appelait alors souvent à leur hiérarchie et suivaient ses conseils.
  • D’une façon claire les réfractaires considéraient, dans leur immense majorité, que l’Assemblée outrepassait ses droits. Une partie non négligeable des curés ayant soutenus les lois révolutionnaires se sentaient déchirés.

Ccc 6-2

Fin janvier 1791, l’Assemblée assouplissait les termes du premier décret, les réfractaires disposaient d’une pension modeste et pourraient rester dans leurs anciennes paroisses et continuer d’exercer jusqu’à l’élection de leurs remplaçants.