Le 6 mars 1789 à Beaufay : cahier de doléances, plaintes et remontrance du tiers-état.

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Le vendredi 6 mars 1789, les habitants de la paroisse de Beaufay se réunissaient à l’issu de la grande messe, ce jour étant qualifié en fin de délibération « jour d'absolution »  soit de confession. Les revendications ne différaient pas réellement de celles des paroisses proches. Cependant ici on ne réclamait pas contre les droits de franc-fiefs, peut-être que Beaufay n’était pas concernée par ces droits, et on réclamait la liberté de la presse, ce qui était plutôt rare dans les cahiers ruraux.

 

« Cahier des doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse de Beaufay, pour être remis et porté par leurs députés à l'assemblé préliminaire du tiers état qui doit se tenir en la ville du Mans le 9 mais 1789.

1° Nous habitants, nous nous joignons aux autres sujets de Sa .Majesté pour lui faire les plus respectueux remerciments de la Grâce spéciale quelle vient d'accorder à son peuple, en convoquant les états généraux, dans lesquels le tiers doit avoir seul autant de représentants que les deux autres ordres.

2° Nous demandons qu'il soit décidé, comme une loy fondamentale, que Iesdits états tiendront dans un temps fixe et déterminé, et qu'il soit créé une

commission intermédiaire.

3° Nous demandons, comme une justice, que les impôts seront à l'avenir également suportés par tous les biens fonds, sans égard aux propriétaires, de quelque classe et condition qu’ils soient, c'est-à-dire qu'il n'existera aucuns privilèges pécuniaires.

4° Nous demandons que l'impôt désastreux de la gabelle soit commué dans une imposition quelconque, qui sera beaucoup moins onéreuze au peuple, n'y eût-il que la diminution des frais de garde et perception et autres y relatifs.

5° Nous demandons, comme un avantage réel à la province du Maine, qu"il lui soit accordé des états particuliers qui soient seuls chargés de la répartition des impôts dans une juste égalité, qui s'occupent des moyens de les faire verser directement dans le trézor royal ; qui soient, en outre, seuls chargés des grands chemins, de ceux de communication, et de toutes les affaires publiques. Ce projet étant adopté, les intendants, les receveurs généraux, et les officiers des élections, tous aussi onéreux les uns que les autres au peuple, deviendront absolument inutiles.

6° Nous souhaitons qu'il soit pourvu à la subsistance légitime des prêtres qui déservent les paroisses, de telle sorte qu'ils ne soient plus dans le cas d'aller à la glane, qui est une surcharge d'impôt, et leur occasionne des démarches et souvent des refus humiliants pour des ministres sacrés.

7° Nous demandons, comme une ressource fondée sur les droits imprescriptibles de la nation, que les domaines de la Couronne soient aliénés par une sanction incommutable, et que l'on regarde comme faisant partie desdits domaines par droit de déhérence, les biens de toutes les maisons monastiques qui ont été supprimées , abandonnées et réunies faute de sujets ; que le prix des dites ventes soit employé à payer les dettes de l’Etat, et à diminuer le fardeau des impôts.

8° Nous demandons qu'il soit fait une réforme dans la jurisprudence, dans la perception arbitraire du droit de contrôle, dont les créations des offices de jurés-priseurs, dont l'exercice, dans les campagnes, ruine absolument le peuple et est devenu le plus cruel fléau de la veuve et de l'orphelin.

9° Nous demandons que les droits de colombiers et de garenne a lapins soient suprimés comme destructeurs des moissons, seule resource du cultivateur pour payer les impôts publics.

10° Nous demandons qu'aucun impôt ne puisse être augmenté, sans que la nécessité de l'emploi en soit préalablement démontrée et consentie librement par les états généraux, qui seront déclarés seuls capables de donner le consentement ; nous demandons que le ministre des finances continue, tous les ans, de donner un état de son administration et, qu'en cas de prévarication dans son ministère, il puisse être traduit et jugé par la nation, exclusivement à tous autres tribuneaux.

On peut encore demander la liberté de la presse, la liberté iindividuelle des citoyens, c'est-à- dire la suppression des letres de cachet ; qu'il soit accordé par le roi des audiences publiques. que le procès soit fait aux banqueroutiers ; qu'il ne leur soit plus accordé de sauve-garde ou arrêts de deffences, à labri desquels ils multiplient leurs banqueroutes.

Il° L'on demande encore que la charge de notaire royal à Beaufay soit remise en son état, étant suprimée par arrêt du vingt-cinq octobre mil sept cent soixante-deux, requête des sieurs Triquet et Livet, et réunie pour toujours, ville de Bonnélable, sans aucun notaire conservé pour Beaufay, où il y a eu un notaire de tous tems sans interruption.

Fait et arrêté au devant de la grande porte de l'église, lieu où se délibèrent les affaires de laditte paroisse, ce jourd'hui, sixième mars 1789, à issue de la grande messe dudit Beaufay, jour d'absolution, lesdits habitants ont signé partie, et l'autre partie ont déclaré ne savoir signer.

Nous demandons que la dime verte ne soit plus, ainsi que les agneaux et petits porcs que l'on dixme à la trezième partie.

Pierre Teroinard, Marin Evrard, Denis Deshayes, André Thibault, René Leveau, Nicolas Renard, Jacques Heuzé, Michel Bignon, Julien Binel, Claude Moulin, Julien Grassin, Michel Teroinard, Charles Jugan, René Moulin, Jean Bigot, Jean Avice. Michel Caré.

Non signans les cy-dessus dénommés.

Signé : Jean Massot, G. Forest, Etienne Henry, Michel Goulette, J. Galpin, Etienne Mallet, F. Joubert, L. Evain, P. Gasche, J. Lesault, P. Hersant, J. Bigot, J. F. Bertelot, André Berger, G. Lochet, M. Bignon, sindyc, Fr. Goupil, Julien Collet, J. Faiuveau, J. Sénechal, François Boisneau, greftier, Gabriel Terrault, M. Tenin, procureur sindic municipal. Caigne. »