Le 6 Mars 1789 à Panon : cahier de doléances.

89-03-06 panon

Le vendredi 6 mars 1789, les habitants d’une petite paroisse du Saosnois, Panon, se réunissaient, en présence du syndic de la municipalité, afin de rédiger le cahier de leurs doléances. Parmi les nombreux articles communs à beaucoup de communautés de la région nous remarquons un article réclamant le rachat des droits seigneuriaux ( le 8 ) et un autre portant sur la mendicité demandant, comme à Nuillé-le-Jalais le même jour et à Cormes le premier mars ( voir l’article : http://www.nogentrev.fr/archives/2016/11/01/34506844.html  )[1] que chaque communauté s’occupât de ses pauvres ( article 9 ). Nous remarquons également des articles à tonalité anticléricale : suppression d’un nombre certain d'abbayes et de prieurés ( article 4 ), l’article suivant  envisageant que les biens des églises pussent servir à remplir les caisses de l’Etat afin de financer les hôpitaux. L’article 12 demandait que les dîme fussent payées à l’Etat qui en échange payerait les curés à hauteur de 1 200# par an ( ce qui fut fait en 1791 avec la constitution civile du clergé, voir l’article consacré à la constitution civile du clergé : http://www.nogentrev.fr/archives/2016/01/05/33164943.html ), revendication assez rare rencontrée déjà à Connéré ( voir l’article : http://www.nogentrev.fr/archives/2016/11/02/34512706.html  ).

 

« Cahier des Doléances faites par les habitans de la paroisse de Panon pour ètre présentée à l’assemblée qui se fera le 9 de ce mois devant Monsieur le grand Sénéchal du Maine ou monsieur son lieutenant général.

 

Article premier.

Nous le général des habitans de la paroisse de Panon en la Sénéchaussée du Maine étant assemblés ce 6 Mars 1789 selon la forme et les règlements prescrits par les lettres de sa Majesté donnée à Versailles le vingt-quatre janvier 1789, dans l'auditoire ordinaire savoir : Claude Touret sindic, François Morineau, René Coeuret, Louis Barbier, Claude Brochard, Jean Guion, Michel Chevalier, Denis Chartier, René Guimont, René Dallier, René-Margrit... et autres ont fait les doléances et demandes qui suivent :

Nous demandons que l'administration de la justice soit confiée aux grands baillages qui seroient établis dans la mesme forme que sa Majesté les avoit établis cy-devant.

 

Article second.

Nous désirerions que toutes justices seigneuriales fussent supprimée vu qu'elles rendent la justice fort lentement et que les officiers de ces juridictions ne demeurent presque jamais dans le chef-lieu et que les délits demeurent bien souvent inpunis.

 

Article trois.

Nous désirons aussi que les fiefs des gens de main-morte soient vendus au profit de l'état pour remplir les coffres du Roy sans qu'il soit permis aux seigneurs susserains de les retirer.

 

Article quatre.

Nous demandons qu'on supprime le trop grand nombre d'abbayes et de prieurés où qu'on les réduise à un plus petit nombre vu qu'ils ne sont pas assez de religieux pour faire l'office et qu'ils sont absolument inutiles dans l'Etat.

 

Article cinq.

Si on vend des biens de l'église on désire que l'argent en soit employé à remplir les coffres du Roy et à fonder des hôpitaux dans les endroits où il n'y en a point.

 

Article sixième.

Nous demandons la suppression de la gabelle et du tabac et que le sel soit marchand, nous demandons aussi que les commis aux aides soient supprimés et qu'on loue tous les ans le droit d'auberge comme cela se pratique en Allemagne, en donnant pouvoir à ceux qui seroient adjudicataires de ce droit de faire mettre à l'amende ceux qui vendroient du vin où d'autres liqueurs sans être privilégiés.

 

Article sept.

Nous désirons que Ies impots accessoires et les vinigtiemes soient supprimés et que la taille soit diminuée surtout en cette paroisse dont le terrein est extrêment maigre et par conséquent de peu de rapport, nous demandons la continualion des municipalités.

 

Article Huit.

Nous demandons qu'il soit permis aux particuliers de rembourser aux seigneurs leurs rentes seigneuriales au denier vingt et que les droits de bannalité de four et de moulin soient supprimés.

 

Article neuf.

Il seroit à désirer que chaque paroisse nourrisse ses pauvres et que la mendicité fût absolument abolie il n'y aurait par ce moyen que les vrais pauvres assistés, les vagabons et les fainéans ne seroienl plus à charge au public.

 

Article dix.

Nous demandons que les biens homagés des roturiers soient rendus censifs[2].

 

Article onze.

Nous demandons qu'il soit défendus aux seigneurs d'avoir des fuyes et des garennes non encloses de murs à cause du dommage que leurs pigeons et lapins causent dans les campagnes.

 

Article douze.

Nous désirons que sa Majesté s'empare de toutes les dîmes et qu'on accorde douze cent livres à chaque curé, cela rémédiroit à la pauvreté de certaines cures qui ne sont pas suffisamment rentées et diminueroit avec justice celles qui le sont trop.

 

Article treize.

Nous demandons la suppression du havage et du droit de pied-fourché à cause du deffaut de liberté dans le commerce du trouble et de l'embarras que cela occasionne dans les marchés.

 

Fait et arrêté à Panon ce six Mars Mil-sep-cent-quatre-vingt-neuf dans le lieu ordinaire de nos assemblées en présence du sindic de la municipalité de notre paroisse tout le général des habitans étant présens et ont signés avec nous ceux qui savent signer.

Signé : Louis Barbier, F. Morineau, F. Aubry, et C. Touret sindic »

 


[1]               Le cahier de Cormes étant recopié par ceux de La Chapelle-du-Bois le 5 mars et Saint(Antoine de Rochefort le 6 mars 1789.

[2]       Il s’agit des biens soumis au droit de franc-fief.