Le district de Mamers en janvier 1788.

Le 25 janvier 1788, la commission intermédiaire du Maine adressait un questionnaire au district de Mamers[1] qui nous permet d’avoir une petite idée de la vie économique et sociale de la ville à la veille de la Révolution.

Mamers 4

« Questionnaire aux districts

de la commission intermédiaire

du Maine : 25 janvier 1788.

 

1° Quels sont les habitants exempts de la taille et quelle est la nature de leurs privilèges ?

COMMUNAUTES

Les religieuses de la Visitation.

Les religieuses de la Providence.

Les sœurs de l’hôpital.

CLERGE

M. le Curé.

Trois vicaires.

Un chapelain à le Visitation.

Un chapelain à l’hôpital.

Trois prêtres habitués.

NOBLESSE

M de Frabourg, écuyer.

Mme Veuve de Barville et MMs ses fils, en service.

M. de Semalé l’aîné, écuyer.

M. le chevalier de Bonneval, écuyer.

Melle de Grandchamp.

Mr La Giroudière.

Melle de Guéroust.

Mr de Boisthierry.

Mr Caillard d’Aillières.

M. Caillard de Beauvoir.

M. Caillard de Beauvais.

Mme Veuve Caillard d’Aillières

Mme Veuve Luce.

Mr Luce de Rocquemont, écuyer, maître particulier des Eaux et Forêt de Perseigne.

EXEMPTS PRIVILEGIES

M. Balavoine de Vaux, trésorier de France.

Mme Veuve Fournier des Marets, vivant receveur particuliers des bois de la maitrise de Perseigne, exempte par édit du mois de décembre 1727, art. 14 et 16.

Mme Veuve Thibault, vivant officier commensal.

M. Dureau, l’ainé, et Dureau le jeune, officiers des régiments provinciaux.

M. Le Balleur, secrétaire du point d’honneur.

Un officier et trois cavaliers de maréchaussée.

Un receveur des aides.

Quatre employés.

Quatre invalides.

Deux revendeurs de sel.

Deux revendeurs de tabac.

2° Qui sont ceux taxés d’office ? et en vertu de quel droit sont-ils taxés ? Quel est le montant de leur taxe ?

TAXES D’OFFICE en vertu de l’art. 17 de l’édit de 175.

M. de Gennes, bailly, taxé à 25l.

M . Maignée, lieutenant-général, taxé à 90l.

M. des Ageux, lieutenant-particulier, taxé à 12l.

M. Regnoust du Chesnay, avocat du Roy, taxé à 30l.

M. Boulanger, receveur des Consignations, taxé à 22l.

EAUX ET FORETS

M. Dunoyer, procureur du Roy, taxé à 8l.

M. le garde marteau, non imposé.

Mme Veuve Cirou, greffier, taxé à 6l.

Le sieur Girard, arpenteur, taxé à 38l.

Le sieur Le Goux, huissier, taxé à 22l.

Le maître particulier est compté au nombre des nobles et le lieutenant robe longue au baillage.

GRENIER A SEL

M. Chartrain, père, grenetier honoraire, taxé à 118l.

M. Chartrain, fils, grenetier en exercice, taxé à  41l.

M. Triger, contrôleur, taxé à 40l.

M. Gouaux de Vaux, greffier, taxé à 12l.

TAXES D’OFFICE en conséquence des arrêts du conseil du 20 septembre 1722, du 2 février 1723, d’un édit de février 1749 et de lettres patentes données à Versailles le 17 février 1780, registrées à la Cour des Aides le 4 mars suivant.

M. Duchaiseau, receveur exempt.

Un garde sédentaire exempt.

Le prud’homme ,taxé à 40l.

Le préposé des vingtièmes, taxé à 145l.

Le garde haras , taxé à  1l.

3° Quels sont ceux qui jouissent d’autres privilèges, tel que celui de faire valoir sans payer de taille, exemption des contributions aux charges des paroisses, de collectes, etc. ? A quel titre jouissent-ils de ces privilèges et exemptions, et quelle est l’étendue de terre que fait valoir chacun de ceux des privilégiés qui sont exempts de taille, en tout ou en partie ?

Le Maistre de la poste aux chevaux ne fait valoir qu’une écurie pour ses chevaux et une maison pour le postillon.

4° Y a-t-il dans la paroisse des vingtièmes perçus par abonnement ? Quelles sont les personnes abonnées ? A quelles sommes le sont-elles ? Quelles sont celles qui payent dans la paroisse les vingtièmes de biens fonds situés hors la paroisse ? Quelles sont celles qui payent hors la paroisse les vingtièmes des biens fonds situés  dans la paroisse ? Quelle est à peu près la valeur de ces biens ?

Il n’y a aucun abonnement à la connaissance des officiers municipaux.

On ignore s’il y a quelques particuliers qui payent dans la ville les vingtièmes des biens fonds situés hors la paroisse, et pareillement s’il y en a qui payent hors la paroisse les vingtièmes des biens fonds situés dans la ville et conséquemment quelle peut-être la valeur de ces biens.

Le total des deux vingtièmes à Mamers, 4 sols pour livres compris, est de 3935l.

5° La taille est-elle répartie à la volonté des collecteurs, ou est-elle proportionnelle à la valeur de l’exploitation ? Cette estimation est-elle autorisée ? Par qui l’est-elle et depuis quel temps ?

La taille se taxe par six collecteurs et six commissaires choisis par la ville devant les maire et échevins en vertu de l’arrest du conseil que les habitants de Mamers ont obtenu pour dix ans le 30 novembre 1779.

La taille est proportionnelle à la valeur de l’exploitation des propriétés, et des facultés à tant pour livres, suivant l’arrêt ci-devant cité.

L’on observe que le principal de la taille, avec les six deniers pour livres collecte et droit de quittance, est de  9837l 18, que les impositions accessoires sont de 4796; que la capitation est de 6277l.

Que les impositions sont infiniment aggravantes pour les habitants de Mamers dont le nombre n’excède pas 3841 personnes au-dessus de sept ans, ainsi qu’on le verra par le relevé au grenier à sel, et la plus grande partie desquels habitants est peu fortunée et ne vit que sous le crédit du commerce.

De ce nombre considérable de personnes il ne s’en trouve imposé à la taille qu’environ 700, et encore y en a-t-il près de 300 taxés au-dessous de 3l. L’on jugera bien aisément combien les 400 autres sont vexés pour répartir sur eux près de 9000l de taille et les accessoires à proportion.

6° Se  fait-il beaucoup de contraintes pour la perception des  impôts ? A quoi peut-on évaluer par an les frais de contrainte ? Quels seraient les meilleurs moyen d’y remédier ?

Il se fait peu de frais, chacun cherchant à remplir ce qu’il doit, seulement il se fait quatre courses d’huissier du bureau des tailles que les collecteurs payent à raison de 3l chacune ; les frais des collecteurs envers les contribuables sont de peu de conséquence, il y a même des années où il ne s’en fait aucuns.

7° Y a-t-il des biens fonds ecclésiastiques ou de main-morte dans la paroisse ? Quelle est la somme de taille, impositions, accessoires, capitation et corvées imposées pour chacun de ces objets ? Y a-t-il dans la paroisse des taillis appartenant au clergé ou gens de main-morte ou des futaies ? Combien y a-t-il de journaux en taillis, combien en futaies ?

Il y a à Mamers un prieuré dependant de l’abbaye des Bénédictins de Blois et qui est affermé à Melle Gorget. Elle paye de taille      [ pas de chiffre ? ]

Il y a aussi à Mamers, comme on l’a déjà dit un couvent de Visitandines, qui, outre la maison conventuelle et domaines qu’elles font valoir par leurs valets, et qui  consistent en trois journaux de terre et trois hommées de pré, possédent au territoire de Mamers la métairie  de Haut Eclair et le moulin, l’un et l’autre affermés et pour raison desquels deux objets, les fermiers sont imposés à  le taille, scavoir pour la métairie de  72l et pour le moulin la somme de 18l.

MM les religieux de Perseigne possèdent indivisément avec MM. les religieux de Blois le moulin de la ville pour lequel le fermier est imposé de 140l 10s de taille.

Il n’y a dans Mamers, aucun bois taillis, ni de haute futaye, aux gens de main-morte ni clergé.

8° Y a-t-il dans la paroisse des terres, prés, bois, etc., appartenat au roi, à des princes apanagistes et à des engagistes ? On donnera à l’égard de ces biens les mêmes éclaircissements qui ont été demandés pour les biens ecclésiastiques et de main-morte.

Madame la duchesse de Beauvilliers est dame échangiste de Mamers, elle n’y possède en propriété que  le fief volant sans domaine et par engagement, lea halle qu’elle a donnée à ferme pour environ 4500l et dont le fermier paye à Mamers 380l10s de taille.

9° A combien peut-on évaluer la taille, impositions, accessoires, capitation er corvée que devraient supporter chacun des objets exploités par les privilégiés ) proportion du reste des biens de la paroisse ?

Les privilégiés s’ils étaient taxés pourraient supporter le quart de la taille, impositions, accessoires, capitation, et corvée dont Mamers est chargé.

Le Territoire de Mamers est très circonscript et resserré, il consiste dans six fermes

La ville consiste en 1000 feux dont les trois quarts sont au-dessous de 30lde loyer, et dont encore la moitié des feux est occupée par des pauvres ou qui sont au-dessous de 3l de taille ou qui n’en payent point du tout.

Le nombre des pauvres est considérable eu égard au reste des habitants, comme on verra à l’article 29.

GABELLE ET TABAC

10° Quel est le nombres des habitants, y compris au-dessus de 7 ans ?

3841 personnes suivant le rôle de  l’année dernière.

11° A quel grenier se prend le sel ?

Au grenier à sel de ladite ville.

12° Combien coûte le minot de sel, ou autre mesure d’usage en la paroisse, dont, en ce cas, on aura soin de marquer le poids ?

Le minot de sel pesant 96 livres coûte 58l 13s 9d. Le quart :14l 13s 6; le demi-quart : 7l 6s 9d.

13° Combien la paroisse prend-elle par ans de minots au grenier ? combien par devoir ? combien  par vente libre ?

Le grenier à sel de Mamers étant grenier de vente volontaire , il serait impossible de dire ce que les habitants de Mamers consomment de sel par an ; le sel livré aux revents de la dite ville etant vendu également aux habitants des paroisses voisines.

14° Combien se vend-il de sel au regrat et à quel prix ?

Aux regrats de ladite ville le sel se vend communément au poids. La livre coûte 12s 6; la demie livre 6s 3; le quarteron, 3s 3; le demi-quarteron 1s 9; l’once 1; et l’on ignore ce qu’il s’y vend de sel aux habitants de la dite ville par la raison assignée à l’article ci-dessus.

15° A quoi peut-on évaluer par an les saisies et autres frais que peut occasionner l’impôt du sel ?

On peut assurer avec vérité que l’impôt du sel n’occasionne aucuns frais dans l’arrondissement dudit grenier ne s’y étant pas fait quatre saisies depuis vingt ans.

16° Combien se consomme-t-il à peu près de tabac dans la paroisse ? A quel entrepôt se prend-il ? Y a-t-il un ou plusieurs bureaux de distribution dans la paroisse ?

Il n’y a point ici d’entrepôt de tabac ; le tabac pour cette ville se prend à celui de Bellesme ; l’entrepôt peut seul dire au juste ce qu’il livre aux quatre bureaux de distribution qui se trouvent dans cette ville.

17° Combien y a-t-il dans chaque paroisse d’employés pour le sel ?

Il n’y a qu’un seul garde sédentaire pour le granier à sel de Mamers, et pas un employé dans les paroisses qui en relèvent.

COMMERCE

18° Y a-t-il un marché dans la paroisse ?

Il y a un marché les lundis de chaque semaine dans la ville de Mamers et en outre six foires par an ; dans le marché du lundi il y a une halle au bled et une autre le jeudy.

C’est dans ces foires et marchés que se vendent les denrées et les bestiaux des paroisses circonvoisines.

19° En quelle ville principale ou autre s’exportent et se rendent les marchandises et autres objets de commerce de la paroisse ?

20° Quelle est la distance de la paroisse à ces lieux de marché ?

21° Quels sont les débouchés ordinaires et les plus favorables ?

22° A quelle distance la paroisse est-elle des grandes routes qui peuvent faciliter le débouché de son commerce ou la vente de ses denrées ?

Les paroisses qui fournissent les denrées qui se vendent dans les marchés de Mamers sont jusqu’à trois et quatre lieues de distance de la ville.

Les débouchés les plus ordinaires et les plus favorables sont les routes de Bonnétable, de Bellesme, d’Alençon, et de Fresnay, soit pour les approvisionnement des marchés, ou pour l’exportation des denrées.

La ville de Mamers est traversée par quatre grandes routes qui pourraient faciliter de jour le commerce et la vente des denrées, si elles étaient en leur perfection. La grande route de Bonnétable est à la vérité praticable dans toute son étendue, mais elle est imparfaite  dans la partie la plus essentielle, c’est l’entrée de la ville. Dans l’état actuel il faut faire un détour assez considérable et toujours dangereux faute d’un pont pour communiquer à cette route. MM. les officiers municipaux ont eu l’honneur de présenter requête à M. l’intendant pour demander la construction de ce pont, et ils supplient MM. de la commission intermédiaire de vouloir bien mettre sous les yeux de l’assemblée provinciale, à qui cette partie de l’administration publique est confiée aujourd’hui, la nécessité urgente de cette construction ; elle est d’ailleurs constatée par le travail de M. l’ingénieur du département.

La route d’Alençon commencé à peu près dans le même temps est encore impraticable surtout dans la partie de la forêt de Perseigne ; les charrettes et les autres voitures y restent à chaque instant ; les conducteurs sont quelquefois obligés de les abandonner pendant la nuit avec les marchandises dont elles sont chargées, et ne les retirent qu’avec la plus grande difficulté, souvent même elles se brisent et les chevaux périssent ; on a eu que trop d’exemples de pareils accidents pendant le dernier hyver.

Enfin la route de Fresnay et à peu près dans le même état, elle n’est encore que tracée dans la plus grande partie, en sorte  qu’il est presque impossible de la fréquenter dans l’hiver. Le service des postes est interrompu sur ces deux routes dans la mauvaise saison, et le commerce en souffre considérablement.

23° Quels sont les objets de son commerce ?

Le principal objet de commerce de la ville est la fabrique de toiles qui s’importent dans la capitale et dans les autres villes du royaume ; la perfection des grandes routes serait de la plus  grande utilité pour la manufacture qui fait l’unique ressource de la classe indigente des habitants, en facilitant l’exportation des marchandises qui s’y fabriquent et en procurant l’abondance des matières propres à la fabrication.

Outre le commerce des toiles il vient de s’établir une manufacture  de dentelles communes depuis deux ou trois ans, sous la protection de M. l’intendant et qui peut devenir une branche de commerce intéressante pour la ville. Avant cet établissement les jeunes filles n’étaient occupées qu’à faire des bas de grosse laine et pouvaient, à ce faire, gagner six liards ou deux sols par jour. La fabrique de entelle leur procurera un bénéfice plus considérable et par conséquent ceux qui sont chargés de la direction de cet ouvrage méritent des encouragements.

On fabrique encore quelques pièces d’étamines semblables à celles du Mans mais en très petites quantités, cette partie du commerce a diminué depuis vingt-cinq ou  trente ans considérablement et on peut en attribuer la cause au luxe qui s’est glissé insensiblement dans toutes les classes des citoyens de la ville et des campagnes ; il serait à désirer qu’on put la faire revivre afin de  multiplier les moyens de procurer la subsistance d’un infinité de pauvres dont la ville est remplie.

24° Y a-t-il dans la paroisse des forges, verreries, poteries, tuileries, fayenceries, fournaux à chaux, moulins à papier, carrière, et en général quels sont les objets de commerce de la paroisse et qui pourraient exiger des débouchés plus faciles et des communications aux grandes routes ? 

Il n’y a dans la paroisse aucunes forges, verreries, poteries, tuileries, fayenceries, moulins à papier, ni mines. Il y a quelques  carrières de moellons de mauvaise qualité et deux fourneaux à chaux où il s’en fait une très petite quantité, encore se ressent-elle, de la qualité de la pierre, c’est-à-dire qu’elle ne peut résister à la  gelée, lorsqu’elle est employée à des ouvrages exposés au grand air.

Les objets de commerce en général sont, comme on l’a déjà observé sur la question précédente, la fabrique de toiles et le fil propre  à les fabriquer ; il se vend encore une assez grande quantité de bestiaux dans les foires et marchés, qu’on peut regarder comme les plus considérables de la province, surtout pour le commerce des bœufs, moutons et chevaux. Tous ces objets exigeraient la perfection des grandes routes pour établir une communication plus facile.

Il serait surtout bien important d’en ouvrir une nouvelle pour communiquer avec la Normandie par Mesle-sur-Sarthe. C’est par ce débouché particulièrement que les foires et marchés de Mamers augmenteraient en bestiaux, mais dans l’état actuel cette route est impraticable l’hyver. Le passage est même souvent intercepté dans le bourg de Blèves, distant de Mamers de deux lieues par les [… sic …] considérables de la rivière et le mauvais état des ponts. On a même été obligé depuis quelques jours de retirer des chevaux et des voitures avec des cordages à force de bras pour les empêcher d’être emportés par la violence et l’impétuosité des eaux. Des voyageurs ont été forcés de rester en ce bourg, malgré les affaires les plus pressantes qui les appelaient au Mesle, pour ce qu’il était impossible de passer sans s’exposer à périr.

MM. de l’assemblée provinciale de Lisieux se proposent de faire travailler incessamment à la partie de cette route qui les concerne, c’est-à-dire depuis le Mesle jusqu’au bourg de Blèves ; on supplie Messieurs de la commission intermédiaire de mettre sous les yeux de l’assemblée provinciale l’importance et la nécessité de cette réparation dans la partie de ce district, que la municipalité de Blèves ne manquera pas elle-même de demander.

L’approvisionnement des halle au bled exigerait encore des communications plus faciles en différents endroits. Les paroisses de Marolles, Monhoudou, Avennes, Moncé, Saint-Vincent et autres qu’on peut regarder comme les greniers qui fournissent nos halles, sont dans une position inaccessible ; dans l’hiver il est impossible dans cette saison de conduire aucunes voitures dans les chemins qui communiquent de ces paroisses avec Mamers, ni même des chevaux de charge.

La réparation de ces routes par le moyen de travaux de charité rétablirait une communication facile dans toutes les saisons et ferait naître l’abondance dans les marchés.

QUESTIONS GENERALES

25° Y a-t-il dans la paroisse des hospices ou hôpitaux, des sœurs pour les malades, des collèges, des maîtres ou maîtresse d’écoles ?

Il y a dans la paroisse un hôpital, des sœurs pour soigner les malades, et une autre destinée pour instruire huit orphelines de la ville, du ressort du baillage à  défaut de sujets de la ville. Ces orphelines y sont nourries et entretenues jusqu’à l’âge de seize ans.

Il y a une communauté de la Providence pour instruire gratuitement les filles pauvres, et une école chrétienne pour les garçons.

Il n’y a point de collège, ni de fonds destinés pour en établir, il n’y a même aujourd’hui dans la ville qu’un seul instituteur laïque pour commencer les jeunes gens, en sorte que les parents sont obligés de faire des frais considérables pour l’éducation de leurs enfants. Le défaut d’instruction publique ralentit bien des personnes, tant de la ville que de la campagne, qui procureraient  une éducation honnête à leurs enfants s’il y avait un collège dans la ville. Ils sacrifieraient malgré leur peu d’aisance le temps destiné pour le cours des classes s’ils n’étaient effrayés par les pensions qui sont au-dessus de leurs forces, et il arrive qu’après avoir envoyé leurs enfants pendant quelques temps chez un maître de latin, ils sont forcés de les retirer faute de moyens pour les envoyer au collège. On a même très souvent la douleur de voir des jeunes gens pleins de dispositions et qui annoncent les plus grands progrès dans les sciences, être obligés de se confondre dans les classes des artisans par le peu d’aisance de leur famille, et d’enfouir des talents qu’ils auraient pu développer dans la suite, pour le bien et l’avantage de leur patrie. Il serait donc de la dernière importance de procurer à la ville une instruction gratuite pour la jeunesse en établissant un collège. Les officiers municipaux se flattent que Messieurs de l’assemblée provinciale, convaincus de l’utilité d’un pareil établissement, trouveront dans la suite des ressources pour le former, et que Messieurs de la Commission intermédiaire voudront bien se joindre à leurs concitoyens pour réclamer un avantage aussi précieux.

26° Quelle est la nature de ces établissement, et l’état, à peu près, de leurs fondations ?

L’hôpital est fondé  par lettres patentes, et les premiers fonds de son établissement faisaient partie d’un léproserie connue sous le nom de léproserie de Saint-Jean, en la paroisse de Saint-Longis ; mais on peut dire qu’on n’a pas observé toutes les règles de l’égalité dans cette division ; en effet l’hôpital de Mamers ne possède pour tout fond provenant du partage qu’environ sept jours de terre et les droits de la foire de Saint6jean, qui se tient le 29 d’août, dans les champs qui avoisinent le lieu où était autrefois la léproserie qui porte aujourd’hui le nom de métairie St Jean ; ce dernier objet tomba dans le lot des habitants de Saint-Longis, et si on le compare avec la  portion de l’hôpital, on y trouve une lésion considérable. La métairie de Saint-Jean est affermée aujourd’hui au moins 800l, sans compter le pot de vin, qu’on n’aura pas négligé de tirer. Quel peut-être le  motif de cette disposition dans le partage qui se fit alors, c’est ce qu’il est difficile de pénétrer[2].

On connait encore moins pourquoi MM. les religieux de Saint-Vincent du Mans seigneurs de Saint-Longis, possèdent aujourd’hui cette terre et plusieurs autres objets dans la paroisse, qui peut-être faisaient également partie de la léproserie, ce qui devait servir au soulagement des pauvres malades de Saint-Longis comme ceux de l’hôpital sont employés pour les pauvres de Mamers. Ne serait-il pas possible de savoir à quel titre MM. les Bénédictins jouissent d’un patrimoine destiné pour les pauvres. Ne pourrait-on pas également si leur possession n’était pas valable faire revenir cet objet et le réunir à l’hôpital de Mamers, à condition de donner aux habitants de Saint-Longis, qui n’est éloigné que d’un petit quart de lieue de la ville, le droit d’y mettre leurs malades.

Les autres fonds proviennent des libéralités de différentes personnes qui, avant l’édit de 1749, les ont donnés à l’hôpital, mais ils ne sont pas à beaucoup près suffisants pour le nombre des pauvres de la ville ; l’ouverture des grandes routes en attire encore à chaque instants d’étrangers, et comme il ne se trouve que huit lits dans la chambre des hommes et pareil nombre dans celle des femmes ; le bureau d’administration s’est souvent vu forcé pour multiplier les secours dans les maladies épidémiques de doubler les malades dans les lits.

Mais outre la modicité des revenus et l’insuffisance de ce moyen l’humanité s’afflige en voyant réunis dans la même couche des malheureux qui par eux-mêmes ont presque toujours de la répugnance à entrer dans cet azile, et qui sont encore dans la triste nécessité de partager un lit de douleur où ils sont quelquefois témoins des derniers soupirs de leur voisin.

Il y a dans le même hôpital deux lits d’incurables de l’un et l’autre sexe, fondés depuis dix ans ; il serait à désirer qu’un pareil exemple put exciter le zèle des citoyens et procurer à la vieillesse et à l’infirmité de nouvelles preuves de bienfaisance.

La communauté de la Providence est fondées par lettres patentes du mois de janvier 1686, duement enregistrées. L’utilité de cet établissement pour l’instruction des pauvres surtout, exigerait des fonds plus considérables que ceux dont jouit la communauté et qui montent à peine à 500l de revenus. Les personnes aisées y trouvent également une éducation chrétienne pour leurs enfants et une retraite paisible à l’abry de toute critique par la conduite régulière qu’on y mène.

L’école chrétienne des garçons fut fondée en 1733 par M. Jean-B. de la  Perdrix, prêtre de la Congrégation de la Mission et depuis curé de la paroisse Saint-Paul dans l’^le Bourbon, et M. Louis Triger, conseiller du Roy, contrôleur au grenier à sel de Mamers ; leur intention était que cette école fut desservie par des frères de la doctrine chrétienne, mais comme les fonds qu’ils donnaient ne suffisaient pas pour les entretenir au nombre de deux ou trois pour donner les instructions convenables, ils déclarent qu’en attendant que les fonds soient augmentés, ladite école sera desservie par un ou deux maîtres ecclésiastiques ou laïques qui seraient choisis par le sieur curé actuel et ses successeurs, du consentement des donateurs pendant leur vie et ensuite par le sieur curé seul.

27°Le forme des administrations de ces établissements ?

L’hôpital d Mamers est administré par un bureau conformément à la déclaration du 12 décembre 1698, qui serte de règlement général pour les hôpitaux qui n’en ont point de particulier.

La communauté de la Providence est gouvernée et administrée par une supérieure choisie dans sa maison et approuvée par M l’évêque, et le nombre de s filles qui s’associent à cette communauté ne peut excéder celui de douze.

L’école chrétienne des pauvres garçons est administrée par le sieur curé seul,suivant l’acte de fondation.

28° Y a-t-il dans la paroisse quelques établissements ecclésiastiques tels que couvents d’hommes ou de femmes ?

Outre la communauté de la Providence qui donne gratuitement l’instruction publique aux pauvres, il y a encore une communauté de la Visitation où on peut placer les enfants à la sortie de la Providence.

MENDIANTS ET BUREAUX DE CHARITE

29° Y a-t-il beaucoup de mendiants ?

Il y a au moins mille pauvres mendiants dans la ville, sans compter u grand nombre d’artisans qui sont obligés d’aller mendier dans les campagnes les fêtes et dimanches, faute de trouver dans leur travail de quoi faire subsister leur famille.

30° Sont-ils de la paroisse ? s’ils n’en sont pas, de quelle paroisse ou canton viennent-ils principalement ?

Le plus grand nombre des mendiants est de la ville, et les autres viennent des paroisses voisines, surtout celles qui sont limitrophes de Bellesme et de Perseigne.

31° A quoi peut-on évaluer ce qu’ils reçoivent par an dans la paroisse, en argent, pain ou autres denrées ?

 On ne peut pas évaluer ce que reçoivent les mendiants chaque année dans la ville, soit en argent, pain ou autres denrées.

32° Quels seraient les meilleurs moyens d’empêcher de mendier ?

Un des meilleurs moyens d’empêcher la mendicité dans la ville serait d’établir un bureau de charité, afin de distribuer les aumônes aux pauvres, qui en ont réellement besoin et de forcer au travail ceux qui trouvent aujourd’hui dans la charité faite sans discernement de quoi entretenir leur oisiveté et leur fainéantise.

33° N’y a-t-il point de bureau de charité déjà établi dans la paroisse ? N’y aurait-il point moyen d’en établir un ? Quels seraient les ouvrages auxquels on pourrait employer les pauvres de la paroisse ? N’y aurait-il point déjà dans la paroisse des revenus destinés au soulagement des pauvres ?

Un établissement de cette espèce serait très facile ; on trouverait des dames qui se chargeraient volontiers de distribuer les aumônes sous l’administration du bureau ; mais on pense que les secours que l’on tirerait de la ville ne seraient pas suffisants pour empêcher la mendicité ; le nombre de pauvres est trop considérable, et s’ils n’avaient pas la ressource des campagnes où la plupart trouvent du pain de quoi s’en faire subsister une partie de la semaine, ils seraient réduits à périr de faim.

Le seul travail dont s’occupent les pauvres est la fabrique de la toile ; mais un père de famille chargé de cinq ou six enfants, peut-il les faire vivre en ne gagnant que douze ou quinze sous par jour, c’est cependant là où se borne communément le fruit de sa journée.

Il y a environ quatre-vingt livres de rentes destinées et léguées pour le soulagement des pauvres. C’est M. le curé qui a été chargé par les actes de fondation de faire lui-même la distribution. Il y avait autrefois une somme plus considérable, mais le surplus se trouve aujourd’hui perdu par des reconstitutions faites sur les personnes insolvables.

Outre cela MM. les Religieux de Blois sont obligés de faire distribuer aux pauvres de la ville la quantité de cent trente-six boisseaux de mouture par an, et cette distribution se fait en pain de quinzaine en quinzaine, depuis la Saint-Martin d’hyver jusqu’à la Saint-Martin d’été, c’est-à-dire jusqu’au mois de juillet.

Fait et arrêté par nous officiers municipaux de la ville de Mamers, le 30 juillet 1788.

Maignée, maire    Chartrain, Lieutenant du maire

Triger, échevin                    Malé, assesseur  

Odillard, procureur du Roy     Tréboil, receveur

Viellageux, contrôleur »[3]



[1] Selon le Règlement fait par le roi pour la formation et la composition des Assemblées qui auront lieu dans la généralité de Tours, en vertu de l’édit portant création des assemblées provinciales. 18 juillet 1787, l’assemblée provinciale du Maine était composée de 8 membres nommés par le roi, 8 par l’assemblée générale de la province de Tours ( composée des assemblées de Touraine, d’Anjou et du Maine, assemblée provinciale qui comptait dans ses rangs : l’abbé Marquis Du Castel curé de Marolles-les-Brault, doyen du Sannois ; et Pelisson de Gennes, lieutenant-général de Mamers ) et 16 choisis par les 8 premiers. Cette assemblée du Mzine ne siégea que du 10 octobre au 24 octobre 1787 puis elle céda sa place à une commission intermédiaire, mais avant elle divisa la province du Maine en 16 districts dont celui de Mamers comportant 47 paroisses et présidé par M. d’Aillière.

[2] Ce partage eut lieu le 11 février 1553, entre les deux paroisses de Mamers et de Saint-Longis.

[3] Document extrait de Gabriel. FLEURY. La ville et le district de Mamers durant la Révolution ( 1789-1804). Mamers : imprimerie Fleury, 1909. Tome 1.