1.1789-1790 : adhésion du clergé paroissial au nouveau cours de la chose publique ( première partie ).

1En 1789 et 1790, d’une façon générale dans le futur département de la Sarthe comme un peu partout en France, l’immense majorité du clergé suivit le mouvement de transformation du royaume.

Juin 1789 ralliement au Tiers-Etat.

Parmi les premiers curés ayant rejoint l’assemblée du Tiers-Etat avant le 19 juin 1789[1] figurait, dès le 16 juin, L. Berthereau de Teillé[2]. A cette occasion ce dernier déclarait :

« Intimement convaincu que les communes sont fondées à demander une vérification commune, je m’empresse de leur présenter mes pouvoirs, je n’ai vu dans ma qualité de pasteur que des raisons multipliées de m’unir plus étroitement aux malheureux et de concourir aux moyens les plus efficaces de pourvoir à leur soulagement »[3], discours vivement applaudi.

Des réticences très minoritaires dès l’été 1789.

 Le chanoine Neveu de la Manouillère dans ses mémoires évoquait la nuit du 4 août et le 30 du même mois il espèrait encore que « […] tout cela n’aura pas lieu […] » et s’étonnait qu’un Te Deum soit chanté pour si peu de chose. Mais cette critique n’était pas exprimée au grand jour, seulement dans le secret de ses mémoires non publiées.

Le curé de Brûlon notait dans les registres paroissiaux à propos du port de la cocarde durant l’été 1789 et surtout au cours de la « grande peur » : « […] il n’y aurait pas eu de sûreté de ne pas suivre l’exemple ; les prêtres mêmes ont été obligés de la mettre à leur bras gauche […] ». Cependant ce curé ne se montrait pas du tout opposé au nouveau cours des choses comme nous allons le voir bientôt.

Le curé de Mareil-sur-Loir écrivait quant à lui que « […] les prêtres et religieux n’en furent pas exempts [du port de la cocarde] et furent obligés de se conformer à toute la nation, sans quoi ils auraient pu être inquiétés. […]»[4]

  • Bénédictions des drapeaux des futures gardes nationales.

Nombreux furent également les curés de paroisse à bénir durant la seconde moitié du mois de juillet 1789 les drapeaux des milices bourgeoises qui virent le jour un peu partout. Cet acte ne pouvait que traduire une adhésion au nouvel ordre des choses.

Ce qu’exprimait sans ambages Etienne Beucher, curé de Brûlon lorsqu’il dressait le portrait suivant des défenseurs de l’Ancien Régime :

« […] il faudrait faire une boucherie de tous les Français, si l’on voulait faire une contre-révolution et remettre les choses sur l’ancien pied. Il ne faut rien moins qu’une pareille disposition pour arrêter la fureur de tous les anthropophages, qui s’engraissaient du sang des malheureux et qui enragent de voir qu’on leur arrache leur proie. Craignant d’éclater, ils trament sous-main ; et il n’est ruses, ressorts et moyens plus iniques qu’ils n’auraient mis et qu’ils mettent en usage, pour parvenir à leurs fins. C’est ce que l’on découvrira et ce que l’histoire transmettra à la postérité. On y verra les accaparements de blé, par lesquels ils ont mis la famine en toute la France, quoiqu’il y eût du blé pour dix-huit mois. On verra les libelles répandus dans le peuple, pour le tromper et le porter à la révolte. A la vérité une partie ont pris la fuite ; mais il y a encore un grand nombre dont on se méfie et avec raison. Dieu daigne dissiper leurs desseins et amener la France à une heureuse régénération. »[5]


[1] Date à laquelle la majorité de l’assemblée du clergé se ralliait au Tiers – et aussi date à laquelle le roi fit fermer la salle des Menus Plaisirs suite à la séance du 17 juin au cours de laquelle l’assemblée du Tiers se proclame assemblée nationale.

[2] Un des 4 curés élus par l’assemblée du clergé du Maine avec l’évêque François-Gaspard de Jouffroy de Gonsans seul élu du haut clergé.

[3] Gazette nationale ou Moniteur universel, n° 8 du 15 au 16 juin 1789.

[4] Pour le cas de Mamers et du Saosnois voir mon blog historique l’article portant sur les folles journées que connut la ville du 19 au 23 juillet 1789, journées aux cours desquelles le port de la cocarde tricolore fut « imposé » : http://www.nogentrev.fr/archives/2016/04/22/33864142.html.

[5] H ; ROQUET. « Les observations du Me Beucher, curé de Brûlon ( 1767- 1791 ). » In La Révolution dans la Sarthe. 1929. Tome XXIV, page 44.Ces observations ont été annotées en marges des registres paroissiaux.