Le mardi 11 août 1789, se tenait une assemblée générale des habitants[1] de Mamers afin de rédiger une adresse de félicitation à l’assemblée nationale pour ses travaux. L’assemblée commençait par la lecture des décrets adoptés le 5 du même mois suite à la fameuse nuit du 4 au 5 qui aboutit à l’abolition de privilèges et aux rachats des droits seigneuriaux.

Ce qui est intéressant dans cette adresse c’est la reconstitution brève des événements qu’avaient connu Mamers entre le 19 et le 23 juillet précédant ( voir l’article de ce blog ici ) ainsi que certains passages, finalement rayés, qui nous apprennent que les Mamertins avaient taxé le prix du sel et que en ce début août les droits d’aides n’étaient toujours pas payés contrairement à ce qu’avait décidé l’assemblée du 23 juillet.

Cette adresse adoptée, il fut décidé de l’adresser à Necker ( décidément en odeur de « sainteté » chez certains Mamertins ) par l’entremise de Pélisson de Gennes qui était lui aussi encensé pour son action au cours de ces journées qui serait recensés dans un mémoire également expédié à Necker.

 

« [ En marge à gauche au milieu du feuillet 5 verso :

216

Compliment à

L’assemblée nationnalle ]

Aujourd’hui mardi onze aoust mil Sept cent quatre vingt neuf.

Les habitants de la ville de Mamers Capitale du Sonnois ancien patrimoine d’henry 4 au Maine Se Sont aSsemblés à L’hotel commun de ville Sous La presidence du comité de Sureté pour y prendre communication de L arreté de Nos Seigneurs de LaSsemblée nationale du Cinq de ce mois

penetrés d’un Saint respect pour L’aSsemblée auGuste qui S’occupe de La rèGèneration de La Liberté Françoise, Les habitans de mamers n’avoient oSé porter jusqu’à Ses pieds L’hommage de leur Sensibilité et de Leur reconnoiSsance, La Crainte de prendre Sur Les Moments precieux  de l’aSsemblée Nationale Les reduisoit a admirer La noble fermeté Le perSeverance La Sublimité et L’excellence des Vues et des principes qui ont operé La réunion des trois ordres ; ils reGardoient cet heureux eVénement comme Le présage du Bonheur des françois Lorsque La retraite Subite du ministre CitoYen dont Les opérations ont preparé L’annéantiSsement du deSpotisme ministeriel ; Le recit aFFreux des Malheurs qui ont menacé Les têtes Sacrées des deputés ont porté L’allarme dans tous les Cœurs et Les ont fait frémir d’horreur, un juste transport Le cri de L’indiGnation a ranimé Le Courage des CitoYens que L’habitude d’obeir auX ordres ministeriels tenoit enchainés. Les habitans de Mamers ont pris Les armes pour Combattre Les ennemis de L’etat et Chaque CitoYen a protesté de VerSer Son SanG pour La Patrie pour La deffense des anciens droits de La Nation pouR L’entiere éxecution et Le parfait accompliSsement des decrets de L’auGuste aSsemblée qui a donné a toute La terre L’exemple d’une fermeté inébranlable ;

C’est au Zele infatiGable des nouveaux depositaires du pouvoir de La Nation qu’est du Le Salut de Letat, Le Bruit presqu’ univerSelement repandu repandu [ sic ] presqu’en un instant que Les Restes epars des enemis de La Liberté françoiSe parcourroient Les provinces pour Les RavaGer a Fait recourrir auX armes ; La Ville de Mamers a Compté dans Son Sein dans L’espace de Vingt quatre heures armés plus de Vingt mille hommes armés prêts a Sacrifier Leurs biens pour La deFFense de L’etat avec L’espoir d’un plus Grand Grand [ sic ] sil eut été neceSsaire  prets a Sacrifier Leurs biens pour La deffense de L’état.

Ce patriotiSme est deVenu La premiere CauSe de La fermentation qui reGne enCette Ville tranquille Jusqu’alors, malGré La cherté des Grains # [ pas de rajout ] a La Crainte ont Succedé La Licence et L’anarchie Suite presqu’ineVitable mais momentannée du deSpotiSme terraSsé ; une partie du peuple S’est Soulevée Contre Les impôts, le public a demandé et exiGé Le Sel a Six Sols La Livre et La perception des droits La perception de quelques impots

 6.e

d’aides eSt deVenue presque nulle malgré L’arresté fait Dans Une aSsemblée Genetale de Cette Ville le Vingt trois Juillet d.er de Continuer Le payement des impots Conformément au decret enerGique  et Salutaire de L’aSsemblée Nationale du 17 Juin d.er

Le Genie bienfaisant qui anime tous Les membres de L’aSsemblée Nationale qui met touJours Le patriotisme a La place de L’amour propre et de L’eGoiSme Vient de donner a tous Les  francois Les plus flateuSes experances.

L’arrêté du Cinq de Ce mois a mis Le Comble a L’admiratioN, La Sensibilité de tous Les CitoYens S’est manifestée des L’armes [ sic ] de Joye ont annoncé Leur reconnoiSsance et des Cris de Vive Le Roy  Vive L’aSsemblée Nationale en ont été Le Libre temoiGnaGe.

Jamais Le RoY ne fut plus cher a La Nation, Jamais il ne fut plus grand ; au Milieu des etats Il est Le Soleil dont Les raYons portent La Lumiere partout eclairent L’univers et developpent Le Germe du bonheur.

Dans Ce moment fortuné ou L’aSsemblée nationale de Concert avec Notre auGuste Monarque Vient de reGenerer La Liberté françoiSe Les habitans de Mamers ne peuvent ConSacrer plus diGnement Les premiers [ mot surchargé ] instants de Cette Liberté qu’a oFFrir A L’aSsemblée Nationale Le juste tribut de Leur reconnoiSsance ; ils uniSsent Leurs VœuX a Ceux de toutes Les Villes du Royaume ils declarent unanimement que fidelles auX LoiX de L’honneur et du devoir ils Garderont et observeront tout Ce qui Sera decreté par L’aSsemblée Nationnalle ; ils font Le Vœu Le plus Solennel de Le faire  Garder et obServer par tous Leurs ConcYtoyens qui pourroient avoit de vœux Contraires, de pourSuivre et arrêter Les ennemis de L’etat et de Les remettre Surement Sous Les YeuX de Leurs Juges ; ils ont a Cet effet formé proviSoirement une milice, il faut esperer que L’aSsemblée Nationale occupée des moyens de faire Succeder La Subordination a Lanarchie, donnera une loi precise pour La formation definitive Et la police de ces etabliSsements que Les circonstances rendent NeceSsaires, Et cependant en tout ils Soummettent leurs volontés aux decrets de l’aSsemblée nationale qu’ils regardent comme Les Loix Sacrées de la Monarchie et de la liberté francoise.

il a Eté arreté que La presente delibération demeurera deposée  auX archives de L’hotel de ville Et que L expedition en Sera adreSée a NoSseigneurs des Etats generaux # par les bons Soins de M. peliSson de gennes lieutenant general de police de cette ville et premier Deputé Suppléant de la province du maine.

il a Eté en outre arrêté Sur la motion de plusieurs citoyens et a L’unanimité des Voix, qu’il Unanimement Sur la Motion de plusieurs citoyens qu’il Sera dreSsé# [ rajout en fin de § : # par MM. Duprey et Hardoüin, Sur les notes et renseignements qui leurs Seront administrés par Les habitants a raison de leurs connoiSsances ] un Mémoire Expositif des faits Et des de tout ce qu’ont fait M.peliSson de gennes +++ [ rajout en fin de § : +++ et MM. les officiers tant de police que municipaux ] pour [ deux mots rayés non déchiffrés ] Maintenir la paix dans La ville Et La tranquilité dans Les Marchés, Et Que ce mémoire Sera adressé a M. Neker directeur general des finances comme un Monument de le reconnoiSsance de tous les citoyens.

Fait et arreté Ledit jour Et ont Signé Sans distinction de rang ni de preséance un grand nombre de citoyens de tous etats de tous rangs et de toute profeSsion. Vingt neuf Mots rayés comme Nuls, et deux lignes. »[2] 

Suivent une petite quarantaine de signatures couvrant la moitié du feuillet 6 au verso et l’extrémité supérieure du feuillet 7 au recto.

 

89-08-11


[1] Décision prise lors d’une assemblée tenue le 23 juillet précédent. L’assemblée générale de ce 11 août était relativement clairsemée, nous n’avons compté qu’à peine une quarantaine de signatures ce qui était peu. D’autant qu’il n’était pas fait mention de présents ne sachant pas signer ce qui était fait lorsque le cas se présentait.

[2] AD 72, 1 MI 1343 ( R 130 ).