Délibération de la municipalité de Nogent-le-Rotrou du 3 germinal de l’an III, jour des asperges dans le calendrier républicain (lundi 23 mars 1795).

La municipalité entendait le récit fait par le citoyen Petibon, chef de l’atelier des salpêtres de la commune, sur les événements survenus ce jour. Un attroupement de femmes avait confisqué les clés de l’église Notre-Dame pour les confier au citoyen Proust, employé à l’administration du district, en lui interdisant de les remettre audit citoyen Petibon tout en exigeant que l’église fut vidée pour la fin de la décade. Le conseil général de la commune ordonnait que les clés de l’église Notre-Dame (atelier de salpêtre de la commune) furent remise au chef de l’atelier de salpêtre de la commune et qu’il poursuivit ses fonctions.

Suite à la comparution des citoyens David et Fauveau, membre de l’administration du district et secrétaire de celle-ci, la municipalité pris de mesures plus fermes : réquisition des gendarmes et cavaliers stationnés à Nogent  et de quarante gardes nationaux choisis parmi les «[…]citoyens aisés, Paisibles, Fermes Et amis de l’ordre[…]» afin d’assurer le maintien de l’ordre, de protéger l’administration du district et plus particulièrement d’empêcher le «[…] Pillage Et Perdition grand Nombre de minutes Etpapiers déposés a cette ad.on Etqui interressent directement les Fortunes Et proprietés, […]».

gendarmes 2

 

« n.° 10 gp.

aujourd’hui trois germinal an troisieme dela République Francaise une Et indivisible

Enl’aSsemblée Permanente du conseil général de Nogent le republicain cidevant le Rotrou tenüe Publiquement.

Est comparú le citoyen Petibon chef de l’attelier du Salpatre [sic] etabli en cette Commune lequel a Fait le Rapport Suivant : citoyens, vous avés connoisance des rassemblements qui ont Eut lieu cejourd’hui  En cette cité : le motif, vous le connoissés aussi : Par Suite de leur inconvenients arbitraires cet attrouppement de Femmes S’est porté, ala Sortie dudistrict, ala Salpetriere, S’est Saisi des clefs de l’Eglise, les a Remises au citoyen Proust Employé al’administration, avec déclaration Exprêsse de Ne me les Pas Remettre, ajoutant qu’elles n’accordoient que le courant de laprésente décade Pour vuider l’Eglise Et que cedelai Expiré elles agiroient En conséquence : de Retour a la Salpetriere jai ordonné aux ouvriers Employés a cet attelier d’aller travailler a celui de l’aumone[1] pour le l éssivage des terres : Jattends votre jugement Pour agir : ordonnés Et j exécuterai.

Le conseil général déliberant Sur le Rapport cidessús considerant que dans un moment ou la malveilance [sic] Egarée multiplie ses Efforts Et Porte l’arbitaire criminel a Sondernier Periode [sic] ; le magistrat doit Se prononcer d’une maniere Ferme mais prudemment temperée : considerant Enfin que ladestruction Purement inutile de l’attelier de Salpetre dont la perte evidemment irréparable infamant cette cité auprejudice de laquelle Seule elle tourneroit, détruiroit encor une Portion de Nos moyens defense les plus assurés, l’agent National entendú, arrête que les clefs de laSalpetrerie [sic] Seront Sur le champ Remises audit citoyen Petibon ; lequel Sera tenú de continuer Ses travaux, Sauf Par lui en cas d’evenements majeurs aSeretirer Et Faire acette commune Rapport de la violence quil appréhende lui devoir etre Faite : EtPour l instruire du Présent Prononcé le conseil general arrete Enfin qu`expédition lui enSera dans le jour adresée Pour Par lui S’yconformer dont acte.

Sont aussi comparús les citoyens David[2] administrateur Et Fauveau Sécretaire du district lesquels après avoir Exposé les violences Et les Excés commis cejourd’hui al’egard deladministration Par un attrouppement de Femmes Egarées. Et manifesté au nom de leurs collegues les justes craintes Et le danger que Présageoit la continuité Presquindubitable de Semblables Rassemblements Séditieux ont demandé au conseil général quil avisat dans Sa Sagesse EtSa prudence aux moyens de Prevenir les effets Funestes de ces ameutements Et mit cette administration Sous la Protection Et Sauvegarde des loix.

Le conseil genéral Partageant la Position critique dans laquelle Se trouve reduite l’administion de ce district Et que l’incertitude allarmante del’avenir rend EncorPlus cruelle, considerant que le Maintien de l’ordre Et delatranquillité Spécialement confié aux autorités municipales Réquiert impérieusement Et commande leur Responsabilité de metre a Exécution les voïes de Représentation, de conseïl Etdouceur, l’agent National entendú, arrête qu’il Sera à l’instant Fait, au nom dela loye Et delatranquillité Publique, injonction Et Réquisitiore ala gendarmerie Et ala cavalerie Stationnés en cette commune de Se trouver demain huit heures du matin Et jours Suivant Sile Besoin l’exige a laporte delad’ministratioŋ [sic] de cedistrict Pour empecher les attrouppements, d issiper les mouvements tumultueux Parler le langage delapaix, dela concorde Etdela Fraternité, Et organiser, autant que Sera Possible lunion Et lharmonie, arrete en outre que Pour donner Plus de Force ala loye EtSoustraire au Pillage Et Perdition grand Nombre de minutes Etpapiers déposés a cette ad.on Etqui interressent directement les Fortunes Et proprietés, les commandants desdeux Bataillons delagarde N       ationale. Seront Pareillement commandés Et Requis Sous leur Résponsabilité individuelle, de commander Et Requerir collectivement ou chacun dans leur Bataillon Réspectif, quarante citoyens aisés, Paisibles, Fermes Et amis de l’ordre Pour Se joindre auxdits gendarmes Et cavaliers, Se concerter ensemble Et Exécuter Ponctuellement ceque laprudence Et le maintien du Bon ordre Etdelatranquillité Publique Prescriront. dont acte.

Beaugas lainé   J C Joubert   Beaugas Lejeune    P.re Lequette

                                                                                Ag.t nl delaC

Beuzelin       G salmon     L ferré                          J Sortais

       Pi Chereault                                               j gautier

jjallon ainé   Boisard Lainé    gpetibon                   Caget

             roger le Comte              Boisard Lainé

   Beuzelin        Tison                ferré Bacle              Tarenne 

                          S.re»[3]

 

Vue 1

Vue 2


[1] La chapelle Saint-Jacques de l’aumône desservant l’hôtel-Dieu et actuelle église Notre-Dame.

[2] Président de l’administration du district, nommé comme membre du district le 5 floréal an II (26 novembre 1793) à la place de Brière :

Arrêté du 5 frimaire an II (25 novembre 1793) par lequel le représentant en mission Thirion épure les autorités constituées de Nogent-le-Rotrou !« Après avoir assisté à la discussion qui a eu lieu à la société populaire de Nogent – le – Rotrou sur la conduite de la politique des différents fonctionnaires publics de ce district.

Considérant que plusieurs d’entre eux ont absolument perdu la confiance publique, soit par leur modérantisme et leur correspondance suivie avec des membres de la Convention du côté droit qui depuis ont été mis hors la loy, soit par leur peu de délicatesse dans l’administration et notamment dans la vente du mobilier des émigrés ;

Considérant en outre qu’il importe de faire cesser au plus tôt la mésintelligence qui règne entre les divers fonctionnaires, en raison de leur diversités d’opinions, et de leur conduite politique avant et après le deux juin dernier ; voulant favoriser ceux qui constamment ont marché de concert avec le peuple et la Société Populaire, et de mettre fin à la lutte qu’ils ont été trop longtemps obligés de soutenir contre des principes opposés […] ».

Furent destitués de leurs poste au sein du district, outre Berroys, Brière, bourgeois de Nogent – le – Rotrou que Thirion considéra comme démissionnaire et R. Freulon, habitant La Bazoche – Gouët qui lui aussi était considéré comme démissionnaire.

Le district était alors aux mains de membres de la Société populaire dont  une bonne partie y siégeaient déjà comme élus ( Procureur – syndic : J. J. Beaudoin, apothicaire à Nogent – le – Rotrou, nommé par Thirion ; Directoire : Boucher – des – Marais, ancien membre du comité de surveillance, nommé par Thirion et destitué par le représentant du peuple en mission, Bernier, le 18 floréal an III ( 7 mai 1795 ) puis mis en état d’arrestation ;  David, maire de Margon maintenu à son poste par Thirion ;  Delorme maintenu à son poste par Thirion, remplacé par Benoît Menou, habitant d’Authon, provisoirement le 21 floréal an II (10 mai 1794 ), puis définitivement le 7 brumaire an III (28 octobre 1794 ), Menou fut destitué par Bernier le 18 floréal an III. ; Alleaume maintenu à son poste ).

Thirion ne procéda à aucune épuration au sein de la municipalité de Nogent.

David, comme beaucoup des membres de l’administration du district, fut destitué le 18 floréal an III (7 mai 1795) par le représentant en mission Bernier.

[3] Archives municipales de Nogent-le-Rotrou, 1 D3.