An 3 An 4

Paragraphe d'introduction du troisième registre des délibérations municipales de la commune de Nogent-le-Rotrou.

 

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 Feuillet premier [numéro absent, le coin droit en haut étant déchiré]

« Registre Servant a jnscrire les actes, déliberations Et procés Verbaux du conseil général dela Commune de Nogent le Republicain c[feuillet déchiré] le Rotrou departement d’Eure Et loir commencé le dix Neuf ventoSe an trois[1] dela République Francaise Contenanr 188[nombre ajouté par une seconde main à la mine]--------------------------

Feuillets Cottés Et Paraphés par Nous Sousignés gilles Petibon premier officier municipal Et Faisant pour la vacance du maire

a Nogent le Republicain le dit Jour dis neuf ventoSe an troisieme de la République Francaise une Et indivisible Et Démocratique

Gsalmon  j gautier                                    g.petibon

Pi Chereault              fouquet         BeuZelin         j jallon

                                      Beaugas lainé             j Sortais»[2]

 


 

Le second registre des délibérations de la municipalité se termine à la date du 12 mars 1794. Il y a un donc un « trou » de 1 an correspondant à une très grande partie de l’an II et sans aucun doute à l’équivalent d’un registre entier.

En fait c’est le second « registre » manquant dans les archives municipales de la ville, nous avions déjà constaté la disparition du registre couvrant la fin de l’année 1791 et la majeure partie de l’année 1792, période durant laquelle le futur conventionnel Chasles (montagnard s’il en fut) était maire de Nogent.

Nous expliquions ce manque par l’action « éradicatrice » d’un neveu de Chasles élu très conservateur sous Louis-Philippe. Il est fort possible que la disparition du recueil délibératif couvrant une partie de l’an II ait une origine similaire.

Vous trouverez ci-dessous ce que j’écrivais à propos de la disparition du registre 1791-1792 :

Les archives concernant la période où Chasles fut maire de Nogent-le-Rotrou ont toutes disparu : un registre[3] de délibération de la commune manquant correspondant à la période durant laquelle Chasles fut maire. De même aux archives départementales les traces de Chasles sont on ne peut plus ténues (aucune archive de la Société des Amis de la Constitution de Nogent, ni de la Société Patriotique, dirigée par Chasles, qui succéda à la première à partir de l’été 1971, alors que la société populaire d’Authon-du-Perche est assez bien documentée, même si pour l’historien il manque toujours un document ou une notation qui permettrait d’aller plus loin dans la connaissance du passé). Ce « trou » dans les archives n’est pas un effet du hasard mais bel et bien celui d’un « nettoyage » consciencieux. Il s’agit probablement d’un acte délibéré de la part du neveu de Chasles, Adelphe Chasles, député conservateur, au cours des années 1840. Ce dernier fit sans doute disparaître officiellement tout document pouvant mettre en lumière le passé révolutionnaire d’un oncle pour le moins « gênant »[4]. M. Jusselin, ancien archiviste d’Eure-et-Loir, mit à jour, dans les années trente du siècle dernier, un arrêté du préfet du département[5] en date du 25 février 1840, ainsi formulé :

« ARTICLE PREMIER. Une commission de cinq membres est instituée à l’effet d’examiner les papiers et registres que l’archiviste jugerait à propos de distraire du dépôt pour les vendre comme inutiles ou dont les particuliers demanderaient la remise, comme ayant un rapport à leurs intérêts privés sans être d’aucune utilité pour le département.[6]

 « ART. 2. Cette commission sera composée ainsi qu’il suit : MM. DE SANTEUIL, conseiller secrétaire général,  président ; d’AVELON, directeur des domaines ; CHASLES aîné[7], chevalier de la légion d’honneur ; BENOIT jeune, suppléant près le tribunal civil ; LEJEUNE, bibliothécaire de la ville de Chartres. »

Cet arrêté faisait référence, dans son préambule, à une circulaire ministérielle dans laquelle il n’était pas fait mention de la remise de documents aux particuliers. Selon M. Jousselin, cet intérêt soudain pour effacer le passé « révolutionnaire » de certains ancêtres aurait été dû à la montée des idées socialistes[8], c’est possible, mais pour nous cet acte fut, sans doute, plutôt justifié par le renouveau des études sur le passé révolutionnaire proche qui commençaient à se multiplier[9] (les deux justifications pouvant d’ailleurs parfaitement se compléter).

Cet arrêté ne concernant que les archives départementales, le préfet adressa à tous les maires la lettre ci-dessous, datée du 15 juin 1841 :

« M. le Ministre de l’Intérieur, pour satisfaire au vœu exprimé par la commission des archives départementales et communales , a chargé M. Chasles, député et membre de cette commission, de visiter tous les dépôts d’archives de quelque importance, existant dans le département d’Eure-et-Loir.

Je vous prie, M. le Maire, de prendre les dispositions nécessaires pour que M. Chasles trouve, soit dans les archives de votre mairie, soit dans celles des hospices de votre commune, toutes les facilités désirables pour l’accomplissement de sa mission. »

Nous ne saurons jamais si la disparition des archives nogentaises concernant notre « héros » est bien l’œuvre de son neveu mais elles ont bel et bien disparu, il faut avouer qu’il est difficile de ne pas avoir quelques doutes. Peut-être un jour resurgiront-elles de greniers familiaux !



[1] Soit le lundi 9 mars 1795.

[2] Archives municipales de Nogent-le-Rotrou 1D3, feuillet 1 recto.

[3] En fait les registres de délibération de la commune de Nogent-le-Rotrou ne commencent qu’au 20 septembre 1790, il semble bien manquer quelques délibérations qui ont précédé cette date. Espérons les retrouver un jour ! Outre le registre des délibérations de l’année où Chasles fut maire manque également celui couvrant la plus grande partie de l’an II.

[4] Voir sur ce point : M. JUSSELIN. L’Administration du Département d’Eure – et – Loir pendant la Révolution. Chartres, 1935. Pages 6 – 8.

[5] M. de Villeneuve.

[6] Souligné par nous.

De nos jours, cet article ne peut que faire bondir d’indignation tout archiviste ou historien même si, sans être naïf, nous nous doutons qu’un certain nombre de documents a été « perdu » à des époques variées et diverses, mais il est plutôt rare d’en avoir une preuve aussi flagrante et que cela se fasse avec une telle franchise, en toute bonne conscience, dans l’intérêt des « familles » !!!

 

[7] Il ne s’agit pas du fils de notre abbé Chasles, le critique littéraire Philarètre, mais de son neveu, Henri, Lubin, Adelphe, comme nous l’avons déjà précisé.  Ce dernier fut notaire à Paris sous la Restauration. Sa santé l'ayant forcé de quitter les affaires, il accepta, après la révolution de Juillet, les fonctions de maire de sa ville natale, Chartres.  Il fut député conservateur de 1836 jusqu’en 1848. Il vota toujours avec le ministère. Adelphe Chasles fut président du Conseil général du département d'Eure-et-Loir où il siégea à côté de son père.

         Pour de plus amples renseignements, voir site de l’assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=18009

[8] Notamment par la montée d’un mouvement néo-babouviste fort bien étudié par Alain Maillard (La communauté des égaux, le communisme néo-babouviste dans la France des années 1840. Paris : éditions Kimé, 1999). N ’oublions pas que Philippe Buanarroti avait fait paraître une histoire de la conspiration des égaux, de Babeuf, en 1828, ouvrage ayant connu un succès important (Philippe BUANARROTI.Histoire de la Conspiration pour l’égalité, dite de Babeuf. Bruxelles, 1828).

[9] Durant les premières années de la restauration les ouvrages traitant de la Révolution étaient plutôt des pamphlets condamnateurs que de véritables ouvrages historiques. La situation change par la suite avec la multiplication d’œuvres moins systématiquement engagées et surtout plus « scientifiques » : Bouchez et Roux commençaient à publier leur Histoire parlementaire de la Révolution française en 1834 ; Adolphe Thiers avait publié l’Histoire de la révolution française  de 1823 à 1827 ; L'historien libéral François-Auguste Mignet fut le premier à donner une signification sociale à la Révolution française dans son Histoire de la Révolution française de 1789 jusqu'en 1814, éditée en  1824 . ; De l’Allemagne et de la Révolution, d’Edgar Quinet, sortait en 1832 et  Le Christianisme et la Révolution française en 1845 ; Michelet avait fait paraître, en 1833, un Précis de l'histoire de France jusqu'à la Révolution avant de publier le tome premier de  son Histoire de la Révolution française en 1847 ; Lamartine publia son Histoire des Girondins en 1847-1848, l'auteur socialiste démocrate Alphonse Esquiros faisait paraître Charlotte Corday, en  1840, et l’Histoire des Montagnards, 1847 ; Louis Blanc son Histoire de la révolution à partir de 1847.