Délibération de la municipalité de Nogent-le-Rotrou du 27 ventôse de l’an III, jour de la sylvie dans le calendrier républicain (vendredi 17 mars 1795).

La municipalité de Nogent était entièrement occupée à des affaires religieuses.

Dans un premier temps, l’agent national, Pierre Lequette, faisait état de la poursuite du mouvement de femmes de la ville pour la reprise du culte catholique. La veille à deux heures de l’après-midi, donc le 16 mars 1795, une « foule » de femmes, sans doute les mêmes que les jours précédents[1], étaient venues lui demander la restitution d’une statue de la vierge de la chapelle des capucins. Il tenta un rappel à la loi (celle du 3 ventôse an III) mais ces dernières ayant trouvé l’endroit où la statue était entreposée s’en emparèrent et la transportèrent au lieu où se trouvait l’ancienne chapelle qu’elles entreprirent de reconstruire. Enfin ce 17 mars 1795 et à la même heure, elles lui réclamèrent et enlevèrent la vierge de la Glanerie[2] et d’autres objets de culte. Il annonçait en même temps que à la Croix Comtesse une croix avait été remise en place et que la reconstruction de la chapelle des capucins était en cours.

La municipalité se contenta d’informer l’administration du district, se déchargeant sur cette dernière des éventuelles mesures à prendre.

 

La Glanerie 2

 

Au cours d’une seconde délibération, un employé de l’administration du district, le citoyen Roger Duval[3], se présentait à la municipalité en tant que chargé de pouvoir du citoyen D’Arlange ex-prêtre pour obtenir la restitution d’un gobelet d’argent et son « bouchoir » mis sous scellés lors de son arrestation dont nous ignorons la date, ledit D’Arlange ayant été libéré par un arrêté du représentant en mission Bernier le 5 ventôse. La restitution eut lieu immédiatement, le citoyen Duval repartant avec une tabatière en prime. Le dénommé d’Arlange apparaissait déjà dans une délibération de la municipalité de Nogent le 25 février 1794 à l’occasion de la réception de document visant à disculper trois ex-prêtres de Nogent (les sieurs d’Arlanges, Deshayes et Bichon) : voir ici.

 

«auJourd’hui vingt Septieme deventoSe an troisieme de la Republique Française une Et indivisible :

En l’aSsemblée Permanente du Conseil général dela Communede Nogent le Républicain cid.t le Rotrou tenüe Publiquement.

l’agent National adit que lejour d’hier, deux heures de Relevée, ala maison Commune occuppé des affaires de Son ministere, une trouPPe de Femmes S’y etoient Présentées Pour Révendiquer la vierge dela chapelle des caPucins : quil leur avoit

 

n.°6 g.p.

Représenté que comme Fonctionnaire Public Et Parconséquent chargéde l éxecution delaloy il ne Pouvoit Condescendre aleur demande : que cette RéPonse n’etant Pas tout a Fait En Conformité deleur Prétentions Et les voyant de Plus En plus S’animer, il leur avoit lu Et ExPliqué l’art. 7 delaloy du 3. ventoSe Sur l’exercice des cultes  Etdiametralement Subversif deleurs Pretentions : que toutes Ses RéPrésantions [sic]ayant eté infructueuses Et aPPrehendant avec Raison les Suites Facheuses d’une Sédition Sourdement Combinée il avoït estimé Prudemment Nécessaire de ne Pas devoir Faire usage des voies de la Rigueur, Sans cépendant tomber dans l’excés Contraire, celui de la Condescendance : que S’etant retirées de Son Bureau Et instruites du lieu ou etoient déposées ces Statues et S’y etoient Portées En Foule Et enlevé celle quelles demandoient : quil etoit instruit qu’elles l’avoient transPortées on elle etoit Placée toutdu Rêgne du Fanatisme avec intention de Réconstruire l’Edifice ou elle etoit depoSée : que Ce jourd’hui Encore deux heures de Relevée, al’exemple illegal des cidesús Nommées, un grouppe de Femmes S’etoit reçidïvées a cette Commune, avoit impérieusement Exigé Et Emporté lavierge de la glanerie Et autres objets Servant cidevant au culte catholique de la Paroisse St hilaire : quil etoit encor instruit que la  Croix dela croixLacomtesse etoit rePlacée : que les travaux de Réconstruction de la chappelle dittes des Capucins etoient Poursuivies avec vigueur : que les citoyens Beaugas l’ainé Et Boisard etoient Eux-mêmes temoins occulaires del’existences de ces dermiers Faits :

Le conseil général déliberant Sur le RaPPort de Son agent, arrête qu’expeditioN d’icelui Sera a l’instant transmise a l’ad.on de ce district Pour Par elle Prendre tel Parti qu’elle estimera ProPre a comprimer le Principe d’Effervésence Et d agitation qui commence a SedéveloPPer : dont acte :

La Galnerie 0

En ce moment Est comparú le citoyen duval Employé dans les Bureaux del’administration dece district lequel au nom Et Comme Fondé de Pouvoirs du citoyen d arlange cidevant Prêtre domicilié de cette Commune Et depuis le tems de droit habitant de celle de Chartres, Par acte düement En Forme Passée devant les Notaires dudépartement d’Eure Et loir le dixhuit du Courant Et Registré le meme Jour, a invité le conseil général a lui rendre un goblet d’argent avec un Bouchoir de métal deposés a cette Commune lors de l’aPPositiondes Scellés Sur les effets dudit citoen d’arlange, laquelle Restitution Fondée Sur la mise enliberté quele dit citoyen d’arlange a obtenú du citoyen Bernier Representant dupeuple le Cinq du Présent mois,  Sur l’arreté du district de Nogent du quatorze du meme mois qui a Prononcé la main levée des Scellés aPPosés Sur ces Effets &.c.&c.&c. lésquelles Pieces annoncées il a Présentement Présonté [doit-on lire « procédé » ?]  aux Communication Et Examen du conseil général avec invitation de Faire droit Sur l’objet de Sademande :

Le cònseil genéral déliberant Sur la demande , du comparant, Vú l’arreté Pris Par le RePrésentant du PeuPle Bernier, datté de chartres le cinq du courant Portant la mise Enliberté du citoyen D’arlange Et ordonnant  la levée des Scellés qui auroient Pus etre mis Sur Ses Effets ou la Réstitution du dépot qui En auroit eté Fait : Vú l’arreté Pris le quatorZe du meme mois Par l’adon decedistrict En Execution Des disPositions En icelui contenues : vú enfin laProclamation düement En Forme donnée au Pétitionnaire Par le citoyen D’arlange, l’agent National Entendu, arrête que le goblet d’argent Et le Bouchoir de metal Reclamés Par le citoyen Duval Fondé de Pouvoirs lui Seront Présentement Remis # [ rajout en fin de délibération :  ensemble une tabatiere : cequi a Eut lieu Et laquelle Remise S’est Effectuée Es mains du  Réquerant qui Pour Bonne Et Suffisante Reconnoissance a Signé le Présent acte avec les Membres composant le conseil général : dont acte. RoGer Duval

Beaugas lainé    J C Joubert      Beaugas Lejeune    P.re Lequette

                                                                                    ag. nle de la C.

Beuzelin       G Salmon       J Sortais              fouquet         L ferré

             Pi Chereault                                          J Gautier

roger LeComte                       GPetibon              Boisard ainé

                       Tison

                        Sre              ferré Bacle      J Jallon ainé                      

                                                                    Beuzelin

                                               Tarenne»[4]

Calvaire oratoire de la Mâlerie

oratoire de la Mâlerie



[1] La ville avait déjà connu des mobilisation de « femmes » visant à obtenir soit la réouverture des églises soit la restitution d’objets de culte ; le 14 mars (voir ici) ; le 15 mars  ( voir ).

[2] Ancien lieu-dit situé au nord de la Mâlerie. IL existe encore de nos jours un oratoire surmonté d’un calvaire rue de la Mâlerie, l’oratoire contenant une vierge à l’enfant il s’agit peut-être de la statue dont est question ici : la vierge de la Glanerie ( voir les photos ci-dessus ).

[3] Il s’agit du même citoyen qui s’était vu opposerun rejet de sa demande de révision de son imposition lors de la séance du 13 mars précédent, voir ici.

[4] Archives municipales de Nogent-le-Rotrou, 1 D3 feuillet 4 recto et verso.