Le dimanche 12 décembre 1790, comme la municipalité de Mamers le craignait lors de sa séance de la veille (voir la séance 4 décembre 1790 par ici et celle du 11 du même mois ici) la perception des droits d’aide suscitait de vives réactions dans la ville. Un attroupement s’était formé sur la place des Grouas au son du clairon, la municipalité, comme prévu, ordonnait aux commandants de la garde nationale, de la maréchaussée et du détachement de dragons de rassembler leurs hommes.

Mais tous les membres de la garde nationale refusaient d’obéir et les gendarmes et dragons se retrouvaient entourés de la foule et « assaillis de pierres ».

La municipalité recevait les « meneurs » qui expliquaient qu’ils voulaient bien payer ce qu’ils devaient mais pas aux mains des employés actuels de la Régie. Une assemblée à l’hôtel de ville était fixée au mardi 14 afin de faire « […] tous Leurs SoumiSsions dePayer Cequils doivent Pourvu que CeneSoit Point auxdits emPloyès et nous onts Requis d`en ecrire alaSsemblée nátionnalle et audePartement delaSarthe ainsi que deSusPendre Lexercice desdits emPloyès […]». Ce refus de payer les droits dus aux employés avait déjà été exposé à plusieurs reprises dans les mois précédents ( voir notamment la séance des 26 et 28 décembre 1789 , celle du 8 septembre 1790 ici, celle du lendemain 9 septembre 1790 par là)[1], il ne fait guère de doutes que les employés en question devaient cette cordiale détestation à la période antérieure à 1789.

90-12-12 Hôtel du Cygne

«Cent Vingt neuf.e

[En marge en haut du feuillet :

                183

Procés verbal Sur un

Lameutement C. les emPloyès]

aujourd’hui douze decembre mil Sept Cent quatre vingt diX

Le Bureau municiPal extraordinairement aSsemblés Sur Linvitation de Monsieur Le maire auroit efait Lecture d’une Lettre ecrite aud. Sieur Maire quil a Recüe alinstant endatte dece jour Signée des Sieur Lemaigre Receveur dela Regie duvivier Controlleur en Bulant[2], Portant que le Sieur Paris aubergiste duSigne et hôte [mot en surcharge] ordinaire des emPloyés SuPèrieur Chez.Lequel Logent aujourd’hui Les Controlleurs embulant et Controlleur decette ville SeSeroit tranPorté ChezeuX Pour Les avertir quil y avoit une ConsPiration formée dans Laquelle il avoit dût estre que Cet aPrès midy.Sa maison dudit Sieur Lemaîgre Seroit investie Par Plus de deuX Cents Personnes décidès a faire un mauvais Parti tant alui quauX PréPosés Logés Chez lui que Ledit Sieur Paris auroit ajouté differentes annédoctes qui ne Sonts [sic] Point Relatée dans Lalettre mais quil adit auxdits emPloyés, tenir de Bonne Part et dePersonnes Prèsentes Lors duComplot quil a declaré que LeSieur Silvestre Peigné aubergiste traiteur en etoit LeChef quil a fait entrevoir que Lesdits emPloyés avoient des Risques a Courir Contre lesquels il etoit interressant Pour euX deSemettre engarde Cequi Les auroit determinés dans Cette Cruelle PerPlexité [rajout au-dessus : à] avoir Recours à la municiPalité, Pour quelle avise auX moyens deleur Procurer Leur Surété et alinstant ou LeSieur maire auroit Communiqué Cette Lettre ala municiPalité nous  maire et officiers municiPauX aurions etés avertis Par differents Particuliers quil Se formoit déjà des attroupement Sous Les halles deCette ville et quen effet nous aurions apperçu Le nommé Perotet ou des mutins deCette ville Sonner Lalarme et donner LeSignal de Raliêment [mot en surcharge] auX SeditieuX, avec un Clairon

 

90-12-12 place des Grouas

[En marge au milieu du feuillet :

                 184 ]

Surquoy nous Maire et officiers MuniciPauX aurions Requis leProcureur deLa Commune dedonner Ses Conclusions Pour Squil que nous Statuions Sur Cequil est aProPos de faire et oui Le RaPPort duProcureur delacommune +[rajout en marge : + après avoir mandé LeSr Paris et LeSr Silvestre quineSeSonts Point trouvés ChezeuX et vu CePendant La consequence dont Pouroit estre Lattroupement Commencé] nous avons donné Requisitoire a Monsieur Le Commendant delagarde nationnalle aCe quil Commende quatre hommes [rajout au-dessus : x aumoins] Par Compagnie avons egalement donné Requisitoire auCommendant dela mareschauSsée aCequil tienne en arme Sa Brigade avons enfin donné Requisitoire auCommendant dudétachement de dragons acequil tienne auSsi Sondétachement en arme ; les deuX detachements de mareschauSsée et dedragons SeSont al’instant Présenté Sur LaPlace des Grouas en faSse [sic] de lhotel deville mais LesCommendants delagarde nationnalle Sont venus declarer qu`aucuns des gardes nationnauX ne vouloit Leur obeir ny Prendre les armeset au même instant il Sest formé un attrouppement Considerable Sur laditte Place des grouas, qui a entouré et insulté et Pris des Pierres Pour aSSaillir Les dragons et La mareschauSsée qui nayant avec euX aucuns gardes nàtionnauX nonts [sic] Pu Recevoir denous Les ordres de Se Risquer dans Cette emeute. ou, dailleurs il nous etoit aisé devoir quils auroient etés Lavictime.

au même instant encore, une Grande Partie des Chefs de Cet attoupement Sont montés alhotel deville ouil nous ont fait ReProche davoir Pris mainforte et nous ont declarés que jamais ils neConsentiroient dePayer Leur [3] droits entre les mains des employés quils etoient CePendant disPosé ales acquitter entre les mains detous autres même delamuniciPalité oududistrict Saquoy nous leur avons RePondu que nousnavions Pas droit deRecevoir il nous onts encorePrÓPosé deSaSsembler alhotel deville mardy Prochain diX heures dumatin Pour Signer tous Leurs SoumiSsions deP ayer Cequils doivent Pourvu que CeneSoit Point auxdits emPloyès et nous onts Requis d`en ecrire alaSsemblée nátionnalle et audePartement delaSarthe ainsi que deSusPendre Lexercice desdits emPloyès qui avoit etés fixés aumardy huit heures dumatin Ceque nous avons etés Dans Lobligation deleur Promettre Sous laCondition quils alloient SeRendre tranquillement Chacuns ChezeuX et auSSitost nous avons Renvoyè LamareschauSsée et Le detachement dedragons aleurs Cazerne + [rajout en fin de délibération : + avons fait Le dePot dela Lettre des emPloyès après Lavoir Cottée Paraphée nevarietur[4] et qui Restera dans nos archives]

fait et arresté audit hotel deville Les jour et an que deSsus    

                                                                            Besniard      deSemallé

fleury              Leproust Desageux        Chartier

                                     Maire              p.r dela Com.e   Petithommefils

                                                                                        Scre Gffer»[5]

90-12-12 delib 1 vue 1

90-12-12 delib 2 vue 1

90-12-12 delib 2 vue 2



[1] Le reveceur, le sieur Le Maigne (ou Le Maigre selon les documents l’orthographe est variable), et le contrôleur ambulant, le sieur Duviver, étaient particulièrement visée par les «réfractaires».

[2] Il convient bien sûr de lire «ambulant» et non « en bullant » !

[3] Signe ou abréviation non décryptée.

[4] « ne varietur », Sans possibilité de changement.

[5] AD72 1MI 1343 (R129).