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La Révolution Française à Nogent le Rotrou

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La Révolution Française à Nogent le Rotrou
  • Nogent-le-Rotrou et son district durant la Révolution française avec des incursions dans les zones voisines ( Sarthe, Orne, Loir-et-Cher voire Loiret ). L'angle d'attaque des études privilégie les mouvements sociaux et les archives locales et départemental
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Le Pére Gérard

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7 mars 2025

Le 7 mars 1791 à Mamers : « conseil d’amis » au curé Brémont et chevaux encombrants...

Le lundi 7 mars 1791, le bureau municipal de Mamers délibérait à propos d’une lettre de menace visant le curé Brémont. Les faits étaient rapportés par le maire en poste, le citoyen Le Proust Desageux, qui rendait compte également de ses propres investigations et notamment les interrogations, faites devant témoins,[1] des auteurs de la lettre de menace : le citoyen Gouet Père, huissier, et son gendre le citoyen Cléradin, maître d’école. Ces derniers prétendaient que la lettre en question était un « conseil » d’amis pour avertir qu’un nombre « considérable de personnes du peuple » envisageaient de mener le curé Brémont et l’abbé Mortier à dos d’âne par la ville. Soit ces derniers avaient une sorte de don de préscience en décrivant une scène digne des parades déchristianisatrices qui se dérouleront en fin de l’année 1793 dans de nombreux lieux, soit ils avaient une imagination fertile et avançaient le premier prétexte venu pour se disculper d’un simple différent personnel avec le curé, comme le suggérait le maire, en puissant dans des souvenir carnavalesques.

Piste carnavalière d’autant plus probable que nous étions en temps de carnaval, carême commençant le mercredi des cendres, 9 mars cette année-là, et la référence au carnaval revennant dans le réquisitoire du procureur de la commune lorsqu’il demandait de punir de dix livres d’amende le fait de promener dans les rues de la ville des mannequins à l’effigie de particuliers de cette ville. Rien ne permet d’écarter l’hypothèse, ni de l’affirmer avec certitude, qu’une assemblée d’habitants « jeunes » ait bien eu lieu sous la halle pour préparer ledit carnaval, assemblée à laquelle aurait pu participer le Sieur Cléradin en tant que « jeune », car non marié encore ou depuis peu, et qu’au cours de cette réunion il ait pu être envisagé ladite promenade à dos d’ânes des ecclésiastiques ou de leurs effigies. Finalement la lettre en question était peut-être, non pas un conseil d’amis, mais un avertissement jubilatoire de la part des citoyens Cléradin et Gouet père, si ce n’était une menace.

Toujours est-il que la municipalité de Mamers décidait de dénoncer à l’accusateur public les citoyens prénommés[2], d’interdire tout attroupement, en particulier les mardi 8 et mercredi 9 mars[3], et de défendre de promener des mannequins par les rues, défense que nous venons d’évoquer ci-dessus, le tout sous peine de 50# d’amende ou de prison. Par contre la municipalité ne faisait pas publier sa décision concernant les citoyens Gouet et Cléradin[4], seule celle portant sur les attroupement et mannequins le fut.

Le 7 mars 1791 à Mamers : « conseil d’amis » au curé Brémont et chevaux encombrants...

«[En marge gauche au milieu du feuillet 30 :

n.° 352

Denonciation d’une

Lettre addreSsée auSr

Curé]

aujourd’hui Sept mars mil Sept Centquatre vingtonze deux heures aPrès midy Le Bureau MuniciPal aSsemblé Ɛnla maniere accoutumée ala maison Commune deCette ville, Monsieur leMaire nous auroit ditque Lejour d’hier SurLes onze heures Ɛt demie du matin Monsieur Bremont Curé de Cette ville Lui auroit déclaré avoir Reçu une Lettre quelques instantauParavantdattée duSixjour quil LeRecüe et Signée Gouet que ParCette Lettre on nelui donne que jusqu’à Mercredy Prochain Pour Rester ƐnCette ville et que La maniere dontƐlle ƐstConcüe estfaitte Pour Lui donner delinquiétude que d’aPrès La declaration dud. S.r Curé M. Le Maire Lui auroit demandé La Remise deCette Lettre quauSsitost il Lauroitfaitte et que M. LeMaire a Prèsl’avoir Lüe auroitauSsitost fait Par Lui même touttes Les jnformations nécéSsaires, etquayant mandé aCetƐffetLenommèGouetreher[5] Ɛt Le nommé Cleradin Son gendre ils Seroient venus lui Parler Sur Les Sixheures duSoir Cɧez Monsieur Maignéejuge duSiege dedistrict Presence dud. Sr Maignée de Monsieur dureau

trente et unième

Lainé et ãu[6] Personnes, que Monsieur Le Maire auroit interPelle Ledit Gouet dedeclarer Sil ReconnoiSsoit La Signature aPPosée au Bas deladitte Lettre, Comme ƐtantLa Sienne, etquil auroitRePOndu que oui quinterPelle Ɛnsuitte dedeclarer qui Ɛst ce qui avoit Ɛcrit Lalettre il auroit RePondu que Cetoit Son Gendre, Lequel Present ƐnSeroit Convenu, interPelle tous deux ,[7] dedire Pourquoi ils auroient Ɛcrit ainsi a Mr Le Curè ils auroient RePondu que Cetoit unConseil damis quils Cɧerchoient alui donner Parcequils Sçavoient que dans une àSsemblée nombreuse qui S Ɛtoittenüe Sous Les hallesun de Ces jours derniers il avoit Ɛté ditque deux Cents Personnesaumoins  iroienttrouver Mr LeCuré mercredy Prochain Pour LeChaSser delaville Ɛt Peut Ɛstre Lui faire un mauvais Party Ce aquoy Mr LeMaire Leur auroit RePondú que Cette Lettre Loin d’ Ɛstre un Conseil amical ParoiSsoit Plutost deleur Part de Ceque quelques jour auParavant mondit Sr Curè avoit voulu Ɛxiger duSr Cleradin Gendre dud. Gouet quil mit un intervalle de vingtquatre heure Ɛntre Ses fiancialles [sic] etSon mariage Ɛnvertu. des ordres qui Ɛn Sonts données aux Curés et Consigné dans Leur Rituelle qu`au Lieu d’Ɛcrire une Lettre qui à Plutost Lair d`une menace que d’un Conseil jl auroient mieuxfait daller trouver mondit Sr Cuet delui donner verballementƐt Confidemment LeConseil ‘quilsavoientƐnvie delui donner

Monsieur LeMaire nous auroit ditque Regardant Comme nécéSsaire dePrevenir Les Suittes deCette fermentation il ne doutoit Pas que Mr LeProcureur delaCommune neConclut a Ceque Lalettre futtranscritte Sur Ce Registre ala Suitte duPresent Procès verbal et que Loriginal Ɛn fut dePosé augreffe dela MuniciPalité

aCequil fust Sevi. Contre LesSieurs Gouet et Cleradin qua CetƐffet il futfait Contreux une denonciation

trente deuxième

autribunal dedistrict M LeMaire nous auroitƐncore àjouté que Les nommès Gouet et Cleradin Lui auroient ditƐnPresence des mêmes temoins quils Sçavoientqu`un nombre Considerable dePersonnes duPeuple avoient LeProjet dePromener mondit Sr Curé et Mr Labbé Mortier dans laville Sur un asne Ɛt quil ƐtoitintereSsantd’ƐmPescher des P Lexecution deProjets auSsi Scandaleux etque MM. Les Curè et abbè Mortier neProuvaSsent des desagrement et des dangersque d’après Même[8] les Bruits Sourds que Led. Sr Maire auroit Ɛntendús ilParoitroitqu`on auroit Ɛu Ɛnvie detroubler Lesd. Sr Curè et abbé mortier dans Leursfonctions et Leurfaire abandonner Les autels ; quilnePouroitCePendant aSsurer LaPreuve deCe Projetmaïsque Comme il Ɛst interreSsant deConserver[9] ala Religion, àleglise et aSes Ministres Les ResPects qui leurs Sonts dûs ilCroyoitindisPensable dePrendre touttesLesMesures nècéSsaires etquil nedoutoit Pas que M Le Procureur delaCommune ne donnaSsent desConclusions Ɛnconsequence

Surquoy oui LeProcureur dela Commune qui aconclut[10] aceque Le dePost dela Lettre Cy deSsus Ɛtdelautres Part Relatée SoitdePoe anotre Greffe ; que Les nommés Gouetet Cleradin Soient denoncé alaCusateur Public [mot rayé],Ledit[11] Cleradin Comme ayant Ɛcrit Lalettre et Ledit Gouet Comme Layant Signée ; et quedefencesSoitfaittes[12] atouttes Personnes defaire aucuns attroupemens Ɛn queltemps queCeSoit et notammentLes joursdedemain et Mercredy Sous Peinne de Cinquante Livres damende etde Prison Comme auSsi defencesSoient faittes atouttes Personnes de Promener dans Les Rües des Mannequins doSier oudePaille ou des figures RePrésentant LƐfigie [sic] dequelque Particuliers Sous Peine dedix Livres damende

nous Maire etofficiers MuniciPauxfaisantdroit aux

trente troisième

Conclusions duProcureur delaCommune ordonnons quelalettre du Six deCemois Signée GouetadreSsée aMr Bremont Curè de Mamers etquil Lui à ƐtéPortée Par Lejeune aubin du Guégalerne Sera dePosèe anotre Greffe ; quelesnommés Gouet Père heret Cleradin mtre d’Ɛcole Son Gendre Seront denoncè alaCusateurPublic[13], Led. Cleradin Pour LavoirƐcritte. ƐtLenommé GouetPour Lavoir Sige + [rajout en marge face à ce passage : +denonciation dautant Plus indisPensable queled. Gouet Père Sestdéjà mis dans le Cas d’Ɛstre denon Par nous Le vingt un[14] decembre der au CommiSsaire duRoi, Laccusateur Public ne nous Ɛtant Pas ƐncoreConnu ; Pouravoir voulu au mepris d`un arrestédela municipalité, Ɛmployé La violence, même denuit, Pour faire Sortir deSon authorité Privèe desPrisons deCette ville Le S. durand que l’adte municipalité Pour LaSureté Public avoit Ɛté Contrainte dyfaire Renfermer Cedont, Procès verbal Ɛst Consigné dans nos Registre, Ɛt

                                         Leproust Désageux

                                                 Maire]; Pour Par Letribunal dedistrict Ɛstre ordonné Contreux[mot en interligne : Ɛt] Cequil aPPartiendra ordonnons Ɛtantfaisons deffences atouttes Personnes deformer aucuns attroupement Ɛnquel que temps que CeSoitƐt notamment Lesjours de demain et mercredy Prochain Comme auSsi de Promener dans Les Rües defig dequelques Particulier Sous Peine deCinquante Livres damende ou de Prison ordonnons que LaPresente ordonnance Concernant Seulement Les attroupemens mannequins et Ɛfigie Sera LuPubliee etaffichée aux Lieux accoutumés deCetteville Pourque Personne nenjgnorent

fait etarresté Lesdits jour et an que deSsus ƐnaSsistance de notre Secretaire Greffier          Besniard     fleury

         Chartier                                           Leproust Desageux

                                                                           Maire

        Petithommefils

               Scre Gffe»[15]

Le 7 mars 1791 à Mamers : « conseil d’amis » au curé Brémont et chevaux encombrants...

 

91-03-07 1 vue 1

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Etc 1 noir

  • Des chevaux … des chevaux et encore des chevaux !

91-03-07 2 marché aux chevauxEnsuite la municipalité arrêtait de faire transferer le marché aux chevaux sur la place des Grouas pour ce seul jour.

« […

En marge partie basse du feuillet 33 :

                N.°

              353

Cɧangement du marché

auxchevaux Pour Cejour

Seulement]

aujourd’hui Sept mars 1791 nous maire et officiers Municipaux informés Par nombre dePersonnes quelaquantité deChevaux amené Pour Ɛstre mis Ɛnvente dans Cette villeƐtoitentSi Considerable que Lemplacement ordinaire etla Place des halles ne Pouvoitles Contenir etquils formeroientun Ɛngorgement nuisible. Atous Les Gens dumarchè Lesquels Couroient Risque d’Ɛstre Ɛstropies ; que dailleurs Les Chevaux Ɛtant troP PreSsés ƐmPeschoient Lesmarchands deles vendre ƐtLes acheteurs deles aProcher aurions ordonné ProvisoirementPour Cejour Seulement quils fussenttransferé

trente Quatrième

Sous Les Maronniers delaplace des Grouas tantPour Ɛn favoriser LeCommerce que Pour Parer aux accidents qui auroient Pu Ɛn arriver nous Reservant a Statuer ParlaSuitte tantque dureront Les forts Marchés Sur Lelieu ouil Sera à ProPos deles faire Rester Letout Sur les Conclusions dupr delaCome

fait et arresté Les jours Ɛt anque deSsus Ɛn Lhotel de La Commune ƐtƐn aSsistance denotre Scre Gffe

Besniard   fleury

                               Leproust Desageux

                                              Maire                           Petithommefils

                                                                             Scre Gffe»[16]                

 

 

Le 7 mars 1791 à Mamers : « conseil d’amis » au curé Brémont et chevaux encombrants...

 

91-03-07 2 vue 1

91-03-07 2 vue 2

Séparation 2

 

[1] Et par n’importe lesquels : un juge en poste au tribunal du district, par ailleurs ancien maire de Mamers, le citoyen Maignée et le citoyen Dureau L’aîné ainsi que d’autres personnes non citées.

[2] D’autant que dans son réquisitoire le procureur rapportait une affaire impliquant déjà le citoyen Gouet père et remontant au 29 décembre 1790 (voir la séance ici) : ce jour-là, le sieur Gouet père, huissier de son état, tentait de libérer le fils Durand que sa mère avait fait emprisonner afin de tirer vengeance de ce que la dame ne lui avait pas payer ses démarches (nous ignorons lesquelles).

[3] Qui correspondait au mercredi des cendres en 1791, soit le jour de l'entrée en Carême.

[4] Volonté de discrétion pour la « réputation » desdits citoyens ou d’éviter toute fermentation supplémentaire.

[5] Il s’agit de l’abréviation pour « huissier ».

91-03-07 1 détail 1

[6] Abréviation pour « autres ».

[7] Cette virgule est rayée sur le registre.

[8] Lecture peu assurée mot surchargé :

91-03-07 1 détail 2

[9] Mot en interligne et surcharge :

91-03-07 1 détail 3

[10] Fin du mot « conclu » surchargé.

[11] Passage («à l’accusateur public, ledit») en surcharge.

[12] « Soit Faittes » en surcharge.

[13] Les mots « accusateur public » en surcharge.

[14] En fait le 29 décembre 1790 comme nous l’avons vu à la note 2 ci-dessus.

[15] AD72 1 MI 1343(R131).

[16] AD72 1 MI 1343(R131).

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