Cette seconde « vague taxatrice » fit preuve d’une remarquable unité. En moins de trois semaines, elle toucha huit départements. L’épicentre en fut la région forestière de Vibraye et Montmirail, et plus particulièrement cette dernière avec la verrerie du Plessis – Dorin.

1 patrouille révolutionnaire1. Les événements.

La taxe fut imposée sur le marché de Montmirail, département de la Sarthe, le mardi 13 novembre ; sur celui d’Authon – du – Perche le jeudi 15 novembre[1] ( voir en annexe la délibération de la municipalité d’Authon en date de ce jour ), à Vibraye le vendredi 16 et à La Bazoche – Gouët les samedi 17[2]. Cette région constitua le principal centre d’agitation d’où rayonnèrent des bandes taxatrices dans toutes les directions. Ces bandes purent réunir jusqu’à 5 à 10 000 personnes dans certains cas. Jamais des troubles frumentaires n’avaient mobilisé de telles foules.

Carte : les taxations de l’automne 1792[3].

2 carte 1

Le marché de Nogent – le – Rotrou fut touché le 24 novembre 1792. Les taxateurs y venaient de La Ferté – Bernard, département de la Sarthe, mais également d’Authon – du- Perche et des villages situés entre ces endroits et Nogent[4], c’était toute la région qui était mobilisée.

Les taxations se déroulaient partout selon le même schéma. Partout la mobilisation était massive. Le procès – verbal dressé par les gendarmes à Authon, le 15 novembre, avançait le chiffre de 200 hommes. Les officiers municipaux parlaient, quant à eux, de 150 personnes. La mobilisation n’en était qu’à son tout début. Les mêmes gendarmes estimaient à 400 le nombre de taxateurs qui s’étaient présentés à La Bazoche le 17 novembre[5]. A Nogent, le 24 du même mois, il y avait « […] un nombre infini d’hommes armés d’instruments tant offensifs que défensifs réunis à deux cents volontaires en garnison à la Ferté – Bernard […] »[6].

Les revendications des taxateurs trouvaient un écho favorable chez les populations locales : « […] il a été impossible d’opposer aucune résistance à leur projet puisqu’il formait le vœu d’une masse imposante de citoyens […] »[7], déclarait le conseil général du district de Nogent. Une fois les taxateurs partis, les nogentais exigèrent la taxe du pain, consécutive logiquement pour eux de celle du grain « […] vers les sept heures et demi du soir […] un nombre considérable de citoyens armés de brocs et de sabres ont impérativement demandés la taxe du pain […] »[8]. La commune hésita longtemps, lorsqu’un citoyen providentiel déclara « […] que pour calmer l’effervescence il se chargeait de faire annoncer la taxe du pain […] »[9]. Ce citoyen ne pouvait être qu’officier municipal, si ce n’était pas le procureur de la commune lui – même ou Marguerith, faisant fonction de maire. Aucun nom ne fut mentionné dans les comptes – rendus. Mais pour qu’un « citoyen », de sa propre autorité, pût décréter et faire appliquer la taxe du pain, il fallait qu’il fût revêtu d’un autorité officielle[10].

Partout les gardes nationaux encadraient le mouvement, parfois des officiers municipaux. A La Bazoche, le 17 novembre, les taxateurs se présentaient « […] avec un tambour à leur taite […] »[11]. A Nogent, c’était les volontaires en stationnement à La Ferté – Bernard, accompagnés des officiers municipaux et des gardes nationaux de cette même commune qui dirigeaient le mouvement[12]. Le 29 novembre, la garde nationale de Nogent se transporta, en son entier, sur le marché de Rémalard, dans l’Orne, pour y imposer la taxe[13].

Les taxateurs reprenaient une tactique de lutte élaborée au cours de l’été 1791 dans les mobilisations pour le désarmement des aristocrates ( voir l'article sur ce blog   ). Elle fut même déjà utilisée par les habitants du Plessis – Dorin pendant l’automne 1790 lors de leur « descente » contre le châtelain de Charbonnières ( voir l'article de ce blog ).

Les autorités locales se montrèrent le plus souvent passives, débordées, lorsqu’elles ne firent preuve d’une certaine complicité. Elles se contentèrent de laisser faire « ne pouvant s’y opposer », elles semblaient donner même une sanction légale à la taxation par cette attitude. A Authon, les insurgés demandèrent aux officiers municipaux de proclamer la taxe, ceux – ci opposèrent un refus de principe. On leur répondit alors : « […] qu’il y avait assez longtemps qu’ils mangeaient le pain cher que leurs bourses étaient épuisées qu’ainsi ils entendaient qu’il fut taxé qu’ils ne venaient pas pour faire du mal […] »[14].

A La Bazoche – Gouët, les taxateurs se présentèrent chez Segouin, officier municipal, qui leur fit observer que la loi défendait la taxation. Ils le rassurèrent « […] ne prenez rien pour votre compte, nous allons en faire la taxe nous – mêmes […] »[15].

A Nogent, les autorités opposèrent également un refus de principe, mais elles cédèrent assez vite : « […] cette multitude d’hommes dont le nombre s’accroîsait prodigieusement à élevé vivement la voix contre ce refus étant annoncé qu’ils taxeraient eux – même cette denrée de première nécessité [ les grains ] il a été impossible d’opposer aucune résistance à leur projet puisqu’il formait le vœu d’une masse imposante de citoyens, que tous ces étrangers se sont portés sur la place et ont taxés les grains […] »[16].

 

2. Structure et programme du mouvement.
Ce mouvement dépassait largement le cadre d’une simple agitation spontanée et inorganisée. Il répondait à une certaine discipline et s’était fixé un programme revendicatif précis. Il constitua l’aboutissement, l’expression la plus achevée, du mouvement populaire dans le district de Nogent – le – Rotrou.

La structure du mouvement.

Les insurgés obéissaient à une discipline certaine. Les taxateurs étaient armés, le plus souvent : « […] les uns armés de fusils, les autres de sabres ou de bâtons […] »[17], « […] ils étaient environs quatre cents les uns armés de fusils, de sabres et bâtons […] »[18], « […] un nombre de citoyens armés de brocs et de sabres ont impérativement demandé la taxe du pain […] »[19]. Mais cet armement était plus destiné à faire pression, à impressionner, qu’à servir. Il n’y eut aucun acte de violence. A Authon – du – Perche et à La Bazoche – Gouët les insurgés annonçaient, d’entrée de jeu, leurs intentions pacifiques : « […] ils déclarent ne vouloir de mal à personne […] »[20], « […] ils ne venaient pas pour faire du mal […] »[21], « […] ils ont dit qu’ils ne venaient point dans l’intention de faire du mal à qui que ce soit ni commettre aucuns désordres ni pillages que le motif de leur démarches était que ne pouvant vivre du travail de leurs bras à cause de la cherté du grain, étant pour la pluspart chargé de famille, ils requéraient ledit Segouin qu’il eut la complaisance de taxer les grains qui se trouvent aujourd’hui au marché […] »[22]. Un seul compte – rendu fait allusion à des menaces proférées contre les autorités de Nogent, encore ne s’agit – il que de menaces. Ce récit est, à notre avis, plus que sujet à caution puisque c’est l’exposé des événements survenus à Nogent le 24 novembre, fait par le maire de Nogent à la barre de la Convention[23] :

« Samedi dernier, Nogent – le – Rotrou, faillit être le théâtre d’un carnage. Des hommes furieux menaçaient d’égorger quiconque s’opposerait à la taxe des grains. J’ai essayé de les calmer, j’ai fait mon devoir, mais j’ai bien remarqué que, parmis eux, il en étaient de soudoyés. Dans le moment où je leur parlais de la loi, du pays, l’un d’eux s’est écrié qu’il fallait me couper la tête.  J’ai crié alors « Vive la République ! », tous m’ont imité et nous nous sommes embrassés. Ils m’ont entrainé sur le marché, et là ils ont taxé le grain. Il n’y eut point de meurtres, ils se sont retirés en disant qu’ils reviendraient »[24].

Dans ce récit, le maire de Nogent, Hilaire Vasseur,  ne tentait que de justifier l’attitude de la municipalité de Nogent face à une Convention plus qu’hostile aux mouvements taxateurs. La majorité des députés eut, sans doute, préféré qu’il s’exposa à la mort par une inflexibilité « ridicule », comme son confrère Simoneau tué à Etampes au cours de la première vague taxatrice du printemps 1792. La liberté du commerce des grains avait besoin de martyres. La Convention blâma la conduite de trois de ses membres : Birotteau, Maure et Lecointe ; qui avaient cédé aux insurgés à Courville ( Eure – et – Loir ) et signé la taxe des grains le 29 septembre 1792[25].

Contrairement aux mouvements de 1789 et 1790, la violence populaire, en 1792, était contrôlée. On ne se servait que de menaces. Depuis le début de la révolution, le mouvement populaire avait eu le temps d’élaborer une tactique de lutte et de se structurer. La présence des gardes – nationaux ne fut, sans doute, pas pour rien dans ce contrôle de la violence. Avec eux la violence devenait organisée, elle n’en était que plus imposante.

 

Partout la tactique de lutte fut la même.

Dès leur arrivée sur le lieu de la taxation, les insurgés proclamaient leur intention. Ils se mettaient immédiatement à la recherche des autorités locales et leur demandaient de proclamer la taxe. En général, les municipalités opposaient un refus de principe, se réfugiant derrière la loi. Aucune commune ne chercha à s’opposer à la taxation par la force. La taxe était alors proclamée par les émeutiers en présence des officiers municipaux qui par leur présence l’officialisaient. Les taxateurs se faisaient alors délivrer le blé et le pain à prix taxés. Ici encore, le mouvement faisait preuve d’une forte discipline : le plus souvent les habitants du lieu étaient servis les premiers. Les gendarmes présents à Authon, lors de la taxation du 15 novembre, le signalaient[26]. Ensuite, les insurgés visitaient les greniers particuliers pour y déceler les stocks cachés ; ce fut le cas à Authon et à La Bazoche – Gouët. Lorsqu’ils en découvraient, ils se saisissaient des grains, les payaient au prix taxé ;  ils en laissaient toujours une quantité estimée suffisante à la consommation domestique du propriétaire et de sa maisonnée. Il n’y eut aucun pillage.

La taxe était toujours fixée en fonction des conditions et des mesures locales. Les insurgés connaissaient parfaitement les prix pratiqués sur les marchés locaux, ils bénéficiaient, il est vrai, du soutien actif des populations locales. Ainsi à Authon – du – Perche, le pain de 9 livres poids fut taxé à 15 sols, le boisseau ( 40 livres poids ) de froment à 3 #, celui de méteil à 2 # 6 sols, celui d’orge à 1 # 10 sols et celui de « mouture » à  1 # 16 sols. A La Bazoche – Gouët , les prix de la taxe furent les mêmes pour le pain de 9 livres, le boisseau de froment et d’orge, mais le boisseau de méteil fut taxé à 2 # 5 sols, celui de seigle à 1 # 15 sols, la « miche » l’était à 2 sols 6 deniers la livre. A Nogent – le – Rotrou, on ne se contenta pas de taxer le grain, d’autres produits de première nécessité subirent la taxe : le prix du beurre fut fixé à 10 sols la livre poids, celui des œufs à  6 sols la douzaine et celui de la chandelle à 15 sols ( la mesure n’étant pas précisée ).

Avant de se retirer, les taxateurs promettaient de revenir vérifier si les taxes étaient respectées et invitaient les populations locales à imiter leur exemple en se portant sur les marchés voisins. A Nogent, ils « […] ont fait injonction aux habitants de cette ville à haute et intelligible voix d’aller effectuer les mêmes opérations à Besllesme, La Loupe et Regmalard afin de rendre la taxe uniforme. Leur ont même indiqué pour assurer le succès de leur plan de se faire accompagner de leurs magistrats et de leurs administrateurs […] »[27]. La « tactique  était bien au point. Elle était directement issue de celle utilisée au cours de l’été 1791 : en tête de cortège, les gardes nationaux, comme ce fut ici le cas, et « compromettre » les autorités locales. Il s’agissait de donner un caractère semi – officiel à la taxation ;  les taxateurs avaient une vision globalisante, ils se rendaient parfaitement compte que pour avoir une chance de réussite, la taxation devait être appliquée partout.

Ces conseils étaient suivis, les taxateurs rencontraient un écho favorable. Les nogentais, dont le corps des gardes - nationaux en son entier,  effectuèrent la taxe sur le marché de Rémalard ( Orne ) le 29 novembre 1792. Les gardes – nationaux, comme en 1791, jouaient un rôle primordial dans ce mouvement taxateur.

 

La genèse du mouvement.

Dès l’époque, la thèse d’un mouvement manipulé fut soutenue, notamment par les Girondins qui parlèrent d’un complot maratiste. On pouvait difficilement taxer les « insurgés » d’aristocratie comme se pût être le cas auparavant. Leur patriotisme s’exprima clairement à de nombreuses reprises. A La Bazoche – Gouët, ils annoncèrent la taxe des grains, sur le marché, aux cris de « vive la Nation ! ». Le récit que fit le maire de Nogent, à la barre de la Convention, attestait bien du civisme des révoltés : « […] j’ai alors crié «  Vive la République », tous m’ont imité et nous nous sommes embrassés […] »[28]. L’ampleur du mouvement suffisait, d’ailleurs, à réduire à néant la thèse du complot. On pouvait manipuler quelques dizaines de personnes, pas des centaines, voire des milliers : à Chartres, il se présenta une foule de 5 à 10 000 personnes aux portes de la ville le 1er décembre 1792[29].

P. Bois pense que le patron de la verrerie du Plessis – Dorin, Duval, joua un grand rôle dans le déclenchement du mouvement, dans l’organisation des randonnées taxatrices[30]. Il avait, selon, P. Bois, transformé son usine en un véritable « […] centre d’enragés ruraux…d’où il lance des raids contre les aristocrates du lieu et les prêtres réfractaires […] on se réclame de lui, d’ailleurs, ce sont ses ouvriers qui forment l’aile marchante des insurgés […] »[31]. Mais les verriers n’étaient que quelques centaines, les insurgés plusieurs milliers  au Mans, le 23 novembre, et à Chartres, le 1er décembre. Le gros des troupes était constitué de ruraux ; si les verriers et les forestiers jouèrent un rôle certain dans le déclenchement des troubles, ceux – ci n’ont pu prendre une telle ampleur que parce que leur action rencontra un milieu réceptif, prêt à leur emboîter le pas.

 

Un mouvement organisé.

Le mouvement avait un caractère organisé très prononcé : par sa discipline, l’identité des revendications sur tous les marchés, l’unité dans le déroulement des taxations. Tous ces éléments s’opposent à la thèse d’un mouvement spontané et inorganisé. Le mouvements se propageait par voies orales, nous avons vu comment les taxateurs enjoignaient les populations à les imiter, on expliquait même la façon de procéder. M. Vovelle rapporte que dans les environs de Vibraye ( Sarthe ), de même qu’ailleurs en Sarthe, on croyait fermement à l’existence de lois autorisant la taxe et que dans le Thymerais on affirmait que la Convention approuvait les taxateurs[32]. Il ne pouvait s’agir que d’interprétations abusives des lois de septembre 1792.

Les masses populaires nogentaises depuis les premières révoltes frumentaires de 1789 avaient eu largement le temps de structurer leur mouvement, la tactique de lutte était bien rodée.

 

La base sociale du mouvement.

A bien des égards il nous semble que c’était toute une région qui se soulevait. La masse des taxateurs nous restera à jamais inconnue dans sa composition sociale. Les « meneurs » sont plus saisissables, ils firent l’objet de poursuites. Représentaient – ils un bon échantillon de l’ensemble des taxateurs ? On peut le supposer ; tout au moins ils représentaient les couches sociales les plus impliquées et les plus déterminées.

Des milieux sociaux offraient un encadrement au mouvement ; en premier lieu les forestiers. Ils semblaient être les plus décidés. Le procès – verbal dressé par les gendarmes à Authon, le 15 novembre 1792, précisait que les émeutiers étaient « […] des journaliers et ouvriers travaillant dans la forêt de Montmirail […] »[33]. De toutes les populations rurales les forestiers étaient, sans doute, les plus touchés par la disette et la dévaluation du signe. De par leurs conditions de vie ils possédaient les moyens d’une réaction collective et organisée. C’était dans les forêts que l’on rencontrait presqu’exclusivement une main – d’œuvre ouvrière groupée : la verrerie du Plessis – Dorin ( Loir – et Cher ) occupait plus de 100 ouvriers verriers et des centaines de forestiers, même à Nogent pourtant industrialisée on ne rencontrait pas une telle concentration ouvrière. Cette main – d’œuvre ouvrière était également ouverte aux éléments extérieurs, il n’était pas rare de trouver parmi les verriers un ancien parisien.

Sur 13 individus reconnus par les officiers municipaux d’Authon – du – Perche et de La Bazoche – Gouët, un seul était qualifié de journalier, un autre d’aubergiste, 8 étaient des artisans : un charron, un charpentier, un charbonnier, deux bûcherons et trois sabotiers, pour les 3 derniers nous ne connaissons pas la profession. Toutes les couches populaires rurales étaient bien représentées, mais les artisans étaient majoritaires ( 8/13 ). Parmi ces derniers, les forestiers étaient les plus nombreux ( 6/13 ) ; ils représentaient à n’en pas douter une forte proportion des révoltés, la fraction la plus déterminée. Ces données confirment bien les informations fournies par les gendarmes. Cinq de ces « meneurs » habitaient Le Plessis – Dorin ou plus vaguement la forêt de Montmirail, ils étaient tous forestiers ; deux autres provenaient de communes limitrophes de la forêt ( située à cheval sur les trois départements de la Sarthe, l’Eure – et – Loir et le Loir – et – Cher ) et six étaient originaires de La Chapelle – Guillaume, commune également limitrophe de cette forêt. Dans cette commune les laboureurs et la petite bourgeoisie rurale ne représentait que le quart de la population active[34] alors que les artisans du bois ( essentiellement des sabotiers ) en constituaient 15,15 % et le prolétariat agricole près de la moitié ( 45,41 % ). Les habitants de La Chapelle – Guillaume formaient le gros des masses taxatrices sur le marché de La Bazoche – Gouët, le 17 novembre 1792. Ils furent les seuls à être poursuivis en justice : 18 habitants de La Chapelle – Guillaume furent traduits devant le tribunal du district de Nogent – le – Rotrou. Parmi eux figuraient 3 femmes. Nous connaissons la profession de 7 d’entre – eux : 4 étaient journaliers, 1 charbonnier, 1 charron, 1 marchande. Parmi les 11 autres inculpés un certain nombre étaient nommés par leurs surnoms, nous avons à faire là à des forestiers ou des compagnons : Georget dit Quatre Poils, Aquilet dit la France, Foret dit Jolly – Bois, Vellard dit Pipette. Les déclassés ne manquaient pas parmi les révoltés. Leur apport semble rester tout de même faible, M. Vovelle nous signale un certain « Bossu » de La Bazoche – Gouët.

Si les forestiers formaient le gros des troupes à Authon – du – Perche, c’étaient que les taxateurs y venaient principalement de la forêt de Montmirail. Nous étions aux tous premiers jours du mouvement taxateur, c’était les forestiers qui portaient encore le mouvement. Rapidement il fut repris en charge par les populations locales et si à La Bazoche – Gouët les forestiers étaient encore nombreux, ils ne représentaient pas une plus forte proportion que les ouvriers agricoles. Toutes les couches sociales populaires étaient représentées : journaliers, ouvriers des industries locales, artisans, petits commerçants. A Nogent de nombreux ouvriers d’Authon étaient signalés parmi les insurgés, des journaliers des « […] villages situés entre ces endroits et Nogents […] ». Nul doute que parmi les taxateurs, venus de Nogent, sur le marché de Rémalard ( Orne ) ne se trouvassent de nombreux étaminiers.

Seuls étaient totalement absents les paysans producteurs ( laboureurs ou bordagers ) et la bourgeoisie. M. Vovelle signale de nombreux prêtres constitutionnels, il pense même que leur participation fut la règle au cours de l’automne 1792. Nous n’en avons pas trouvé de trace dans les campagnes nogentaises. Dolivier ne fit – il pas d’émules percherons ?  Les masses taxatrices représentaient l’ensemble du peuple à l’exception des paysans producteurs.

 

Programme du mouvement.

La seule revendication exprimée clairement était celle de la taxe du grain, inévitablement accompagnée de celle du pain. A Nogent cette taxe fut étendue à d’autres produits de première nécessité. Les insurgés avaient toutefois une vision globale des problèmes « économiques », tout au moins ils savaient que pour être efficace la taxe devait être générale, elle devait être partout appliquée. Les taxateurs de Nogent, le 24 novembre, exprimèrent clairement cette idée.

Cette revendication à elle seule sous – tendait tout un programme. Elle était portée par les masses populaires qui depuis 1789 avaient fait montre d’une attitude antilibérale certaine.  La revendication de la taxe traduisait, de manière confuse, un programme économique centré sur la notion de maximum. La taxe, proposée par les insurgés, n’était pas une mesure passagère. Ils entendaient bien qu’elle fût maintenue, ils promettaient toujours de revenir pour vérifier si la taxe étaient bien appliquée. A Nogent, le bruit couru après la levée de la taxe, le 8 décembre 1792, qu’ils revenaient. L’application de la taxe nécessitait l’organisation de recensements, de réquisitions, etc… toutes mesures légalisées par les lois des 9 et 16 septembre 1792. Les insurgés ne faisaient que compléter cet arsenal « dirigiste » par l’application de la taxe des grains. C’était, en puissance, toute la politique des subsistances de l’an II que défendaient les taxateurs. C’était un programme revendiquant une «  économie morales », selon la belle expression de E. P. Thompson,  qui était ainsi mis en avant. Les masses populaires exaspérées par la cherté du grain, la dévaluation de l’assignat et le non – approvisionnement des marchés, montraient leur opposition catégorique aux lois économiques libérales. La notion de maximum défendue par les taxateurs constituait une limitation du droit de propriété. Le droit de propriété n’était pas attaqué dans son principe, mais il devait être subordonné au droit à l’existence. La première de toutes les « lois sociales » devait être celle qui garantissait les moyens d’existences de tous les membres de la société. Le libre exercice du droit de propriété, et donc du commerce,  devait être limité par ce principe premier. L’idéal social des taxateurs n’était pas celui d’une société de « libre – entreprise » mais celui d’une société de petits producteurs indépendants ; une société où chacun pût disposer de ses propres outils de production afin  d’assurer sa subsistance, à lui et aux siens. Mais pour que chacun bénéficiât pleinement de sa propre « liberté », de sa « propriété », il fallait que le droit de propriété fût limité dans des proportions telles qu’il ne pût mettre en danger l’existence même des citoyens. L’exercice de la liberté devenait un leurre lorsque l’ouvrier, le journalier, ne disposait pas des moyens quotidiens de sa subsistance. Les pratiques spéculatives capitalistes devaient être entravées, parce qu’elles réduisaient à la misère la plus grande partie de la population pendant que quelques – uns se constituaient des fortunes « colossales » à l’abri du « droit de propriété » et de la liberté du commerce.

Les moyens utilisés par les autorités révolutionnaires de l’an II, pour faire respecter le maximum et assurer le ravitaillement des marchés, ne différèrent pas de ceux avancés par les taxateurs de 1792 ; ils furent simplement systématisés et mieux organisés. Mais les masses populaires avaient déjà tout dit en 1792.

Des revendications sociales spécifiques à la paysannerie firent également leur apparition lors de ces mouvements. Elles restèrent rares, nous n’en avons qu’un exemple, encore remonte – t – il au mois de mars 1792. Le 3 mars, à La Chapelle – Royale, les habitants arrêtèrent une voiture de grains et en taxèrent le contenu, ils envoyèrent également une lettre à une « dame noble » et lui ordonnèrent « […] d’affermer se terre qu’elle faisait valoir par ses domestiques pour la Toussaint prochaine, et avant la levée des guérets »[35]. Ce fut la seule fois qu’une revendication « paysanne » fut mise en avant pendant la période de 1789 à 1793 dans le district ; tout au moins nos sources restent muettes sur la question. En exploitant ses terres en faire – valoir direct la « dame noble » portait préjudice à la communauté, elle enlevait des terres aux paysans. Nous avons vu que les paysans non – possessionnés étaient extrêmement nombreux. Dans l’esprit de ces paysans pauvres les propriétaires devaient  louer leurs terres. Ils s’opposaient à toute concentration des exploitations entre quelques mains. Cette attitude était caractéristique d’un idéal social qui rejoignait par bien des aspects celui des Sans – Culottes de l’an II : chaque paysan devait disposer d’une exploitation suffisante pour lui assurer une modeste « médiocrité ».

On a souvent considéré le programme d’ « économie morale » sur lequel se mobilisaient les masses populaires comme rétrograde. Cette dialectique s’inscrivait dans une certaine vision de l’histoire : au système de production de type  « féodal » devait forcément succéder un système de production capitaliste ; tout ce qui s’opposait au capitalisme  et entravait cette « marche de l’histoire » était donc rétrograde. Nous ne partageons pas cette vision quelque peu déterministe de l’histoire. Une société de petits producteurs indépendants était tout aussi « possible » après la chute de l’Ancien régime, qu’une société basée sur la concentration des moyens de productions et sur la prolétarisation des masses rurales. En quoi cet idéal était – il rétrograde ? L’égalité était – elle donc rétrograde par rapport à l’inégalité ?

Ce pour quoi se battaient les masses populaires n’était pas un retour à l’ancien état des choses. L’Ancien régime multipliait à souhait les inégalités sociales. Ce que désiraient les masses populaires, c’était une société « égalitaire », où tout le monde pût jouir pleinement de ses « droits naturels ». Ce n’est pas l’endroit ici pour aborder la question de la philosophie des « droits naturels » et son écho parmi les masses ; mais c’était bien pour ces conceptions, certes passablement « digérées », que se mobilisaient les masses populaires. Il faut noter que Le code de la nature, de Morelly, constitua une des lectures publiques préférée de la société populaire d’Authon – du – Perche durant l’an II[36].

Pour les masses populaires il n’était pas question de renoncer à la république. En automne 1792, elles firent preuve d’un ardent patriotisme. Le mouvement populaire savait tout ce qu’il avait à perdre si les « aristocrates » reprenaient le pouvoir. Au cours de l’été 1791, il fit tout pour battre définitivement les aristocrates et les prêtres réfractaires qui mettaient en danger la révolution. Au cours de l’automne 1792, ce fut contre une autre sorte d’aristocrates que l’on se mobilisa : les spéculateurs, les laboureurs, qui eux aussi mettaient la république en danger.

Pour les masses populaires le mot liberté était vain s’il n’était pas accompagné de mesures assurant au peuple les moyens d’exercer pleinement cette liberté. La première liberté était celle d’exister, c’était la plus fondamentale. La liberté n’était rien sans une certaine égalité, celle – ci passait par la subordination du droit de propriété au droit à l’existence. Ceci ne pouvait être atteint rapidement, dans la conjoncture de 1792 – 1793, que par une politique de taxation.

Ces mouvements populaires de l’automne 1792 n’étaient donc pas rétrogrades, ils proposaient une alternative qui correspondait parfaitement aux aspirations sociales des masses populaires de la fin du XVIIIème siècle.

Cette alternative était – elle « réaliste » ? Certainement pas dans sa version populaire. Le mouvement populaire de 1792 n’abordait pas la question primordiale de l’inflation, de ses causes premières : la multiplication du signe. Il cherchait à supprimer les effets de l’inflation : l’augmentation du prix du blé, la diminution du « pouvoir d’achat » des masses populaires ; sans s’attaquer aux causes. Ils n’étaient certes pas le seul à mal poser le problème. Nous avons vu que la question ne sembla même pas effleurer Chasles. Les « enragés », si actifs un an plus tard en 1793, ne firent pas preuve de plus de perspicacité. Finalement la politique économique de l’an II achoppa principalement sur cette question. Tant que la monnaie ne représentait « rien », il était illusoire d’espérer voir les marchés approvisionnés.

 

L’attitude des autorités locales.

La Convention se montra extrêmement hostile aux mouvements taxateurs. Ceux – ci remettaient en cause le droit de propriété. Seuls les montagnards firent fausse note en défendant les insurgés. Le 30 novembre 1792, Chasles intervenait pour s’en prendre aux fermiers des ci – devants nobles et prêtres : « […] payés par les ennemis du dehors et du dedans pour ne battre leurs grains qu’à la dernière extrémité, ils sont l’une des causes, jusqu’alors négligées, de cette disette qui menace le peuple, ce peuple contre lequel vous employez la force toutes les fois que sa révolte n’exprime que ces besoins »[37]. On retrouve là l’affirmation du légitime droit à l’insurrection pour les masses populaires déjà exprimé dans la lettre : « A mes concitoyens habitants des campagnes », du 7 octobre 1792.

L’attitude des autorités locales fut beaucoup plus souple, en règle générale.

Le district tenta d’attribuer les émeutes à la malveillance, sans se montrer d’ailleurs ni très convaincu, ni très convaincant : « […] les insurgés taxaient arbitrairement les grains et toutes les menues denrées. Si la malveillance a été la source de ce désordre la cherté des subsistances ne les a pas peu  favorisés on espère les meilleurs effets de la loi du 4 mai 1793 relative aux subsistances […] »[38]. C’était reconnaître la justesse des revendications populaires.

Dans une lettre du 13 décembre 1792, que le procureur – syndic, Berroys, envoyait au procureur – général – syndic, le ton était nettement plus sévère. Il annonçait que l’on craignait une nouvelle « descente » des taxateurs sur le marché de Nogent pour le samedi 15 décembre, la taxe ayant été levée le 8. Il concluait en déclarant « […] préférer mourir que de survivre à l’ignominie dont elle [ l’administration du district ] se couvrirait si elle fléchissait devant une troupe de scélérats qui, soudoyés par l’aristocratie expirante, tente encore, mais inutilement de renverser l’édifice de notre constitution à l’aide des crimes et des forfaits qui sont les compagnes inséparables de l’anarchie […] »[39]. Méfions - nous cependant de ce genre de déclaration destinées à un supérieur administratif, elles n’exprimaient pas toujours les sentiments réels des auteurs, elles pouvaient être destinées à « donner le change ». Dans les faits, le district ne se montra pas un ennemi acharné des taxateurs, il ne demanda même pas l’application de la loi martiale comme l’avait fait une des administrations précédentes en novembre 1790.

Ce fut le département qui fit appliquer la loi martiale. Les poursuites judiciaires ne furent pas très nombreuses. La répression fut sélective, tout au moins dans le district, on frappa ceux qui avaient déclenché le mouvement : les forestiers de la forêt de Montmirail et notamment les habitants de La Chapelle – Guillaume ainsi que ceux de La Chapelle – Royale pour les événements de mars 1792. Par contre le déploiement des forces de l’ordre fut massif. Le département envoya tout d’abord, dans le district de Nogent – le – Rotrou, 213 hommes de la gendarmerie nationale. Ces cavaliers arrivèrent au chef – lieu du district le 4 décembre 1792. Trente  d’entre – eux furent envoyés à La Bazoche – Gouët, vingt à Authon – du – Perche, trente – deux à Thiron – Gardais, dix à Montlandon, dix à Champrond – en – Gâtine, cent douze hommes restèrent à Nogent – le – Rotrou. Avec cette pléthore de forces de l’ordre le district garnissait tous les marchés de son ressort, conservant le gros des forces pour le marché le plus important où les risques d’explosion étaient les plus fortes : celui de Nogent. Cette démonstration de force ne dura que quelques jours. Le 8 décembre 1792, tous les gendarmes à cheval étaient rappelés auprès du département, ils furent remplacés par cent hommes d’infanterie de la Légion Germanique bientôt renforcés par trente cavaliers du même régiment[40]. Vingt de ces cavaliers furent envoyés à La Bazoche – Gouët, les dix autres à Authon – du – Perche, les fantassins restèrent à Nogent – le – Rotrou. C’était les trois cantons du district les plus agités, les trois seuls où la taxe fut appliquée.

Les autorités municipales se montrèrent pour le moins conciliantes. Nous avons déjà vu qu’elles ne furent pas très énergiques pour s’opposer à l’instauration de la taxe, se contentant de laisser faire les taxateurs. Elles maintinrent la taxe pendant assez longtemps. A Nogent, elle ne fut levée que le 8 décembre 1792, quinze jours après sa mise ne place. La municipalité pouvait toujours dire qu’elle craignait le retours des taxateurs. Ainsi à Authon – du – Perche et à La Bazoche – Gouët la taxe était toujours en vigueur le 12 décembre 1792, presqu’un mois après son application. Là aussi, les municipalités déclaraient appréhender « […] une nouvelle descente des ouvriers des forêts et surtout de celle de Montmirail […] »[41]. Des commissaires du district se déplacèrent spécialement pour faire lever ces taxes. Le 17 décembre 1792, la municipalité d’Authon – du – Perche prenait des mesures de sécurité et invitait « […] le commandant du détachement de cavalerie qui se trouve à la Bazoche et à Authon ; de bien vouloir être au marché d’Authon jeudi prochain et le jeudi suivant avec tous ces cavaliers […] »[42].  Les dangers d’une « descente » des ouvriers de la forêt de Montmirail n’étaient pas totalement illusoires ; nous avons vu les habitants du Plessis – Dorin intervenir plus d’une fois dans la vie socio – politique du canton d’ Authon – du – Perche. Mais ce n’était pas seulement les habitants du Plessis – Dorin qui constituaient le seul danger, les populations locales étaient également jugées dangereuses. Elles avaient applaudi à l’instauration de la taxe, elles avaient participé à sa propagation, elles y étaient presqu’habituées, après bientôt un mois. Les 30 cavaliers de la Légion Germanique étaient autant destinés à contenir le « peuple » d’Authon qu’à empêcher l’intervention des habitants du Plessis – Dorin ; en d’autres circonstances la garde nationale d’Authon s’était montrée capable de s’opposer au projet de ces derniers. Il est vrai que les gardes nationaux étaient parmi les premiers à se battre pour la taxe en cette fin d’année 1792.

 

Contre qui furent utilisées les forces de l’ordre ?

En 1789/1790, les fauteurs de troubles étaient les émeutiers, ce fut contre eux, et eux seuls, que s’abattit la répression. Il en fut tout à fait différemment après les révoltes de novembre 1792. L’attitude des autorités locales avait évoluée. En mai 1792 puis en septembre de la même année, certaines municipalités, notamment celle d’Authon, avaient pris des mesures contre la spéculation. A la fin d’octobre 1792, la municipalité de Nogent, appuyée par le district, mit sur pied une commission de subsistance et un « comité de bienfaisance » qui n’avaient d’autres buts que de taxer le prix du pain par un biais légal ( aux frais de la municipalité ). Au même moment, le district dénonçait « […] l’intérêt ou la cupidité des campagnes […] »[43]comme responsable de la disette. En décembre1792, les fauteurs de troubles étaient les responsables de la disette, ceux qui n’approvisionnaient pas les marchés. On utilisa les forces de l’ordre principalement contre eux.

Le 3 décembre 1792, les officiers municipaux de Nogent, instruits de l’arrivée de 200 cavaliers[44], sollicitaient « […] l’autorisation d’envoyer un piquet de la Garde – Nationale de Nogent dans les fermes environnantes […] pour faire sentir aux cultivateurs l’indispensable nécessité d’approvisionner le marché de demain […] »[45], tâche sans doute plus au goût des gardes nationaux que celle du maintien de l’ordre sur le marché. Le district répondit favorablement à cette demande. Il ne fait aucun doute que la garde nationale de Nogent remplît avec zèle cette mission, elle qui s’était portée en entier sur le marché de Rémalard pour y imposer la taxe. Nous ne saurons malheureusement jamais quels arguments elle utilisa pour « faire sentir aux cultivateurs » la nécessité d’apporter leurs grains au marché de Nogent. Le 6 décembre 1792, après une nouvelle requête de la municipalité, le district enjoignait le commandant de la gendarmerie d’envoyer deux piquets dans les fermes des environs de Nogent. Ces piquets devaient « […] engager et même contraindre [ les cultivateurs ] à fournir les marchès chaque semaine de cette ville la quantité de grains que les commissaires de ladite municipalité jugeront à propos de fournir, […] »[46]. Le 15 décembre 1792, le district accordait, aux municipalités de Nogent – le – Rotrou et d’ Authon – du – Perche, l’autorisation de faire des perquisitions chez les particuliers[47].

Les autorités locales utilisèrent les « forces de répression » pour faire exécuter les réquisitions et perquisitions autorisées par les lois des 9 et 16 septembre 1792. On assistait à un véritable détournement de fonction des forces de l’ordre. On les utilisa pour contraindre les agriculteurs à fournir les marchés. Les autorités locales mirent un empressement marqué à faire appliquer les lois de septembre, quand le département ne semblait faire aucun effort en ce sens. Les mouvements du mois de novembre furent décisifs dans ce changement d’attitude, avant novembre seules les municipalités d’ Authon  et du Coudray s’appliquaient scrupuleusement à faire des recensements de grains. Au cours du mois d’octobre, la municipalité de Nogent commença ce travail. On assistait là à une prise de position de plus en plus marquée des autorités locales en faveur d’une politique économique dirigiste – tout au moins d’un certain nombre d’entre – elles : le district, les municipalités de Nogent, Authon, La Bazoche également et de petites communes rurales comme celle du Coudray. Le mouvement de novembre 1792 ne fit que renforcer cette « option ». Les autorités locales se montrèrent  partisanes de la politique de réquisition.

 

Mais les lois de septembre 1792 étaient l’objet d’attaques constantes de la part de la droite de la Convention : les Girondins. Simultanément au mouvement de taxation de l’automne, un important débat s’engageait à la Convention, entre les Girondins et les Montagnards, sur la liberté du commerce,  ponctué par les interventions de Goujon le 19 novembre, de Chasles le 29 novembre, de St Just le 2 décembre et de Robespierre le 8 décembre pour les Montagnards. Les Girondins l’emportaient et le 8 décembre 1792, les lois de septembre étaient abrogées, le marché des grains redevenait entièrement « libre ».

Les municipalités continuèrent à effectuer des perquisitions. Il fallut un arrêté départemental, daté du 5 janvier 1793, pour que celle d’’Authon – du – Perche cessât de faire des réquisitions de grains chez les cultivateurs de son canton[48].

 

Ce changement de « politique » des autorités locales n’était pas le fait du hasard, il correspondait à un changement de personnel politique. Au niveau du district le procureur – syndic, Dugué – le – Jeune, était remplacé depuis la fin novembre 1792 par un parfumeur de Nogent : Berroys. Sur ce personnage nous ne savons pas grand-chose. Sans être un ardent révolutionnaire, il ne faisait pas partie de la Société Patriotique de Nogent et fut destitué par le représentant du peuple en mission Thirion, le 5 frimaire an II ( 25 novembre 1793 ), il se montrait néanmoins soucieux d’apaiser les misères du peuple ; pour lui la politique de réquisition était nécessaire en période de crise, il se montra partisan de la politique d’intervention. Les membres de la Société Patriotique de Nogent faisaient leur entrée au sein de l’administration du district : J. – Fr. – Denis David, médecin à Margon et membre influent de la société populaire nogentaise, était élu membre du conseil du district et président de cette administration.

A la municipalité de Nogent après une période de flottement qui suivit le départ de Chasles pour Paris, les patriotes révolutionnaires reprenaient les choses en main. Le 3 décembre 1792, J. – J. Beaudoin, apothicaire à Nogent, était élu 1er officier municipal[49].  Quant à la municipalité d’Authon, plusieurs de ses membres furent les fondateurs de la « Société des Amis de la liberté et de l’égalité » ou société sans culotte et républicaine[50] en mai 1793 ; notamment le procureur Et.- Ch. – Marin Martin, dit Fortris. Nous ne sommes plus étonnés que les conseils de Chasles aient trouvé des oreilles attentives au sein des autorités locales du district.

Certes la revendication majeure des émeutiers ne fut jamais reprise en charge par les autorités locales. Elles étaient trop conscientes des dangers qu’encouraient ceux qui proposaient la taxe, la loi martiale était toujours en vigueur. Mais en faisant porter tout le poids de la « répression » sur les cultivateurs récalcitrants, sur les spéculateurs, elles signifiaient leur approbation tacite du mouvement taxateur. Cette convergence nous l’avions déjà rencontré lors de la lutte contre l’aristocratie et les prêtres réfractaires, lors de l’élection de Chasles à la municipalité de Nogent – le – Rotrou. Elle se concrétisera en 1793 par l’émergence d’un puissant mouvement Sans – Culotte dans les cantons d’Authon – du – Perche et de La Bazoche – Gouët, sans oublier celui de Nogent – le – Rotrou.

 


 

Annexe : délibération de la municipalité d’Authon – du- Perche le 15 novembre 1792.

 

« Séance Permanente du Conseil général de la Commune du 15 9.bre 1792 l'an 1.er de la Republique française.

Les Citoyens Lafleche, Chutaux et Pitou Seuls Officiers Municipaux Les autres et le Procureur de la Commune Etant à l'assemblée électorale de château neuf on dit qu'un Rassemblement d'henviron 150 personnes armés de fusils piques et gros Bastons de la forêt de Montmirail et des Paroisses voisines Se Seroient Rassemblés Ce jourd'hui au marché du bled pour en faire la taxe, que Sétant addressés à eux pour la faire, ils Si Seroient oposés Sur le fondement que les Loix le défendoient. Malgré les Raisons qu'ils leurs ont donnée de l'illégalité d'une pareille taxe ; les Nommés Leproust bucheron, deux Chardrons freres Sabottiers tous de la forêt de montmirail, le nommé Cochelin tionnois [ sic ], de melleray et le nommé vannier aubergiste au quatre vents paroisse de grès, ayant portes la parolle ont dit qu'il y avoit assé longtans qu'ils Mangeoient le pain cher que leurs bourses étoient épuisées qu'ainsy ils entendoient qu'il fut taxé, quils ne venoient pas pour faire du mal qu'ils avoient de bons Conseils, et de fait ils l'ont fixé à trois livres le boisseau Elite pesant environ 40 livres, les autres grains en proportion ; La Municipalité et la garde nationale n'etant pas en force pour Sy opposer Sans exposer la Commune à des Malheurs plus grand que la taxe en elle même, le blé et autres grains Se Sont vendus au prix fixé et le pain de neuf livres à 15. Sols ; Requérant qu'il Soit dressé acte Des faits Ci-dessus .

Le Conseil Général permanent prenant en Considération la pétition des Officiers Municipaux délibérant, arrête qu'expédition des présentes Sera envoyée au Directoire du District de Nogent le Rotrou pour Servir et valoir ce que de Raison.

Fait et arrêté à authon en l'hôtel Commun les dits jours et an que dessus.

Pitou C.      Lafleche       Chutaux

Haucer ?               Cogneau

martin           tuau             Roger              GaSselin

fortin

Lafleche Sécrétaire Greffier »[51]

 

Délibération de la municipalité de Nogent – le - Rotrou du 24

 novembre 1792 concernant l’émeute taxatrice se déroulant simultanément.

 

« Ensuite un membre a observé que deuX particuliers demandoient à être Introduits en la Salle pour préSenter une pétitioN.

Le conSeil général a unanimement consenti Leur IntroductioN.

Lorsque les dits citoYens ont été admis à la Séance, un membre leur a demandé en vertu de quel pouvoir Ils se présentoient, ils ont répondus qu’ils étoient envoYés par leurs concitoyens.

Comme aucun titre ne Justiffioit Leur miSsion, l’assemblée les a priés de Se retirer.

aussitôt un nombre infini d’hommes armés d’Instruments Tant offensifs que défensifs, réunis [ à partir de cette page l’écriture qui semble changée est  non assurée  ] et  auX deuX cents volontaires en quartier d’hYver à la ferté Bernard  tous uniformément armes et equipés sur le pied de Guerre sont entrés et ont dit que dans plusieurs villes & bourgs telles que Mondoubleau, autHon, La Bazoche, & autres endroits Ils avoient fait taxer les Grains, et qu’ils requieroient la mup. de procéder sur le cHamp à cette FixatioN.

alors le Conseil Général pénétré de l’illegalité et de  l’irrégularité de cette pétition, a repondu par l’organe du citoyen procureur Syndic du district alors intervenu, que la loi defendait Imperieusement de troubler la Liberté qui doit accompagner la vente des Grains ; en Conséquence qu’ils ne pouvoient obtemperer à la préSente petition.

cette multitude Composée de Citoyens des villes et Bourgs environnants et dont le nombre s’accroissoit prodigieusement à chaque Instant a elevé vivement la voix contre ce refus et a annoncé quils taxeroient eux-mêmes cette denrée de premiere nécéSsité, & quil n’eXistoit point de loi qui  prescrive auX magistrats de laisser périr les citoyens par l’eXhaussement du prix des grains. Le procureur Syndic a a linStant eXposé avec l’energie et la fermeté qui conviennent à l’adminiStrateur  impaSsible et eclairé, que jamais Le Conseil ne Se porteroit à un acte que tous les décrets de la République, la justice et l’encouraGement dû à l’agriculture proscrivent, et qu’il prefereroit ainSi que  Ses CollègueS être victimes de la fureur des petitionnaires plutôt que d’etre les Instruments de la violation de la loi, quils ne pouvoient que gemir sur l’eXemple des municipalités qui avoient  lachement condescendu à leur désir sur la taxe des Grains, qu’en ce  moment Il étoit Impossible d’oppoSer aucune  resistance à l’eXécutioN  de leur projet puis quil formoit le vœu d’une maSse imposante de citoyens dont le nombre couvroit presque toute la place de cette ville, et  qu’il croit dangeureuX de mettre en oppoSition avec une Garde nationale affoiblie tant par le  deSarmément que par les epuiSements de tous les Genres que la revolutioN leur avoit accaSionnéS.- la troupe S’irritant de la contenance Heroique de l’adminiStrateur  qui leur tenoit le langage de la loi, a menacé le conSeil g.al de violence, de pillage &.a S’il ne toleroit pas au moins la taxe des grains, et il s’est trouvé parmi ces Hommes un etre assez barbare pour avancer qu’il abattroit la tête du p.eur Syndic,  s’il irritoit [ lecture peu assurée ]  plus longtems.- alors Le conSeil g.al Considérant que Si la Commune  luttoit contre cette RéSolutioN condamnable, Il alloit en resulter le carnage le plus meurtrier, que d’ailleurs plusiers Habitants conduits par la Crainte de la famine, Sembloient applaudir auX diSpoSitions de ces étrangers ou Se reuniSSant à euX dans les differents endroits de cette ville et que ce Seroit appeler Sur la tête des  Magistrats le glaive d’une troupe incensée sans qu’il en put resulter aucun respect pour la loi et ses maintenteurs [ ? ], qu’au murmur [ lecture peu assurée ],  Il devenoit ImperrieuX de tolerer cet acte vraiment criminel. en conSéquence Le conSeil g.al a obServé à la multitude impatiente de la réalisatioN de ses voeüs perfides que puiSque la VoiX de la Raison, le Langage de la  Loi ne pouvoient obtenir aucun Empire Sur leur esprit, qu’ils alloient être les tristes temoins d’une actioN qui leur dechiroit le cœur. aussitôt tous ces étrangers Se Sont portés Sur la place et ont taXé le grain à 5#, le beurre a 10 .s les œufs à 5.s la chandelle à 6.s et Se Sont enSuite diSsimineés par Groupe dans les divers Carrefours et commen.t [ commenter ? ] leur Joie auX Habitants de la ville de Nog.t non contents de ces excés Suggerés par la malveillance et la Perfidie du reste des forcénés. ces hommes aveugles Sur les Intérets de la natioN entiere ont Fait injonctioN auX Habitants de cette ville a haute et intelligible voix d’aller effectuer les mêmes opérations a Bellesme, à la Loupes, à Regmalard, afin de rendre la  taxe uniforme, Ils leur ont même Indiqués pour aSsurer le SuccéS de leur plan de Se faire accompagner de leurs magistrats et de leurs adminiStrateurs, qu’eux-mêmes avoient employé ce moyen ainSi qu’on pouvoit Le vérifier. Le conseil jalouX de Se procurer Tous les renseignements et les lumieres Si précieuses en pareil cas, a prié l’un de Ses membres de S’aSSurer de ce fait. Ce membre après les informations & demarches nécéSsaires, a assuré avoir vû les admeurs et les officiers mupauX de la ferté Bernard et avoir eu une longue conference avec euX Sur les actes récents qui venoient de Se commettre en leur ville, et sur les motifs qui avoient provoqué leur demarche, que le resultat en Substance étoit qu’une multitude ImmenSe avoit demandé la fiXation des grainS co.e elle le fait aujourd’hui en cette ville, qu’ils n’avoient pu S’oppoSer  et que ne pouvant taire un acte reprehenSsible au dépt. De la Sarthe, les adm.eurs qui le compoSent leur avoient prescrit de rétablir la taXe mup.ale ; que Soumis  aveuglement auX Superieurs, ils avoient miS l’arrêté du dép.t à eX.ion, que cette conformité a obéir avoit fait naïtre une fermentation des plus conSiderables et des plus convulsives, et que leurs vies avoient encourû les plus gr.ds dangers, [ deux mots non déchiffrés ] que Le peuple apres avoir de nouveau taXé les grainS, les avoient ForcéS de marcher à leur tete+ [ en marge :+ ensuite ]. [ mots rayés illisibles ] ces Hommes animéS de l’esprit de déSordre et d’InsubordinatioN ont menacé les Habitants de Nog.t de revenir S’aSsurer s ils  s’etoient conforméS auX ordres quils leur Intimoient. Le calme n’a reparu pendant quelque tems que pour Succeder à l’orage ; deuX membreS de la troupe Sont entréS et ont demandé au nom des étrangers que la mup. prononçat la taxe du pain en proportion avec celle des grainS, Le conseil g.al ne pouvant acquiSser à cet acte qui bleSsoit tout à la foiS et la Justice et Son devoir, S’Y est refuSé ; enfin un nombre considerable de citoYens Se Sont préSentéS et ont demandé la  taXe du pain Ces citoyens etoient arméS de Crocs et de Sabres / le conseil toujours inflleXible ne Se departant point  des principes rigoureuX etabliS par la loi, dont le  [ dépot : lecture peu assurée ] lui eSt confié, n’a point encore cédé, et a cet Instant un citoYen a dit que pour calmer l’effervescence et faire rentrer cette portioN de la Société dans les bornes du devoir, Il Se chargoit de faire annoncer la taXe du pain, ce quil a fait. dans ces tristes conjonctures le conSeil g.al profondement aFFligé de n’avoir pu faire triompher la loi remontre auX autoritéS Supérieures que S’il  déclare nulle cette taXation illégale, Il est presque certain que les divers Habitants vont provoquer une reSistance ouverte à cet acte d’autorité maGistralle, que d’un autre coté, Si cette taxe se Soutient, Il va devenir impoSsible auX boulangers qui ne peuvent Se fournir des grainS qu’a 8 ou 9. # le minot, d’approviSionner la commune Sans des pertes capables d’abSorber leur Fortune en deux ou trois Jours,

oui le procureur de la c.e, arrête quil ne veut point adopter ni l’une ni l’autre de ces deux meSures sans avoir l’aviS des corps administratifs sur le choix des moyens pratiques. Invite en outre les admi.eurs  qui ne deSirent que la felicité publique, de prévenir la Convention na.le de ces deSordres, et de Solliciter des legislateurs une loi g.ale qui  faSse promptem.t disparaitre ces actes qui ameneroient Infailliblement la diSSolution de la republique + [ en marge : + ( deux mots non déchiffrés ) nomme le  citoyen fortin b.e pour Se joindre à l’adm.eur que le directoire eSt prié de choiSir sur le champ ] auX fins de remettre la deliberation préSente au dép.t, de l’appuyer de tous leurs moyens et d’obtenir l’objet du preSent. Dont acte ./.      baugars    J. Marguerith

P.re Lequette

Pr.r de la C.                         Baudoüin        Bacle

                                                                         Verdier       Fauveau »[52]

 

 

 



[1] A. D. 28 Délibération de la municipalité d’Authon-du-Perche sous la côte provisoire, en septembre 2015,  de E-DEPOT 018 NC art.19 ( L 181 ancienne côte ).

[2] A. D. Eure – et – Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, pour Authon et la Bazoche.

[3] M. VOVELLE. « Les campagnes à l’assaut des villes sous la révolution ». In Ville et campagne au 18ème siècle ( Chartres et la Beauce ). Paris, 1980. P. 249.

[4] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 24 novembre 1792.

[5] A. D. Eure – et – Loir, L. 35, ancienne cote, L 227 nouvelle côte.

[6] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 novelle côte, séance du 24 novembre 1792.

[7] Idem.

[8]  Idem.

[9]  Idem.

[10]  Voir en annexe la délibération de la commune de Nogent-le-Rotrou du 24 novembre 1792.

[11] A. D. Eure – et – Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des gendarmes, La Bazoche – Gouët, le 17 novembre 1792.

[12] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 24 novembre 1792

[13] M. VOVELLE. « Les campagnes à l’assaut des villes sous la révolution ». In Ville et campagne au 18ème siècle ( Chartres et la Beauce ). Paris, 1980. P. 247.

[14] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des officiers municipaux d’Authon, le 15 novembre 1792.

[15] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cot, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des officiers municipaux de La Bazoche, le 17 novembre 1792.

[16] A. D. Eure – et- Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 24 novembre 1792.

[17] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des gendarmes à Authon, le 15 novembre 1792.

[18] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des gendarmes à La Bazoche – Gouët, le 17 novembre 1792.

[19] Idem.

[20] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des gendarmes à Authon, le 15 novembre 1792.

[21] Idem.

[22] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte, procès – verbal des gendarmes à La Bazoche – Gouët, le 17 novembre 1792.

[23] Ce dernier, H.Vasseur maître de poste à Nogent – le – Rotrou ( par ailleurs beau-frère du conventionnel Giroust qui finit par se reconnaître dans le « parti » des girondins fortement opposés à toute remise en cause de la liberté absolue du commerce et à la libre disposition des propriétés ) cherchant sans aucun doute à minimiser le manque de résistance des autorités constituées de sa ville, tant la municipalité que l’administration du district.

[24] Archives Parlementaires, Tome LIII, Page 599.

Le 26 novembre 1792, Chasles intervenait à la tribune de la Convention  à propos des troubles de subsistance, à l’occasion de la réception de députés extraordinaires du département d’Eure – et Loir venus rendre compte des troubles de ce département. Il commençait par prendre la défense de Duval, patron de la verrerie de Montmirail ( Sarthe ) qui avait été dénoncé par Lesage ( député d’Eure – et –. Loir ) comme responsable des virées taxatrice notamment à Brou . Chabot, Prieur ( de la Marne) et Silléry avaient tenter de prendre la parole alors.

« Châles[ au cours de ce débat son nom est orthographié de deux façons ]. L’Assemblée ne doit pas s’occuper des hommes, mais des choses. (Murmures) Je puis assurer que Duval est un citoyen qui m’a toujours paru bon patriote, et les quatre frères Duval ont constamment occupé un grand nombre d’ouvriers. (Nouveaux murmures).»

Puis, Chasles reprenait la parole suite à  l’intervention du maire de Nogent – le – Rotrou qui évoquait la taxation ayant eu lieu sur le marché de la ville le samedi 24 novembre. Son intervention visait à expliquer les causes des troubles frumentaires, il dénonce le comportement des propriétaires et des fermiers :

 «Chasles. […]

 Dans plusieurs départements de la République et surtout dans le département de l’Eure [ il faut lire Eure – et – Loir ], il existe encore des hommes qui sont restés, par l’opinion, les esclaves des ci-devant nobles et des ci-devant corps ecclésiastiques, tellement qu’ils partagent leurs vues désastreuses et leurs projets désorganisateurs. Ces propriétaires consentent à recevoir leurs fermages, non en valeur fictive comme autrefois, mais en valeur réelle, comme cela ce pouvait faire, c’est-à-dire en grains, en légumes, en laines, beurres et autres denrées, de manière que ces objets renchérissent et que le grain reste renfermé dans les greniers. Je connais une ferme où les grains n’ont pas été battus depuis huit mois. »

[25] Sur cette affaire voir le récit détaillé des événements dans :

G. FRESSARD. Une émeute à Courville en 1792. Chartres, s. d., 4 p.

Les trois députés durent faire face à une manifestation populaire et la peur pour leurs vies, c’est du moins ce qu’ils dirent, les poussa à accepter de signer une taxation illégale et à la revêtir de l’autorité de la Convention

Ci – dessous le texte de l’arrêté pris par les trois députés :

« Arrêté aujourd’hui, le 29 novembre 1792,l’an premier de la République, par les commissaires de la Convention nationale que le prix des denrées ci-après  sont à jamais fixés ainsi qu’il suit, savoir :
La tête de blé, le setier à 17 livres, 6 sous. Qualité moyenne, le setier à 16 livres. Dernière qualité, le setier à 14 livres.

L’orge, le setier à 8 livres.

La chandelle, à 16 sous le livre.

Bœuf, 5 sous la livre.

L’aune de toile à 2 livres. Celle de serge blanche à 55 sous.

Le fer à 20 livres le cent.

Les souliers à 4 livres 10 sous la paire. Ceux à forte semelle et à deux rands de clous à 45 sous la paire. 

[26] A. D. Eure – et- Loir, L. 35 ancienne cote, L 227, procès – verbal des gendarmes à Authon, le 15 novembre 1792.

[27] A. D. Eure – et- Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 24 novembre 1792

[28] Archives Parlementaires, tome LIII, page 599.

[29] Adresse des membres du département d’Eure – et – Loir à la Convention nationale le 1er Décembre 1792 … Paris, 1792, in 8, 7 p.

[30] P. BOIS. Paysans de l’ouest. Paris, 1971, P. 216. Nous avons vu, dans la note 23 , que lors du débat sur les subsistances à la Convention, le 26 novembre 1792, que Chasles monta à la tribune pour défendre Duval.

[31] Idem.

[32] M. VOVELLE. Op. cit., p. 256.

[33] A. D. Eure – et – Loir, L. 35 ancienne cote, L 227 nouvelle côte. Dans sa délibération ayant eu lieu le jour même, la municipalité d’Authon cite cinq noms dont trois de forestiers ( bucheron ou sabotier ) et deux de citoyens vivant à proximité de la forêt de Montmirail : « […] les Nommés Leproust bucheron, deux Chardrons freres Sabottiers tous de la forêt de montmirail, le nommé Cochelin tionnois [ sic ], de melleray et le nommé vannier aubergiste au quatre vents paroisse de grès […] » ( L 181 ancienne côte, nouvelle côte provisoire : AD 28 E-DEPOT 018 NC art. 19 ).

[34] A. D. Eure – et – Loir, L. 326 à 331 nouvelle cote, anciennement L 402 à 404, recensement de vendémiaire an IV.

[35] M. VOVELLE. Op. cit., p. 271.

[36] A. D. Eure – et – Loir, L 1368 nouvelle cote, anciennement L. 336, séance du 30 ventôse an II.

A partir de cette séance, il fut décidé de lire un « abrégé » de cet ouvrage, au moins une fois chaque mois. Ceci dura jusqu’en floréal an III ( avril – mai 1795 ).

[37] Cité à partir d’archives privées par :

Cl. PICHOIS, J. DAUTRY. Le conventionnel Chasles et ses idées démocratiques. Aix – en –Provence, 1958. p. 38.

[38] A. D. Eure – et – Loir, L 1167 nouvelle cote, anciennement côte L. 144, séance du 13 mai 1793.

[39] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 13 décembre 1792.

[40] A. D. Eure – et – Loir, L. 151 ancienne côte, 1175 nouvelle côte, séance du 14 décembre 1792.

[41] A. D. Eure – et – Loir, L151 ancienne côte, 1175 nouvelle côte, séance du 13 décembre 1792.

[42] A. D. Eure – et – Loir,  nouvelle cote provisoire E-DEPOT 018 NC art. 19 ( anciennement L. 181), séance du 17 décembre 1792.

[43] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 27 octobre 1792.

[44] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 06 décembre 1792.

[45] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 03 décembre 1792.

[46] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 06 décembre 1792.

[47] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 15 décembre 1792.

[48] A. D. Eure – et – Loir, L 151 ancienne côte, L. 1175 nouvelle côte, séance du 11 janvier 1793.

[49] On peut le considérer comme le « second » de Chasles à la Société Patriotique de Nogent. Le 5 frimaire an II ( 25 novembre 1793 ), il devenait procureur – syndic du district.

De nombreux autres officiers municipaux ou notables étaient membres de cette société, citons Beaugas l’aîné. La maire Hilaire Vasseur, s’il ne faisait pas partie de ladite société, n’en fut , semble – t –il, jamais l’adversaire. En l’an II, il fut maintenu à son poste.

[50] Ce nom est celui qui figure en page de garde du registre des délibération de la Société populaire  d’Authon, A. D. 28 L 1368 ( anciennement L 336 ).

[51] A. D. 28 Délibération de la municipalité d’Authon-du-Perche sous la nouvelle côte provisoire, en septembre 2015,  de E-DEPOT 018 NC art.19, ancienne côte L 181.

[52] Archives municipales de Nogent - le – Rotrou, 1 D 2, feuilles 4 et 5.