Sans-culotte destituéLe 16 germinal an III (dimanche 5 avril 1795), le conseil général de Nogent-le-Républicain recevait le citoyen Jouveaux, administrateur du département d’Eure-et-Loir, qui déposait sur le bureau un arrêté du représentant en mission Bernier, daté du quatorze germinal (vendredi 3 avril 1795) à Evreux, destituant de ses fonctions d’agent national du district le citoyen Beaudouin « […] Considerant que l’opinion publique designe Beaudoüin comme immoral, ignorant et terroriste,[…] », ainsi que la mise sous scellés de ses papiers et son désarmement, de plus, Beaudouin, était mis sous la surveillance de la municipalité et  était remplacé provisoirement par le citoyen Dugué-Mansonnière, homme de loi. La municipalité de Nogent, nommait son agent national, le citoyen Lequette, pour accompagner le citoyen Jouveaux afin de faire exécuter cet arrêté.

Ensuite de quoi, le même citoyen Jouveaux, déposait une proclamation du même représentant en mission, Bernier, faisant injonction les cultivateurs et propriétaires de grains frappés de réquisitions pour pourvoir aux besoins en subsistances de la ville de Nogent-le-Républicain de remplir leurs obligations. La municipalité ordonnait l’impression sur le champ de cette proclamation et sa distribution à toutes les autorités constituées concernées. La même proclamation enjoignait aux dites autorités constituées de dresser procès-verbal de toute entrave à la circulation des subsistances.

Cette délibération est extrêmement instructive sur le moment thermidorien ou d’un côté on cherchait à éliminer ceux qui étaient assimilés à l’avant thermidor an II, englobés sous le nom de « terroristes » ou d’autres noms d’oiseaux et où l’on continuait de recourir aux politiques de réquisition pour approvisionner les marchés.

Ce 16 germinal c’était au tour de l’apothicaire Beaudouin de faire les frais d’une « épuration » des autorités constituées. Je passerais sur la qualification d’ignorant ce qui aurait dû avoir des conséquences dommageables de la part d’un herboriste établi depuis longtemps dans la ville, mais il est vrai qu’il ne faisait pas partie de la petite « coterie » de hommes de loi comme son remplaçant Dugué-Mansonnière (voir ici) ou des riches propriétaires ou négociants liés au commerce des étamines (industrie dominante de Nogent). En ce qui concerne le qualificatif d’immoral je ne peux me prononcer et en laisse la responsabilité à «[…] l’opinion publique […] » ; pour ce que nous en savons, le citoyen Beaudouin ne sembla pas avoir fait preuve d’une attitude outrageusement « déchristianisatrice »(en tout cas beaucoup moins que son collègue David, maire de Margon,  qui lui se montra plus mordant à ce sujet) ce qui aurait pu lui valoir cette réputation véhiculée par « l’opinion » publique ou celle des gens « honnêtes. Quant au terme de « terroriste », il est vrai que Beaudouin n’émit jamais d’objection face au cours de la révolution en l’an II, par ailleurs il fut sans doute membre de la Société des Amis de la Constitution de Nogent (ou Jacobins), de plus il montra son soutien au futur conventionnel montagnard, voire maratiste, Chasles en juin 1791, peu de temps avant l’arrivée de ce dernier  à Nogent, lorsque celui – ci se plaignait, devant le district, que la municipalité de Nogent refusait de faire remettre en état le collège (sur Chasles voir la biographie succincte sur ce blog par ici ou même sa biographie complète toujours sur ce blog : onglet « Chasles et les autres » du menu). Mais le principal reproche que pouvait lui faire le représentant en mission Bernier sur ce dernier point était sans aucun doute d’avoir été nommé au poste procureur syndic du district, le 5 frimaire an II (25 novembre 1793), par le représentant en mission Thirion, lors d’une précédente « épuration » des autorités constituées qui réorganisa totalement l’équipe dirigeante du district (voir ).

Dans le même temps, le conventionnel Bernier avait recours, en ce printemps 1795 (calamiteux du point de vue de l’approvisionnement des marchés en grains) aux réquisitions largement pratiquées justement en 1793 et en l’an II tout en proclamant s’opposer à «[…] tous les Faits qui tenderoient a entraver la libre circulation des Subsistances &&.[…]». Je croyais sans doute naïvement que les réquisitions (qu’elles fussent justifiées ou non) constituaient de fait une entrave à la liberté du commerce et de la circulation des marchandises.

Autrement dit les pratiques politiques et économiques mises en œuvre s’inscrivaient dans la droite ligne de celles appliquées par les « terroristes » alors dénoncés mais mise au service d’une autre orientation politique globale.

 

 

«[Bas du feuillet 16 recto]

 aujourd’hui Seize germinal antroisiemedela République Francaise une et indivisible

le conseil général dela commune de Nogent le Republicain cidevant le Rotrou Reuni aulieu ordinaire deSes Séances

est comparu le citoyen jouveaux l’undes administrateurs audépartement d’Eure et loir lequel a Remis Sur le Bureau copie collationnée Par lui comparant d’un arretè du citoyen Bernier[1]presentant dupeuple en mission dans les départements de l’Eure et d’Eure et loir endattedu quatorze germinal présent Mois contenant differentes dispositions ci apres deduite : duquel arreté Suit la transcription

 

            transcription.

 

                    Liberté                                                 Egalité

                    humanité                                             justice

 

                                  Republique Française

Duquatorze germinal, l’an troisieme dela République Francaise une et indivisible.

 

            Bernier, Répresentant du peuple, en mission dans les departements de l’Eure et d Eure et loir.

D’après les Renseignements qui Nous ont eté procurés Sur la conduite et les principes publiques de Beaudoüin agent National prés ledistrict de Nogent leRépublicain, Considerant que l’opinion publique designe Beaudoüin comme immoral, ignorant et terroriste, arretons cequi Suit.

 

art. 1.er

Beaudoûin agent National dudistrict de  Nogent le Republicain est destitué de Ses Fonctions.

 

2.

Il Seraprovisoirement remplacé par le citoyen Dugué-manssoniere, homme de loy aNogent, que nous mettons en Réquisition, au Nomde la patrie ; pour remplir ces Fonctions.

 

3.

Les Sellés Seront Sur le champ apposés Sur les papiers de Beaudoüin, reconnús Sur l’heure et examen et Déscription Serons Faits des dits papiers.

 

4.

 

Beaudoüin Sera désarmé.

 

5.

il est & demeure Sous la Surveilance delaMunicipalité deSaRésidence devant laquelle il Sera tenú deSeprésenter tous les jours aux heures qui lui Seront indiquées par elle, Sans pouvoir S’absenter de la commune, S il n’en a obtenú l’autorisation dela Municipalité.

 

6.

le Representant dupeuple S’en Rapporte alaprudence du commissaire ci après denommé pour Faire operer, S il le juge convenable, le transferement de Beaudoüin a chartres chef lieududépartement d’Eure et loir.

 

7.

il Seradressé procés verbal des operations préscrites par les articles précedents et expedition envoyée auReprésentant dupeuple.

 

8.

lepresent Sera adressé par un courrier Extraordinaire au citoyen jouveaux administrateur audepartement d’Eure et loir, qui demeure chargé dele mettre promptement a Execution dont il certifiera leRepresentant du peuple.

 

Fait a Evreux ledit jour quatorze degerminal l’an troisieme

 

N° 17..g p.

delaRépublique Francaise une et indivisible : Signé Bernier

 

Pour Expédition conforme certifiée par le commissaire  Sousig

Sigjouveaux.

ensuite ledit commissaire ademandé que pour mettre a execution l’arreté cidessús, le conseil genéral lui donna l’un de Ses membres pour l’accompagner et etre temoin de Ses opérations :

le conseil général Faisant droit Sur lademandedu comparant, a invité Son agent[2] a Suivre et Se rendre aux vœux dudit commissaire pour l’opération quedessús dont acte.

émeute de marché

ensuite l’agent National adonné lecture d’une proclamation adressée aux citoyens dece district endatte du quinze du courant par le citoyen Bernier Représentant dupeuple, délegué dans lespartements de leure et d eure et loir portant injonctionaux cultivateurs & proprietaires de grains, Frappés de Requisitions pour les Besoins urgents de cette commune, deles Remplir dans les delais qui leur Sont prescrits, aux habitants des communes d’en assurer l effet, le transport et arrivage a leur déstination, aux différentes autorités constituées Sous leur résponsabilité collective et individuelle, de dresser procès verbal detous les Faits qui tenderoient a entraver lalibre circulation des Subsistances &&. et chargeant l’agent National de cette commune delaFaire imprimer, lire etpublier etdela Faire passer aux municipalités dudit district qui Seront tenues egalement de la Faire lire, publier et affiché

le conseil general déliberant, arrete que la proclamation cidessue Sera a l’heure meme livrée al’impression et dans le jour dedemain adressée aleur déstination Respectives dont acte.   gpetibon  J C. Joubert   Caget

           j jallon ainé                               A Jallon           J Sortais

PiChereault                                 Beaugas Lejeune       Gsalmon

                             Tarenne

Beuzelin         RogerleComte     Boisard Lainé

 

                                       Tison

                                        Sre : »[3]

95-04-05 vue 1

95-04-05 vue 2

95-04-05 vue 3

 



[1] Sur le conventionnel Bernier se reporter à la note trois de la première délibération en date du 2 avril 1795 : ici.

[2] Il convient sans doute de lire son agent national.

[3] Archives municipales de Nogent-le-Rotrou, 1 D3.