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La question des subsistances ne fut pas le seul facteur de mobilisations populaires, il s’intégra dans tout un contexte de revendications. Une fois le problème de l’approvisionnement résolu ( provisoirement ) les masses populaires se détournèrent de la question frumentaire. Ce qui n’empêcha pas les autorités constituées de rester vigilantes vis-à-vis des problèmes de subsistance et de pauvreté, notamment à Nogent-le-Rotrou. Dans sa séance du 16 janvier 1791, la municipalité de Nogent pris coup sur coup deux décisions portant sur ces sujets considérés comme « sensibles ». D’abord, elle désigna deux commissaires, les officiers municipaux Vasseur et Marguerith, «  […] à l'effet de prendre des echantillo n de toutes especes de grains, pour sur leur repreSentation etre Statué le prix du bled,[…] »[1]. Ensuite, un décret de l’Assemblée allouant à chaque département une somme de 80 000 livres pour des travaux de charité, la municipalité arguant de l’extrême détresse économique de sa population « […] que la moitié de ces habitants [ … ceux de la ville de Nogent…] Sont plongéS dans la plus affreuse miSere dont la cause Provient de la chute du commerce d'étamines, que l'industrie unique reSsource des citéS est abSolument anéantie en cette ville et par la rareté du numeraire et par la Stagnation de cette fabrique […] » et de l’état défectueux des rues de la ville, réclamait au département l’attribution d’une somme de 12 000 livres pour y établir un atelier de charité afin de remettre en état sa voierie[2]. Le 21 mai 1791, la municipalité recevait une lettre du procureur syndic du district, lettre datée du 18 du même mois,  annonçant l’attribution à cette ville d’une somme de  2 307 livres, à titre provisoire, pour y effectuer des travaux de charité. Dans sa délibération, le Conseil général de la commune  arrêtait que les travaux commenceraient à partir de la rue Saint Martin jusqu’à la rue Saint Lazare et nommaient comme commissaires pour surveiller ces travaux Messieurs Crochard, maire, baugas, Salmon et Baugas fils membres de cette administration. Les salaires furent fixés à 10 sous par jour pour les hommes, huit pour les femmes et cinq pour les enfants[3]. Ces travaux de voieries entraînèrent d’ailleurs une pétition d’habitants de la rue de Rhône contestant les projets de l’ingénieur du département le 10 octobre 1791 ( voir celle-ci en annexe 1 et 2 ci-dessous ).

En 1791, les mobilisations populaires prirent un caractère nettement plus politique. Les masses s’attaquèrent à ceux qui osèrent s’opposer, ou qui furent censés s’opposer, au nouvel ordre social et politique issu de 1789. Deux questions occupèrent le devant la scène politique dans le district de Nogent – le – Rotrou : le problème religieux, à partir de mars – avril 1791 ; et la mobilisation populaire contre les aristocrates qui suivit la fuite du roi. 


 

Annexe 1 : Délibération du 10 octobre 1791, pétition  de six habitants de la rue de Rhône :

« et DeSuite Le procureur de la Commune a fait rapport de SiX petitions Faites par les S.rs Louis Janvier, Julien Janvier, Deriants [ ? ], Nicolas quetier, Chanvoiy [ ? ] v.e Privet, tous habitantS de la rüe de RhoSne Sise en cette ville eXpositives qu’ils ont appris avec la plus vive douleur qu’il entroit dans les vües de l’ingGenieur du département de detourner le ruisseau qui coule au milieu de la dite rüe ou Ils ont tous des propriétéS, et de lui faciliter Son Cours en pratiquant un FoSsé a diX pouces des Fondements de leurs maiSons + pour aller+ [ en marge : + Se perdre dans la riviere de Rhosne ]  que Si Ce Fleau s’eXecute, il en reSultera [ une ligne rayée illisible ] un prejudice notable pour leurs propriétéS, 1.° que toutes les immondices qui decoulent des boucheries se promeneront devant leurs portes et eXhaleront un air corrompu qui pourroit occaSionner des maladies contagieuSes 2.° que quand leS pluies seroient abondantes, leurs maiSons Se trouveroient submergées et par conSéquent inhabitables pour la raiSon que leurs meubles, effets & marchandiSes seroient toujours eXposées a etre englouties dans les eauX 3.° que les Fondements De leurs Habitations seroient ebranléS par le Battement continuel des eauX au pied de leurs murailles, en un mot que ce concours de deSastres + [ en marge : + qui naitroient neceSsairement de l’eX.on  du projet de l’ingenieur ] est un motif puiSsant pour engager l’adm.on a changer ce plan deStructeur d’enviroN peut etre douze maiSons ; les dites pétitions signées chacune des particuliers denommés Cy deSsus ; et de Suite  le procureur de la Commune a requis qu’il Fut nommé deS commiSsaires pour constater les faits enoncés cY deSsus.

SurquoY, Le conSeil municipal, oui Son procureur de la Commune, à nommé M. M. ProuSt et Gallet fils commiSsaires aux Fins de Constater les Faits qui font l’objet deS reclamations eXprimées au rapport ci-dessus, lesquels ont accepté la CommiSsion a euX deferée, et ont promis S’en acquitter en leur ame & Conscience dont acte ./.

                    Baudoüin                                    J. Marguerith

 P.re Lequette                              baugars

  P.r de la C.                                                             Fauveau            

                                                                                        S»[4] 

 

Annexe 2 : délibération du 11 octobre 1791, compte-rendu des commissaires nommés la veille suite à la pétition d’habitants de la rue de Rhône :

 « Aujourd’hui onze octobre mil Sept cent quatre vingt onze dans l’aSemblée du conSeil municipal de la ville de noGent le Rotrou sont comparus M. M. Proust et Gallet fil lesquels ont dit qu’en qualité de commiSsaires nomméS par déliberation de ce Jour ils S’etoient tranSportés dans la Rüe de Rhosne, et quils avoient vû que les ouvriers commis par les adjudicataires charges d’eXecuter le plan de l’inGenieur Se disposoient à pratiquer un fossé a diX pouces des maiSons Situées du coté droit de la dite rüe, et quils avoient reconnû que Si ce projet étoit miS a éXécution, les propriétaires reclamant Seroient obligés de renoncer a leurs propriétés, qu’instruits par ces derniers qu’il y a environ trois ans l’ancienne adminiStration avoit Fait conStruire des canauX pour Detourner l’eau de ce RuiSseau a travers des Jardins, et empecher qu’elle infectât davantage les habitants de la rüe de RhoSne, ils S’etoient fait conduire dans ces Jardins par ou passoient les canaux, et s’étoient aSsurés de leur eXistence et de leur lonGueur qui [ mot rayé illisible ] a 48 toiSes, duquel Rapport Ils ont requis acte.

Le conSeil municipal, oui Son procureur de la Commune, observant qu’il est de la plus eXacte Justice de conserver les propriétés des citoyens et d’empecher qu’on y porte atteinte par tous les moyens qui Sont confiés au pouvoir adminiStratif, et qu’aucun travail ne doit  S’effectuer pour le bien  Général au préjudice des propriétés particulieres, que d’après l’epuiSement de toutes autres reSsources, estime que dans cette circonStance ils croyent preferable de Faciliter le cours de l’eau par les Canaux dont est queStion, ou en pratiquant d’autres par le Jardin de M. deRiants, que ce moyen leur Semble remplir les vües de l’adminiStration et respecte en même tems les propriétés des particuliers reclamants, a cet effet arrête de prier l’adminiStration de prendre en conSideration ces remontrances, et d’ordonner le chanGement de plan qu’ant [ sic ] a ce qui concerne le cours de cette eau dont acte ./. 

           Baugars                          Baudoüin                   J. Marguerith

       P.re Lequette                             

      P.r de la C. »[5]

 



[1] A. M. de Nogent-le-Rotrou, 1D1, feuillet 42.

[2] A. M. de Nogent-le-Rotrou, 1D1, feuillets 43 et 44.

[3] A. M. de Nogent-le-Rotrou, 1D1, feuillet 119.

[4] A. M. de Nogent-le-Rotrou, 1D1, feuillets 172 et 173.

[5] A. M. de Nogent-le-Rotrou, 1D1, feuillets 173 et 174.