89-09-01 à BonnétableLe mardi Le 1er septembre 1789, jour de marché, le comité municipal de Bonnétable s’occupa dans un premier temps de la taxe du pain. En ce faisant, les nouveaux édiles ne faisaient qu’appliquer une politique « traditionnelle »  de police des marchés en cas de pénurie pour éviter ou limiter la disette : imposer un prix fixe jugé juste durant la période de crise frumentaire ( sur ce sujet voir les articles de ce blog : les problèmes de subsistances au XVIII° siècle  et "juste prix" et police des marchés ). Cette mesure semblait sans aucun doute couler de source pour ces édiles car elle n’occupe qu’une très faible place dans la délibération ( deux ou trois lignes au plus ) et est donnée sans aucune précision ( quel prix, ? ). Alors que trois jours auparavant, le 29 août 1789, l’assemblée nationale venait proclamer la liberté du commerce des grains, en ajournant cependant l’application de ce décret à la fin du mois de septembre en raison de la disette et surtout des nombreuses révoltes frumentaires qui agitaient le pays.

Puis il eut à régler une affaire relevant plus, à priori[1], du « fait divers » : une rixe, survenue à la porte de l’auberge du grand Dauphin, entre un meunier et trois cultivateurs ( deux laboureurs et un bordager ) tous des campagnes proches de la ville. Les deux laboureurs furent incarcérés, le premier, un nommé Dreux de Saint-Célerin, comme potentiellement coupable, le second pour s’être refusé à obéir aux ordres du comité, le sieur Le Sassier de La Chapelle-Saint-Rémy.

Bonnétable place des halles

« [ en marge en haut à gauche du feuillet 5 verso :

1.er 7.bre 1789

Requisition du

S.r Brigadier de

la Marechaussée

d’incarcerer le

nommé Le

Sassier ]

Et le premier Septembre Mil Sept cent quatre vingt neuf

Nous Membres du comité Se sont [ rajout en interligne au-dessus : Sommes  ] rassemblés pour la taxe du pain et après y avoir par nous procededé [ sic ], Sur les Sept Heures du Soir

Est Comparu devant Nous Le Nommé château Meulnier demeurant pSS.e de S.t Denis[2], lequel nous a porté Sa plainte Contre Le Nommé Dreux Lab.r de la pSS.e de S.t Celerin et contres Ses complices, p.r[ pour ] raison de Voyes de Faits et excès Commis par eux en Sa personne, en L’aub à la porte de L’auberGe du grand Dauphin de Cette Ville lequel dit Château avoit une larGe contusion et playe en haut du Front et Le Visage tout en SanG, en conséquence de La quelle plainte nous étant transportés Sur le lieu de la rixe nous avons Trouvé les nommés Sassier Lab.r de la chapelle[3], led. Dreux et Bereau BordaGer de la Bosse, tous impliqués dans La Rixe d. [ dite ] plainte lesquels nous avons mandé de Nous Suivre au lieu des Seances Ordinaires du comité, à quoi ils ont Obei, et ayant Reconnu que le D. Dreux etoit Veritablement coupable par le Sang dont etoit taché Son baton # [ rajout en fin de délibération : # resté au Bureau ], et Ses mains +[ rajout en fin de délibération : et en outre sur le temoignaGe du nommé Regouin Garcon d’ecurie au grand Dauphin ], Nous L’avons Sur le Champ Fait incarcérer, et n’ayant point le tems de prendre des rénseignements Sur le compte des autres prétendus coupables, Nous les avons ajourné a Se trouver demain à notre bureau deux heures de Relevées pour être. par nous Statué Ce qui  leur appartiendra en leur enJoiGnant de S’en retourner chèZ eux à L’instant, avec deffense de rentrer dans aucun Cabaret Sous peine de prison

/ a quoi a été repondu par led. le Sassier ; Avec la derniere indécence, qu’il ne S’en retourneroit point, qu’il Yroit boire et qu’il ne comparoitroit pas à Son ajournement,

Sur Ce, Nous avons Requis le Ministere du Sr Le Cerf brigadier de la Marechaussée de cette Ville et prèsent de L’incarcerer pareillement le quel a Fait avec Le Secours de la Milice / Cytoyenne qu’il a Fait ven invoqué Vu non Seulement le refus dud. Le Sassier De Se rendre Volontairement ; mais encore la rebellion et La Force qu’il a emploYée pour S’y

6

Soustraire [ paraphe certainement de Le Cerf ]. et de tout ce que dessus avons  dressé Le pres.t procès Verbal pour Servir et Valloir Ce de raison

Fait et arrêté lesd. joutr et an au d. Bureau

approuvé Septembre, nous[ sic ], quatre mots rayés nuls. un interliGne [ mot non déchiffré ]

    Le porquier   Fleury   Edme Villain  Gonet

                                     Le Clerc Lavardin    Laines

Cheron        Provost Le Tourneur fils aîné

Gallois le jeune   Le Cerf    Bregais    Le More

h.ri Le Clerc  Caget      La croix père

                     père »[4]



[1] Rien n’indique que la rixe ait un rapport quelconque avec le prix du grains, mais les personnalités des agresseurs et de l’agressé laissent plus que supposer que le différent qui les opposait avait un rapport plus que certain avec le grain.

[2] Sans doute Saint-Denis-des-Coudrais distant de quelques kilomètres Bonnétable.

[3] Certainement La Chapelle-Saint-Rémy, commune mitoyenne de celle de Saint-Célerin, toutes deux proches de Saint-Denis-des-Coudrais et de Bonnétable.

[4] AD 72 1 MI 1343 ( R 222 ).