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Le mardi 15 septembre 1789, le comité de sûreté de Mamers menait une enquête suite à l’arrestation d’une voiture de grains survenue la veille au soir, jour de marché. Les tensions étaient telles en ce qui concernait l’approvisionnement en grains que les Mamertins n’hésitaient pas à empêcher de sortir de la ville une voiture chargée de grains destinés à fournir des boulangers de paroisses voisines du district.  Le maire et deux membres du comité étaient intervenus pour mettre à l’abri les grains et avaient convoqué les acheteurs pour vérifier les déclarations du garçon meunier conduisant la charrette. Les propriétaires venaient confirmer ce qu’avait expliqué le garçon meunier, le comité décidait alors seulement de faire livrer les grains au meunier qui devait les moudre et ce sous bonne escorte afin d’éviter toute nouvelle tentative d’arrestation. La menace devait être forte car en sus le comité prévoyait même que l’escorte, constituée de deux gardes nationaux, resterait chez ledit meunier jusqu’à ce que la mouture fût faite et livrée aux acheteurs.

 

«  Aujourd’huY quinze Septembre mil Sept Cent quatre Vingt neuf.

Assemblée du Comité de L’hôtel de ville a eté Faitte en l’audience Lieu ord.re des assemblées. A laquelle a été deposé par M Le Maire Et Les S.rs Boulanger et Sergents membres du Comité qu’ils auroient Eté averti Le Jourd’hier Sur les Six heures Et demie du Soir par une des Patrouilles de la Milice nationnalle que le peuple en  fouille [ sic, lire « foule » ] S’opposoit a un ConvoY de Grain destiné pour les paroisses de Neufchatel S.t Rèmy du plain et ancines, qu’en consequence Ils Se Seroient transportés Sur la place des halles ou étoit la voiture, qu’ils Se seroient adressés au Conducteur qui Dit estre Domestique du n.é [ nommé ] Tison Meunier du Moulin de Guechaussée en la p.sse de Sonnes [ Saosnes actuellement ]. Et qu’il Etoit CharGé de convertir en Farine Les grains dont Sa voiture etoit chargée qui avoient eté achepté à La halle du Jour d’hier Scavoir vingt neuf Boisseaux de Bled pour Le Compte  du n.é

[ en marge gauche au milieu du feuillet 16 verso :

N° 236

Pour un Chartée

de Bled arrêtée ]

Chaplain, Boulanger de la p.sse de NeuFchatel, Sept BoisSeaux et demi pour Le n.é  Jousselin hôte et boulanger à Ancinnes, Six BoisSeauX pour Le n.é  Launay de la p.sse de S.t Remy du plain, un BoisSeau et demi pour Le n.é GoYer alors Inconnu au Conducteur de la ditte Voiture et un BoisSeau et demi d’orge pour Le n.é Joliqueur Fendeur  de Bois en la Forêt de Perseigne ; que pour ne pas Exposer la Voiture au Pillage Et occasionnér une perte considerable Sur Les Grains de ces differents particuliers Ils auroient Jugé a propos de les Faire déposer en L’auberGe de S.t Pierre et d’apposer Le Cachet de L’hôtel de ville Sur chacun des Sacs pour la plus Grande Regularité et les Laisser ensuitte à  La garde du S.r  Peuvret hôte de la d. AuberGe de S.t Pierre. dont du tout Ils auroient dressé procés Verbal, et Fait avertir par des Lettres missives Les particuliers cy dessus denommés pour passer Leur declaration Sur la Sincerité de L’exposé Fait par Led. Adde  Conducteur de la Voiture, En consequence desquels avertisSements Ils Sont à l’Instant Comparu Et nous ont dit.

Scavoir

Ledit Chaplain aVoir achepté La quantité de  Vingt neuf BoisSeauX de Bled Froment deposé en différents Sacs et qu’il en  Avoit Chargé Le n.é  Adde Garçon Meunier du Moulin de Guechaussée pour Les convertir en Farine, et que cette provision n’est pas a moitié prés SuFFisante pour L’approvisionnement de la paroisse et Des ouvriers de la Forêt de Perseigne Etant obligé d’en consommer par Semaine environ Soixante

17.e

BoisSeaux + et a Signé  P Chaplain

+ Suivant Le certifficat de la municipalité de la p.sse  de  Neufchatel ./.

Ledit Jousselin a Egallement declaré avoir donné aud. Adde La quantité de Sept BoisSeauX et demi de Froment pour les Faire Moudre au Moulin de Guechaussée et qu’il avoit achepté ce grain Sous Les halles de cette Ville le Jour d’hier, que cet approvisionnement n’est pas a beaucoup prés SuFFisant pour La paroisse d’ancinnes et Les Environs puisque Suiv.t Le Certifficat de la Municipalité de la ditte paroisse Il en Consomme par Semaine environ trente à trente Cinq BoisSeaux de toute Espece de grain et a Signé  J. Jousselin

Ledit Pierre Launay nous a aussi declaré avoir Remis au n.é  Adde La quantité de SiX BoisseauX de Bled achepté Le jour d’hier Sous Les halles de cette Ville et que cette quantité n’est pas encore SuFFisante pour Sa provision etant obligé d’en consommer environ diX BoisSeauX par Semaine et a Signé p launaey

Ledit GoYer a declaré avoir achepté pour Sa Consommation un BoisSeau de Mouture qu’il a Remis au n.é  Adde garçon Meunier du Moulin de Guechaussée pour Convertir En Farine Et a declare ne Sçavoir Signer

Led Renée Mallet Femme D’Antoine Pasquier dit Joliqueur a declaré que Son mari auroit achepté un BoisSeau et demi d’orge pour Sa Consommation et l’auroit remis au n.é  Adde pour Le Faire convertir en farine Et a declaré ne Sçavoir Signer.

La matiere mise en déliberation Vu ce qui Resulte des declarations reFFermés au préambule de la présente Les Membre du Comité ont eté d’avis que main levée Sera donnée au nommé Tison des differentes Especes de Grains deposés Le jour d’hier CheZ le S.r  Peuvret hôte à L’auberge de S.t Pierre qu’il Sera authorisé a S’en resaisir ainsi que des ChevauX Charette Et Equipage et que pour Favoriser ce convoY Il lui Sera donné deuX Soldats de la Milice nationnalle pour L’escorter Jusqu’au Moulin de Guéchaussée, estre présents à la Moute de ces grains et assister Egallement Les convois particuliers destinés pour chaque Boulanger affin de n’eprouver aucun trouble ni Empechement dans la Conduitte qu’ils en Feront.

Fait et arresté a L’audience du Baillage Lieu [ mot rayé non déchiffré ]  ou Se tiendroit tiennent Les aSSemblées du Comité de Sureté auJourd’huY QuinZe Septembre mil Sept cent quatre Vingt neuf. Trois mots rayés nuls.

                   Frebourg   J Tison    Homé    Perrotte Vicaire

Villajeux    denis dehais    Bouteveille Lair

  Boulanger      Petithomme pere           j Gaulard 

  Sergent      Monthulé       p  Aveline    Groüasé

       Luce de rocquemont        Maignée 

                                                Maire

                               Renard

                              Secr.e  G.er »[1]

89-09-15 halles

 

Puis le comité de sûreté de l’hôtel de ville prenait un arrêté  concernant la vente des grains sous les halles de la ville qui visait à limiter l’accès du marché de la ville aux habitants des campagnes, allant jusqu’à les assimiler à des accapareurs[2].

Puis en dernier lieu, le comité décidait de dénoncer aux autorités de police le sieur  Morice,  meunier à Contres, paroisse de Saint Rémy des Monts[3], pour avoir acheté du blé avant l’heure officielle d’ouverture du marché à un particulier dont les « poches » étaient restées fermées :

«  Arrestè du Comité de Sureté de L’hôtel de ville de Mamers

Du mardy 15 Septembre 1789

Le comité de L’hôtel de ville de Mamers desirant pourvoir d’une maniére efficace à L’approvisionnement des marchés auX grains et en écarter toutes les personnes qui par des vües d’interet, ou par mauvaise intention font tous font tous leurs efforts pour en faire augmenter le prix a arresté que tous les habitants des parroisses circonvoisines qui Se prèsenteront dans les halles auX

[ en marge gauche au milieu du feuillet 17 verso :

N° 237

Concernant La vente

des Bleds dans les

halles ]

grains Seront tenus de Se munir d’un certificat de leur municipalité qui constate le besoin et la néceSsité ou ils Sont d‘achetter des différentes espéces de grains qui S’y Vendent, et qui atteste que ces particuliers n’ont fait aucune espèce de récolttes ; que pour cet effet M. M. Les curés Seront priés de faire Lecture du présent arresté aux prone de Leurs mesSes parroissiales , afin que tout le monde puisse en avoir conniSsance ; qu’il Sera expressément recommandé à tous ceux qui font Valoir des terres ou des bordages de battre incessament des grains pour L’approvisionnement de leur mênage, n’etant pas naturel qui ceuX qui en ont et qui peuvent Se procurer par euX mêmes la Subsistance Viennent encore grever les halles et faire augmenter Le prix des grains ; que de telles personnes pourroient être Suspectées d’accaparement ou du moins d’intelligence avec ceuX qui font ce commerce illégitime ;

Arreste egalement que ceux des des fermiers et cultivateurs qui auroient besoin de renouveller Leurs Semences, Soit par la mauvaise qualité de leurs grains ; ou parce qu’ils n’en auroient pas de les prier qu’ils Voudroient en renoncer, Seront tenus d’en amener une pareille quantité de celuY qu’ils auront recueillis, afin de procurer toujours L abondance dans les marchés.

18.e

 Et Sur la représentation faitte par différents habitants que le nommé Morice meunier du moulin de contres en la parroisse de S.t rémy des monts avoit acheté le jour d’hier Sous les halles de cette Ville des grains avant L’heure de l’ouverture du marché et que les poches du particulier de qui il les achetés n’ont point été ouvertes ; Le comité considérant que quand bien même le dit morice Se Seroit conformé aux réglements de police Sur ce point, il Seroit toujours en faute pour S etre trouvé à l heure du marché, et avoir achetté Soit pour Son compte ou pour celuy d’autres particuliers qui luy en auroient donné commiSsion, a eté arresté que la contravention du nommé Morice Sera dénoncée à Messieurs les officiers les officiers [ sic ] de police ; pour par euX prendre telle voie qu’ils croiront convenable ; et luy infliger telle peine qu’il appartiendra.

fait et arresté á L hôtel de ville de Mamers les jour et an que dessus.

 

Luce de rocquemont    Monthulé     Perrotte      aBot

                                                          Vicaire

                               p  Aveline

Homé        caillard     Groüasé      Petithomme pere

                procureur

                                                  Maignée»[4]

 



[1]  AD 72 1MI 1343 ( R 130) – 110 AC 9, 11, 12 et  13.

[2]  Ce type de mesure n’était pas rare en cet été 1789. La ville voisine de Nogent-le-Rotrou, quant à elle, prenait une ordonnance, le 3 août 1789, défendant aux boulangers de la ville de fournir les « gens des campagnes », s’ils n’étaient munis d’un billet du comité de bienfaisance de Nogent, sous peine de 10# d’amende et de l’interdiction d’exercer leur métier en cas de récidive ( A. D. 28, B. 2830) :

         http://www.nogentrev.fr/archives/2015/12/15/33071508.html

[3] Ce rattachement à la paroisse de Saint-Rémy des Monts nous semble problématique. Contres est rattaché à la commune de Saint-Cosmes en Vairais depuis 1964 et de plus est assez éloignée de Saint-Rémy ( la commune de Saint-Pierre des Ormes s’intercalant entre Contres en Vairais et Saint-Rémy ),

[4] AD 72 1MI 1343 ( R 130) – 110 AC 9, 11, 12 et  13.