Image 1 patrouille révolutionnaireEn 1792, dans un contexte de crise monétaire, éclatèrent les révoltes frumentaires les plus importantes  que n’ait jamais connues la révolution auparavant. La Beauce et ses confins en furent le théâtre.

La mobilisation populaire se déroula en deux temps, une première vague au moment de la « soudure » au printemps et une seconde, qui prit naissance à proximité de Nogent-le-Rotrou,  à la fin de l’automne.

 

 

Une première poussée populaire au printemps 1792.

 Au moment de la « soudure », en mars 1792, un premier mouvement taxateur prit naissance dans les régions forestières périphériques des « plaines » céréalières de la Beauce : le Thymerais, l’Eure, le Hurepoix[1]. Ce premier mouvement ne toucha pas, ou presque, le district de Nogent – le – Rotrou, toutefois le Thymerais voisin fut un des foyers les plus actifs de la révolte. Les premières émeutes y eurent lieu dès le mois de février : le 22 à La Loupe et à Châteauneuf – en – Thymerais les 14 et 15. Le 14 mars, le procureur syndic du district de Châteauneuf – en – Thymerais réclamait des troupes au département, pour conjurer les troubles.

Les mouvements taxateurs du printemps 1792[2].

Image 2 Carte

Certaines communes du district de Nogent – le – Rotrou prirent des mesures préventives afin d’éviter l’extension du mouvement. Celle d’Authon, en premier lieu, qui ordonna, le 18 février, à tous les gardes nationaux du canton de se rassembler avec ceux d’Authon, le dimanche 19 février 1792 à 10 heures sur la place du chef – lieu de canton : « […] il serait nécessaire qu’il y eût une garde suffisante pour entremise en cas d’émeute, […] »[3]. La municipalité d’Authon avait en effet tout à craindre de la part des ouvriers étaminiers, des journaliers, des indigents et autres « miséreux » de son ressort. Elle persista dans sa « lutte contre l’insécurité ». Dans sa séance du 14 juin 1792, alors que les révoltes taxatrices étaient éteintes depuis longtemps, elle demandait au district l’autorisation de se procurer 100 livres de poudre à canon et 100 livres de balles. Cette démarche avait pour but : « […] de mettre ladite commune en état de résister aux rassemblements des gens malintentionnés et aux incursions des brigands dont nombre d’endroits n’ont été trop malheureusement les victimes faute d’avoir pris pareilles précautions […] »[4]. La municipalité d’Authon n’abandonnait pas de l’attitude prudente que nous lui avons déjà vu adopter à l’automne 1790. Cette demande fut rejetée par le département le 21 juin 1792[5]. Cette vigilance ne s’exerça pas uniquement à l’encontre des « éventuels taxateurs » mais également contre les spéculateurs. Le 23 mai, la municipalité d’Authon défendait à tout marchand d’acheter « […] du beurre et autres denrées au marché d’Authon avant l’heure fixée […] »[6]: 7 heures du 1er avril  au 1er octobre et 8 heures 30 à partir du 1er octobre. Cette défense était accompagnée de sanctions : 3 # d’amende et la confiscation des denrées achetées en fraude.

La commune de Champrond – en – Gâtine s’inquiéta également ; les marchés  du Thymerais étaient tout proches. Ici, on craignait plus une « descente » des taxateurs du Thymerais qu’une révolte endogène. Le 30 mars 1792, les  officiers municipaux s’adressaient au district pour savoir si leur commune était en danger : « […] d’après des récits faits par plusieurs habitants de cette municipalité ils déclarent ignorer s’il est vrais que les habitants de leur communauté sont en danger et ils ignorent si les dénonciations qui leur ont été faites de ce danger sont fondées ou non […] »[7].

Image3 émeuteUne seule commune du district connut une révolte au cours du printemps 1792, celle de La Chapelle – Royale, dans le canton de La Bazoche. Le district en fut informé par un procès – verbal, daté du 3 mars 1792, du citoyen Bellier, lieutenant de gendarmerie résidant à Châteaudun. Il y eut une « arrestation de grains », les révoltés exigèrent également qu’une Dame noble affermât ses terres[8]. Huit habitants de cette commune furent traduits devant le juge de paix du canton, ils furent condamnés pour entrave à la circulation des grains et incarcérés à Chartres au cours du mois de juin 1792.

Des rumeurs inquiétantes circulèrent à Nogent pendant le mois de juillet 1792. Les Nogentais craignaient l’arrivée d’un détachement de Dragons dans leur ville comme à l’automne 1790, alors qu’il ne s’était rien passé. Dans l’esprit du « peuple » son opposition aux lois « libérales » était si forte qu’il était tout naturel, en temps de troubles, qu’on envoyât la force armée à Nogent, quand bien même il ne s’y était produit aucune émeute. Le 27 juillet, une délégation de la municipalité était introduite devant le district pour l’instruire « […] de l’inquiétude publique que cause des bruits relatifs à l’arrivée prochaine d’un détachement de dragons envoyé dit – on par le ministère sur la demande de quelques citoyens. La municipalité de Nogent prie le conseil du district de lui faire connaître toute pétition visant à obtenir l’augmentation des forces armées à Nogent […] »[9].

Les municipalités ne furent pas les seules à s’inquiéter. Le ministre de l’intérieur, Rolland, écrivait à l’administration du département d’Eure – et – Loir, le 21 mars 1792, pour lui demander l’état de ses subsistances. La Beauce était un des principaux fournisseurs en grains de la capitale. Le département envoya immédiatement des questionnaires dans toutes les communes de son ressort. Ce questionnaire arriva début avril dans les communes : Authon le reçut le 4 avril. Le recensement y eut lieu les 15 et 16 avril 1792[10]. Toutes les municipalités ne firent pas preuve de la même diligence. Six communes, seulement, renvoyèrent leurs tableaux de recensement au district : Nogent, Villevillon, Le Coudray, Authon, Les Etilleux, Montlandon. Trois de ces six communes relevaient du canton d’Authon. Une seule d’entre elles annonçait un net déficit, celle du Coudray qui disposait d’une réserve de 704 boisseaux et estimait ses besoins à 1 378 boisseaux[11]. Les grains ne manquaient donc pas.



[1] Pour une étude spécifique de ces mouvements taxateurs de 1792 qui touchèrent le plateau beauceron et les régions limitrophes, nous renvoyons à l’étude de M. Michel Vovelle : M. VOVELLE. « Les campagnes à l’assaut des villes sous la révolution ». In Ville et campagne au 18ème siècle ( Chartres et la Beauce ). Paris, 1980. Pp. 227 à 277.

[2] Le document est extrait de l’article de Michel Vovelle cité à la note précédente, page 250.

[3] A. D. Eure – et – Loir, L. 181 ancienne côte, nouvelle côte provisoire E Dépôt  018 NC art.19, séance du 18 février 1792.

[4] A. D. Eure – et – Loir, L. 181 ancienne côte, nouvelle côte provisoire E Dépôt  018 NC art.19, séance du 14 juin 1792.

[5] A. D. Eure – et – Loir, L. 150 ancienne côte, L 1174 nouvelle côte, séance du 25 juin 1792.

[6] A. D. Eure – et – Loir, L. 181 ancienne côte, nouvelle côte provisoire E Dépôt  018 NC art.19, séance du 23 mai 1792.

[7] A. D. Eure – et – Loir, L. 149 ancienne côte, L 1173 nouvelle côte, séance du 06 avril 1792.

[8] A. D. Eure – et – Loir, L. 149 ancienne côte, L 1173 nouvelle côte, séance du 17 avril 1792.

[9] A. D. Eure – et – Loir, L. 150 ancienne côte, L 1174 nouvelle côte, séance du 27 juillet 1792.

Cette délégation était composée de Beaugas, officier municipal ; Brière et Gillot, notables ; J. – P. – M. Chasles, maire.

[10] A. D. Eure – et – Loir, L. 181 ancienne côte, nouvelle côte provisoire E Dépôt 018 NC art.19, séance du 04 avril 1792.

[11] A. D. Eure – et – Loir, L. 150 ancienne côte, L 1174 nouvelle côte, séance du 14 mai 1792